Piques 21 à 30

21. Un frère du voyage

Un frère du voyage s’était rendu, sans doute par erreur, dans une église qui imposait dans le culte une liturgie très rigide.

Sans se préoccuper du voisinage, notre frère, comme il en avait l’habitude, ponctuait la louange et la prédication de joyeux Alléluias ! Si bien que les chrétiens n’ont pas tardé à lui tapoter l’épaule :

 « Voyons, un peu de tenue, s’il vous plaît. Nous sommes dans une église ! »

Mais ces avertissements ne produisaient aucun effet. Alors un diacre se lève et le prend par le bras :

 « Écoutez, allez faire un tour dans la bibliothèque, voir si j’y suis. Vous reviendrez quand vous serez calmé. »

Comme c’est charitable !

L’incident clos, le calme était revenu dans la communauté et tout le monde écoutait le prédicateur quand soudain retentit un puissant « Alléluia Baro Dével ! »

Le diacre se précipite dans la bibliothèque :

« Qu’est-ce qui se passe encore ?

– Eh bien ! j’étais en train de regarder l’Atlas mondial, et j’ai vu que par endroit, l’océan dépassait les dix mille mètres de profondeur. Et la Bible dit :

Il mettra sous ses pieds nos iniquités ; tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés.

Michée 7:19

Alors, que ça vous plaise ou non, moi je dis Alléluia ! »

Le Rieu de Condé, 18 juin 2015

22. Variante de la même histoire

Un frère du voyage s’était rendu, sans doute par erreur, dans une église qui imposait dans le culte une liturgie très rigide.

Sans se préoccuper du voisinage, notre frère, comme il en avait l’habitude, ponctuait la louange et la prédication de joyeux Alléluias ! Si bien que les chrétiens n’ont pas tardé à lui tapoter l’épaule :

 « Voyons, un peu de tenue, s’il vous plaît. Nous sommes dans une église ! »

Mais ces avertissements ne produisaient aucun effet. Alors un diacre qui avait remarqué le mauvais état de ses semelles le prend à part :

« Écoutez, mon ami. Si vous gardez le silence jusqu’à la fin du culte, je vous promets de vous offrir une paire de chaussures neuves. »

Fort de cette promesse, notre frère essaie de garder son calme, mais au beau milieu de la prédication, il se lève et s’écrie :

« Et tant pis pour les godasses : alléluia ! »

Le Rieu de Condé, 18 juin 2015

23. Une camionnette 2CV verte

Mon père avait achevé une camionnette deux-chevaux verte. Elle n’avait que deux places à l’avant alors qu’en comptant ma sœur et moi, en plus de parents, nous étions quatre. Comment allaient-ils s’y prendre pour nous emmener en vacances à Saint-Tropez ?

Nous étions au début des années soixante et les lois nous autorisaient encore un peu de fantaisie. Mon père a fait le tour des brocantes et finit par trouver une banquette sans dossier dont la longueur correspondait pile-poil à la largeur intérieure du véhicule. On aurait cru que c’était calculé. Il y avait justement à l’arrière, de chaque côté, une vitre carrée qui permettait de voir défiler le paysage tout en restant assis.

Et nous voilà partis sur la nationale 7, si chère au cœur de Charles Trénet. Hôtel à Lyon à l’aller, hôtel à Lyon au retour.

Voyage interminable, heureusement ponctué d’incidents.

Une panne d’essence, car à cette époque il fallait penser, de temps en temps, à sortir de la voiture et ouvrir le réservoir pour s’assurer qu’il y reste assez de carburant. Papa qui se colle à la marche avec son bidon.

Sur une chaussée fraichement gravillonnée, une DS nous dépasse à toute allure (au moins cent kilomètres/heure !). Le pare-brise éclate. Papa qui sort en brandissant les poings vers le ciel et injuriant le conducteur qui était déjà loin.

Mais le pire pour mes parents fut certainement la chanson que nous avons chantée en duo pendant tout le voyage :

Ohé ! ohé ! matelot ! – Matelot navire sur les flots.

Passé Montélimar, papa commençait à en avoir assez et finit par nous faire remarquer que ce n’était pas « matelot navire », mais « matelot navigue ».

Nous étions aussi déçus que lorsque nous avons découvert la non-existence du Père-Noël. « Matelot navigue » est peut-être plus acceptable sur le plan de la grammaire, mais « matelot navire », c’est tout de même plus joli.

Et puis, il y a eu les sorties ! De Toulon à Saint-Raphaël, Sainte-Maxime, Cogolin, le château de Grimaud. Sans compter cette excursion dans les Maures au cours de laquelle j’ai failli m’étouffer en avalant de travers un bonbon à la menthe. Une fois la frayeur passée, maman répétait à qui voulait l’entendre : nous avons failli avoir un mort dans les Maures.

En définitive, je garde plus de souvenirs de la camionnette Citroën verte que des vacances elles-mêmes.

Le Rieu de Condé, 9 juillet 2015

24. Tsunami

Quand je me sers une bière, je regarde avec angoisse monter la mousse. Débordera ? Débordera pas ?

Le Rieu de Condé, 20 juillet 2015

25. Mots d'enfants

Logique

Une poule, ça pond des œufs, une vache, ça pond du lait...

Cruauté

Quand je serai grande, je serai infirmière, comme ça je ferai des piqûres qui feront très mal.

 

Tu exagères

Je ne suis pas xagère !

Bénédicite

Merci Seigneur pour ce repas. Bénis ces aliments. Amen. J’aime pas les brocolis !

Rond-point

Un rond-point ovale, ça devrait s’appeler un ovale-point.

– Et un rond-point en forme de haricot ?

– Un haricot-point.

Jour J

Pourquoi est-ce qu’on dit « aujourd’hui » alors qu’il fait déjà nuit ? On devrait dire « àlanuitd’hui ».

Le Rieu de Condé, 20 juillet 2015

26. T'as le bonjour d'Arweï

Un gars qui parlait un jargon incompréhensible me tenait la grappe.

« Et vous connaissez le fils Arweï ?

– Oui, le fils, je le connais bien, mais il n’habite pas à Rueil, il habite chez ses parents, à moins qu’il ait déménagé.

– J’ai pas dit Arweï, j’ai dit Arweï. Je vous demande si vous connaissez le fils Arweï. »

J’ai fini par comprendre qu’il voulait savoir si je connaissais le fils Hervé.

Et dans le même ordre d’idée :

« Pourquoi tu dis camillon pour camion ?

– Moi, j’ai dit camillon ? Mais pas du tout ! Tu dis que j’ai dit camillon à la place de camillon, mais moi j’ai dit camillon, pas camillon. »

Le Rieu de Condé, 26 juillet 2015

27. Le riz du paria

Un paria n’avait pour tout bien qu’un sac de riz.

Mais il avait une espérance : un jour, le maharadjah va venir ici, il aura pitié de ma misère, il me relèvera et je serai riche.

Un jour, en effet, le maharadjah vint à passer, il entre dans la bicoque du mendiant qui lui raconte ses malheurs.

« Et toi, dit le souverain, qu’as-tu à me donner ? »

Celle-là c’est la meilleure ! Il possède des palais, des éléphants et tout le bataclan, et c’est à moi qu’il vient demander l’aumône. Tu n’auras pas un radis, mon petit bonhomme !

Mais le monarque insiste :

« Qu’as-tu à me donner ? »

Complètement désemparé, le paria plonge la main dans son sac et en tire un grain de riz qu’il donne au maharadjah.

« Merci. »

Et le monarque s’en va.

Le soir, comme d’habitude, le mendient prépare sa tambouille.

« Tiens ! qu’est-ce qui brille au milieu de ma casserole ? »

C’était un grain de riz en or.

C’est alors qu’il comprit : s’il avait donné tout son riz au maharadjah, il serait aussi riche que lui.

Qu’avons-nous à donner au Roi des rois ?

Le Rieu de Condé, 26 juillet 2015

28. Maille téleur ise rouitche

En ce temps-là (début des années 80), les Anglais et les Argentins s’étaient déclaré la guerre au sujet des îles Malouines, dont chacun des belligérants revendiquait la souveraineté.

Un de mes camarades se passionnait pour ce fait d’actualité. Par ailleurs, il avait entrepris d’apprendre l’anglais et, pour que tout le monde sache qu’il parlait anglais, il nous parlait anglais à longueur de journée.

Un jour, un professeur de nationalité britannique est venu nous enseigner. Notre polyglotte ne manqua pas cette occasion de lui tailler une petite bavette :

« Wôte dou you sinque ove ze Malouines ? »

Son interlocuteur n’y a rien compris. Les îles Malouines, en anglais, s’appellent Falklands.

Le Rieu de Condé, 29 juillet 2015

29. Bubu la Brocante

J’aurais aimé écrire la biographie de l’inénarrable Bubu la Brocante, ce pasteur comme on en fait plus, mais je risquerais de m’attirer des ennuis. Voilà un prédicateur qui ne risquait pas de succomber aux charmes des sirènes de la prospérité, c’était plutôt l’apôtre de l’évangile du délabrement. Pour être classé bon chrétien selon ses propres critères, il faut en effet que nos maisons soient délabrées, que nos voitures soient déglinguées, que nos femmes soient moches. Humilité ou folie !

Un jour, il sortit de sa poche un élastique et deux écrous qu’il posa sur le pupitre :

« Ce matin, j’ai trouvé dans le caniveau cet élastique et ces deux écrous. Le Seigneur m’a richement béni, je n’aurai pas besoin d’aller en acheter à Bricomarché. Alléluia, frères et sœurs ! »

Le local d’église répondait d’ailleurs à ses conceptions. Interdiction de donner un coup de balai, encore moins un coup de peinture. Dans la vitrine trônait une bible ouverte à la même page depuis le jour de l’inauguration, à moitié boulotée par les asticots. Un jour, j’ai pris l’initiative de la remplacer par une bible neuve. Qu’est-ce que je n’avais pas fait là ! Il m’a passé un de ces savons (pour une fois) !

Un jour, il me dit : j’ai une photocopieuse dans le sous-sol qui ne sert plus, si tu la veux, tu la prends. Je suis donc allé chercher la machine. Oh ! mes amis ! La même photocopieuse qui servit à Noé pour imprimer les tracts avertissant ses voisins de l’imminence du déluge. De plus, notre héros de la récupération croyait que les photocopieuses, c’était comme le roquefort, qu’il fallait l’affiner pendant des années dans une cave humide. L’engin était couvert de vingt centimètres de moisissures. J’ai eu beau l’astiquer, y mettre du dégrippant, elle a fini sa course à la déchetterie.

Quand il s’agissait de la sécurité du local, on atteignait des sommets. Le chauffage était assuré par un vieux réchaud à gaz. Un jour, il m’a pris l’idée de vérifier le raccord :

« À remplacer avant 1975. »

Nous étions en 1989.

« Frère, vous ne pensez pas qu’on devrait changer le raccord ?

– Il n’en est pas question ! C’est comme ça depuis tout le temps. On ne changera rien du tout !

– Bon ! »

Puisque c’est comme ça, je suis revenu en loucedé confisquer le détendeur. Le samedi suivant, la diaconesse auto-proclamée, une vieille chipie, vient pour allumer le réchaud.

« Frère, c’est vous qui avez enlevé le truc de la bouteille de gaz ?

– Ah ! non.

– C’est moi.

– Mais pourquoi ?

– Pour ne pas que ça vous pète à la figure. »

Le Rieu de Condé, 13 août 2015

30. Le scampi se rebiffe

Il parait que dans certains pays d’Asie, on vous sert des bébés poulpes en salade dans les restaurants. Ce n’est déjà pas très ragoûtant, mais en plus, il faut les avaler vivants. Comme ils ne sont pas forcément d’accord pour se faire avaler – mettez-vous à leur place – ils s’accrochent désespérément, à l’aide de leurs ventouses, à votre gosier ou à votre œsophage, et il arrive que certains clients périssent étouffés avant d’arriver au dessert. Avis aux amateurs !

L’autre jour, en étudiant le menu d’un restaurant chinois, j’ai vu qu’on y servait des beignes de crevettes. Elles non plus n’aiment pas se faire avaler et vous le font savoir en distribuant des baffes. J’essaie d’imaginer le crustacé sautant de votre assiette pour vous coller des coups de nageoire. Ça doit faire mal !

Le Rieu de Condé, 15 septembre 2015

Piques 31 à 40

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