Piques 31 à 40
31. Difficile de se comprendre
32.Baffouilleux
J’envisageais, en ce temps-là, de m’établir en Autriche, pays ultra-catholique qui manquait réellement de missionnaires ; toutefois, je reconnais avoir confondu envie de voir du pays et appel de Dieu. J’y suis allé, mais je n’y suis pas resté.
Un jour, j’ai eu l’occasion d’apporter mon témoignage dans un café-bar, à Knittelfeld.
Tout en parlant, je réalisais combien j’avais du mal à trouver le mot juste, et combien je me mélangeais les pinceaux avec les déclinaisons, sans parler des fautes de prononciation propres aux francophones. Je me rendais compte qu’il me faudrait rester des années dans ce pays pour parler l’allemand correctement. Et je me disais : je suis sûr qu’ils n’ont rien compris.
L’année suivante, je me trouvais à Graz, et j’ai eu cette conversation avec un jeune pasteur :
« Vous êtes Français ?
– Oui.
– Et vous n’étiez pas à Knittelfeld, l’année dernière ?
– En effet.
– Et à Knittelfeld, vous avez donné votre témoignage dans un café-bar.
– C’est exact.
– Le mois dernier, j’ai baptisé deux jeunes filles, et elles m’ont dit avoir été touchées après avoir entendu le témoignage d’un Français, dans un café-bar, à Knittelfeld. C’était donc vous ! »
De même que Jérémie se croyait inapte au ministère prophétique à cause de ses difficultés d’élocution (Jérémie 1.6), j’ai appris, ce jour-là, ce que Dieu est capable de faire avec un bafouilleux.
Le Rieu de Condé, 12 octobre 2015
33. Fausse note
Dans certaines langues africaines, comme le sango, les mots peuvent revêtir un sens différent selon qu’on les prononce sur un do, un ré ou un mi.
Avant d’étudier la langue, il faut commencer par apprendre le solfège.
Si vous demandez votre chemin à une dame et qu’elle vous passe une paire de gifles, c’est que vous avez loupé un bémol.
Le Rieu de Condé, 22 octobre 2015
34. Un marseillais à la SNCB
Mesdames et Messieusse, biengvenue dans le traignelle à destinatiogne de Monse. Ce traigne s’arrêtera à Anetouaigne, Péruwouelze, Blatogne, Saigne-Gisselaigne, Couareugnogne et Jemapse (ente cinq minutes).
Le Rieu de Condé, 22 octobre 2015
35. Comment faire ?
Pour être connu, il faut être publié chez Gallimard. Pour être publié chez Gallimard, il faut être connu.
Le Rieu de Condé, 24 octobre 2015
36. La mort de Lully
Jean-Baptiste Lully (1632-1687) était peut-être un grand musicien, mais c’était surtout une crapule avérée. Quel dommage qu’il ne faisait pas de politique !
À son époque, on ne dirigeait pas l’orchestre avec une baguette, comme Karajan, on se servait d’une grande canne ornée d’une multitude de rubans.
Or, un jour qu’il dirigeait, il s’en donna un grand coup sur le pied.
« Aïe ! Hou là là ! »
Sa blessure s’infecta, il en mourut.
Sachant sa dernière heure proche, il fit venir un prêtre.
Comme il avait beaucoup beaucoup beaucoup de péchés à confesser, l’homme d’Église lui demanda, pour pénitence, de brûler son dernier opéra. C’est ce qu’il fit.
« Quel dommage, lui dirent ses amis (car il en avait malgré tout), détruire un manuscrit comme celui-là !
– Rassurez-vous, j’en ai fait une copie. »
Le Rieu de Condé, 19 novembre 2015
37. Plus fort que Wolfie, tu meurs !
Vous n’imaginez pas à quel point notre ami Wofgang Amadeus est un génie ! Lui seul a été capable d’écrire un concerto pour un instrument inventé cinquante ans après sa mort.
Le Rieu de Condé, 2 décembre 2015
Explication :
L’instrument en question est un glas-harmonica, inventé du vivant de Mozart par Benjamin Franklin, selon le principe des verres de cristal plus ou moins remplis d’eau. Le cristal étant fragile, il n’existait plus un seul de ces instruments en bon état au XXe siècle. On a donc pris l’habitude de le remplacer par un célesta. Ne soyons donc pas surpris de lire sur une jaquette : Mozart, Concerto pour célesta.
Le Rieu de Condé, 3 décembre 2015
38. Point d'orgue historique
Les chœurs de l’Armée rouge se sont produits à Paris en 1975. Bien que Gougleu et Tutube n’ont pas l’air de s’en souvenir, c’était un événement exceptionnel, car l’URSS ne lâchait pas ses copains comme ça. J’ai eu la chance d’être présent à ce concert.
Quelle différence avec les spectacles de variétés sans intérêt que nous produit maintenant cette noble formation ! C’est bien la seule chose qui me ferait regretter le communisme !
Le ténor solo s’appelait Bielaïev.
De toute évidence, Kalinka devait boucler le programme. Au dernier couplet, Bielaïev a tenu un point d’orgue : « Kaaaaaaaaaaa… »
Cela durait déjà depuis une bonne minute. Le public commençait à applaudir jusqu’à couvrir la voix du chanteur. Je ne saurais dire combien de temps dura cette ovation. Elle s’affaiblit enfin, puis se tut. Bielaïev n’avait pas repris sa respiration : « …aaaaaa-lin-ka, kalinka, kalinka maïa… »
Le Rieu de Condé, 1er janvier 2016
39. Meublé pour pas cher
Une grosse pointure des Assemblées de Dieu, dont je tairais le nom pour m’éviter un procès en diffamation, avait la réputation d’être très exigeant envers ses stagiaires, ce qui signifie qu’il en a viré un bon paquet.
« J’en avais un qui avait acheté un fauteuil, » expliquait-il un jour aux élèves de l’école biblique, potentiellement ses futurs stagiaires.
« Mais pourquoi tu as acheté un fauteuil ?
– Eh bien !… pour méditer… comme Butler. »
La possession d’un fauteuil étant manifestement un signe de paresse et la paresse étant, comme chacun sait, l’un des sept péchés capitaux, le sort du stagiaire était réglé comme du papier à musique.
« On a jeté le frère mais on a gardé le fauteuil, » conclut le maître.
Le Rieu de Condé, 7 janvier 2016
40. À la tienne !
Au temps glorieux du réveil, les églises pentecôtistes n’avaient pas les moyens d’acheter ou louer des bâtiments et devaient le plus souvent célébrer leur culte dans des bistros.
Un frère avait pris l’habitude de venir bien avant l’heure de la réunion et de s’enfiler une bière ou deux en attendant. Quand il voyait les autres frères qui commençaient à arriver, il prenait congé de la compagnie.
« À la prochaine, les gars ! Je m’en vais en pousser une. »
Le Rieu de Condé, 7 janvier 2016
Piques 41 à 50
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