Piques 41 à 50
41. N'avoue jamais...
« N’avoue jamais, jamais, jamais, jamais, jamais.
N’avoue jamais que tu l’aimes. »
C’est le début d’une chanson de Guy Mardel, pour les nostalgiques des années soixante.
Il y avait une brouette qui traînait dans le préau de l’école. C’était une occasion rêvée, pour mon copain et moi, de faire un peu les imbéciles. L’instituteur de surveillance, ce jour-là, s’appelait Girodeau, lequel Girodeau, nous ayant surpris au beau milieu de nos acrobaties, distribua à chacun des deux une solide paire de gifles.
Le temps d’une récréation, nous nous étions vengés en bâclant un pastiche :
« N’avoue jamais que tu es monté sur la brouette,
Car le père Girodeau, etc, etc… »
Le tube ! À la récréation suivante, nous chantions notre chanson à qui voulait l’entendre. Nous aurions dû nous faire payer.
« Tu peux nous la rechanter ta chanson ?
– N’avoue jamais que tu es monté sur la brouette,
Car le père Girodeau… »
Mes copains rigolaient tout ce qu’ils savaient. Je me suis retourné discrètement : le père Girodeau, il était debout derrière moi, les bras croisés, l’air furibard.
« Euh !… Oui… bon… voilà voilà ! »
Le Rieu de Condé, 11 janvier 2016
42. Le grand grisonnant avec une chaussure noire
Je m’apprêtais à aller chercher à l’école les enfants dont mon épouse avait la garde. Je me rends dans le cellier où nous avons l’habitude de garder nos chaussures. L’ampoule claque. Tant pis, je n’ai pas le temps de la remplacer, je me chausse dans la pénombre. Je vais à l’école, je rentre à la maison avec les enfants.
Sur le chemin du retour, je m’aperçois que j’ai une chaussure noire à un pied et une rouge à l’autre. J’ai fait tout le chemin accoutré de la sorte. Monsieur le maire, qui vient lui aussi à l’école récupérer ses filles a dû me voir avec mes chaussures dépareillées.
Une chance pour moi, c’était justement jour de carnaval, ce qui m’a sans doute permis d’échapper au ridicule.
Le Rieu de Condé, 26 janvier 2016
43. Dialogue historique
Le Guilvinec est un petit port bien tranquille du sud de la Bretagne. Tranquille, il l’est tous les jours, mais pas ce matin-là. Entouré de ses gardes du corps, le président de la République, Nicolas Sarkozy, parcourt les rues sous les huées.
« Enc*** ! » crie un jeune marin du haut d’un surplomb. Le président suspend sa marche, lève les yeux vers l’endroit d’où est tombé le gros mot :
« Qui c’est qu’a dit ça ? C’est toi qu’a dit ça ? Ben descends un peu le dire. Descends.
– Si je descends, je te mets un coup de boule, donc vaut mieux pas.
– Si tu crois… si tu crois que c’est en insultant qu’tu… qu’tu vas régler le problème des pêcheurs ! Eh ben perpets-moi d’te dire… (sic) perpets-moi kte… ktu… ptk… ktpu… ptsché… Ben viens ! Viens, viens, viens qu’on discute… »
Une telle mésaventure aurait-elle pu arriver au Général ? Pas même à Chirac.
Le Rieu de Condé, 15 avril 2016
44. Zéro de conduite
Mon petit fils est puni, il a donné un coup de pied à la maîtresse et un coup de poing dans l’étagère. Son père lui a passé une soufflante maison :
« Que tu aies frappé la maîtresse, c’est déjà pas bien, mais que tu aies frappé l’étagère, c’est intolérable ! »
Le Rieu de Condé, 15 mai 2016
45. Mon bilan
J’ai voulu être un grand prédicateur comme Spurgeon : je prêche.
J’ai voulu être un grand musicien comme Berlioz : je joue de la musique.
J’ai voulu être un grand écrivain comme Balzac : j’écris.
J’ai rêvé de gagner le Tour de France, je fais mes vingt kilomètres à vélo, quand il fait beau.
J’ai donc réussi ma vie, modestement.
Le Rieu de Condé, 26 mai 2016
46. Vachement fastoche !
C’est facile de faire une ballade. Je commence par écrire le mot « Prince », après, le reste vient tout seul.
Le Rieu de Condé, 2 juin 2016
47. Un cri
J’ai acheté chez un bouquiniste un vieux dictionnaire des rimes. J’y ai trouvé en marque-page ce manuscrit anonyme :
— Écris-moi un recueil de nouvelles ;
— Écris-moi un recueil de poèmes ;
— Écris-moi quelque chose de beau sur Papa et Maman car je les aime trop. Brosse leur portrait, leurs immenses qualités, (profonds, sincères, vrais, généreux, modestes, gentillesse… gaieté et humour de (illisible), qualités de cœur. Nous pensons trop aux autres avant de penser à eux.
…
— J’ai besoin de parler de ce que je vis, de parler de mon expérience. J’ai besoin de faire éclater ma souffrance, mon chagrin.
— N’oublie pas de parler de Dieu.
Je t’en supplie.
Le Rieu de Condé, 3 juin 2016
48. La baleine de Jonas
Chacun sait que Jonas n’a pas pu être avalé par une baleine, il était trop gros pour passer entre les fanons. En revanche, il aurait très bien pu se faire gober par un grand cétacé, par exemple un cachalot.
Il est cependant impossible qu’il ait passé le ouiquende dans la carcasse de la bête. Il y serait vite mort asphyxié. À moins que…
À moins que ce cachalot ait souffert d’aérophagie. Dieu pense vraiment à tout.
Le Rieu de Condé, 19 juin 2016
49 Insupportables supporteurs
« Et vous ? Vous supportez la France ou la Belgique ?
– J’ai déjà assez de mal à supporter mes voisins, s’il faut que je supporte tout un pays ! »
Le Rieu de Condé, 26 juin 2016
50. À la tienne ! (2)
L’Assemblée de Dieu de Vichy avait trois annexes : Gannat, Moulins et Jaligny. J’avais une affection particulière pour celle de Jaligny sur Bresbe, un trou creusé au fin fond du Bourbonnais, rendu célèbre par le film Un Idiot à Paris. Cela se passait chez un fermier, dans une grange au sol de terre battue, les gens venaient parfois au culte en charentaises, les poules et les canards assistaient aussi à la célébration. Il fallait partir de bonne heure. Nous étions jeunes mariés et nous avions une Renault 14, un véhicule maniable comme un porte-avions que j’avais surnommé « la Voiture des Grands Espaces ». Nous prenions avec nous une Vichyssoise, puis nous faisions un détour par Saint-Gerand-de-Vaux pour prendre une mamie. Je déposais tout le monde à Jaligny et je partais chercher deux ou trois paysans dans un village de Saône-et-Loire. Après la réunion, on faisait le même circuit en sens inverse. Nos frères de Bourgogne m’invitaient à m’arrêter boire un coup, ce que je refusais gentiment : la route est plus longue que large.
« C’est-y qu’la Josiane elle va t’engueuler si tu bois un verre avec nous ? »
Le Rieu de Condé, 23 juillet 2016
Piques 51. à 60
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