Piques 61 à 70

61. Utile

Le problème des Français, c’est que depuis des années, on leur bassine le même mantra : « Votez utile ». Voter utile, ça veut dire : « votez pour ceux qu’on vous dira. » Le candidat pour qui j’ai voté n’a peut-être obtenu qu’1%, mais au moins, j’ai voté selon ma conscience, et ça, comme disait si bien Georges Marchais, c’est une belle victoâââre. Ceux qui ont voté utile vont faire la java parce que c’est celui pour qui ils ont voté qui a été élu, mais quand ils seront remis de leur gueule de bois, ils vont se mettre à chialer pour cinq ans. Voter utile ne veut pas dire voter intelligent.

Le Rieu de Condé, 25 avril 2017

62. L'alcool tue

L’alcool, c’est la mort lente.

La drogue, c’est la mort fine.

Le serpent, c’est la mort sûre.

Le Rieu de Condé, 23 juillet 2017

63. Boule de vent

Il se prend plus ou moins pour Jupiter. Jupiter, c’est un dieu, mais c’est aussi une planète, une planète bien particulière puisqu’elle est formée de gaz. Autrement dit : ce n’est que du vent.

On en dira ce qu’on voudra, c’est un saint, notre petite boule de vent. Il applique les paroles du Christ : « À celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. »

Le Rieu de Condé, 10 octobre 2017

64. Vouz avez dit ramuchon ?

C’est une chanson que chantait ma grand-mère et que ma mère m’avait apprise :

Y avot eun fos
Din min gardin
Tré tchots garchons qui pécototent des ramuchons.
I savotent bin qu’i pouvotent point.
I pécototent toudi n’s’en faisotent point.

Fier d’être le seul de ma classe à connaître une chanson en chti, je suis allé la chanter à tout le monde.

Mal m’en a pris, car aux récréations, toutes les filles de l’école me couraient après en me criant :

« Ramuchon ! Ramuchon ! Ramuchon ! »

Le Rieu de Condé, 4 novembre 2017

65. Baudelaire

Quelqu’un avait dit à Charles Baudelaire que s’il voulait devenir riche et célèbre, il fallait qu’il se fasse imprimer en Belgique. Il a donc déménagé à Bruxelles et s’est fait imprimer. Malheureusement pour lui, après avoir été imprimé en Belgique, il n’était ni plus riche ni plus célèbre qu’avant. Ça l’a vexé à mort.

Il s’est vengé en écrivant contre la Belgique et ses ressortissants des choses abominables, entre autres, que les femmes belges sont toutes moches et qu’elles sentent mauvais. J’ai suffisamment d’amis belges pour infirmer ces médisances.

Faut-il, dès lors, s’étonner qu’à Bruxelles, il y ait une rue Tryphon Tournesol, mais pas de rue Charles Baudelaire ?

Le Rieu de Condé, 6 mars 2018

66. À un plagiaire

Cher frère,

Je fais partie de vos amis faicebouque depuis un certain temps, ce qui m’a permis d’apprécier votre ministère, et je continue à vous encourager dans ce sens, comprenant qu’il est de plus en plus difficile de pratiquer l’évangélisation en plein air. D’autre part, j’ai cru comprendre que vous teniez des positions doctrinales équilibrées, ce qui est tout à votre honneur. J’ai fait de l’évangélisation en plein air quand j’étais jeune. Maintenant que j’ai de la gaine de vélo autour du cœur, une jambe qui traîne, un œil qui a la taille d’un petit pois, je préfère opter pour une activité plus calme. Écrire des poésies, des contes et des nouvelles, entre autres, est le moyen d’exprimer ma foi qui me convient le mieux.

Or, je suis à la fois heureux, indigné et inquiet du fait que vous vous êtes approprié un texte, si court soit-il, copié-collé sur mon site www.lilianof.fr.

Heureux parce qu’on ne plagie pas les mauvais auteurs.

Indigné parce que je juge malhonnête cette façon de procéder.

Inquiet parce qu’il m’a fallu dix ans pour écrire un roman en sept volumes, si je le trouvais un jour en tête de gondole à la FNAC et si c’est monsieur G. qui en percevait les droits d’auteur, ça me contrarierait tout de même un petit peu.

À l’heure où je vous écris, votre article compte déjà plus de 80 pouces, dont le mien, c’est la moindre des choses, 23 partages et une bonne flopée de commentaires laudatifs, sauf le mien, il ne faut pas exagérer non plus. Cette constatation m’amène à m’interroger sur ma vocation. Je devrais peut-être me reconvertir en nègre littéraire (pardon, en prête-plume, ça pourrait froisser la société bien-pensante).

Ce désagrément m’est déjà arrivé, mais le dernier qui m’a copié s’en est excusé.

Aussi, pour préserver notre amitié, je me permets de vous suggérer d’ajouter à votre article un petit mot d’explication, de citer vos sources, et mieux encore, placer un lien sur www.lilianof.fr

Je vous salue fraternellement en Christ.

André, alias Lilianof

Ce courriel a reçu une réponse de jésuite que je juge inutile de partager.

Le Rieu de Condé, 4 juillet 2018

67. Un sophisme

  • Macron est l’ami des banquiers.
  • Je ne suis pas banquier.
  • Donc Macron n’est pas mon ami.

Le Rieu de Condé, le 22 octobre 2018

68. Le marquis de Bifenbaf

Je n’ai pas tout à fait inventé le nom du marquis de Bifenbaf. Bifenbaf, c’est un hameau en Loir-et-Cher. Ce doit être terrible d’habiter Bifenbaf. Heureusement que Bifenbaf ne compte pas 90 000 habitants. Imaginez qu’un flic vous demande de décliner votre adresse : vous lui répondez Bifenbaf. Il croit que vous vous payez sa fiole et, à tous les coups, vous vous prenez un elbédé dans l’œil.

Le Rieu de Condé, le 4 décembre 2019

69. Anticonformisme

Tous les moutons bêlent en sol majeur et moi en la bémol. C’est pour cela que ça coince.

Le Rieu de Condé, le 5 décembre 2019

70. Carnet de voyage

Ceci ressemble à une caricature de l’Allemagne, et pourtant, ça m’est arrivé :

Débarquant dans une auberge de jeunesse de Cologne, je me présente à l’accueil pour y remplir le formulaire. Le gars me dit :

« Fotré nomm ? »

Alors je lui dis mon nom.

« Fotré prénomm ? »

Pareil.

« Fotré atresseu ?

– …

– Trapstéli ?

– Pardon ?

– Trapstéli ?

– Ich verstehe nicht.

– Trapstéli ? Foussafé… trapstéli ? Pourtormir ? »

Le Rieu de Condé, le 28 mars 2020

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