Père Nathan marie sa fille

Ce qui arriva du temps de Noé arrivera de même à l’avènement du Fils de l’homme. Car, dans les jours qui précédèrent le déluge, les hommes mangeaient et buvaient, se mariaient et mariaient leurs enfants, jusqu’au jour où Noé entra dans l’arche ; et ils ne se doutèrent de rien, jusqu’à ce que le déluge vînt et les emportât tous : il en sera de même à l’avènement du Fils de l’homme.

Matthieu 24.37/39

 

            Père Nathan marie sa fille.
C’est un jour de liesse et l’on fait grand festin.
Les hôtes attablés se grisent de bon vin.
La broche tourne, et le veau gras sur le feu grille.
            Père Nathan marie sa fille.

 

            Noé, dans ses bois, scie des planches.
À quel jeu saugrenu s’amuse ce vieillard ?
Le voilà menuisier, il y met tout son art.
Il a l’esprit brouillé, les neurones qui flanchent.
            Noé, dans ses bois, scie des planches.

 

            Place à la joie ! Place à la danse !
Il faut vouer ce soir à l’amour, au plaisir.
On s’emplit les viscères, on se gave à vomir.
Guitare et violon, marquez bien la cadence.
            Place à la joie ! Place à la danse !

 

 

            Le vieux Noé construit son arche.
À quoi lui servira cet immense bateau
Mille lieues loin des mers, au sommet d’un plateau ?
Pourra-t-on m’expliquer cette étrange démarche ?
            Le vieux Noé construit son arche.

 

            Laissez-le donc ! C'est son affaire.
Pourquoi s’inquiéter pour cet original ?
Ses excentricités ne nous font point de mal.
À chacun ses lubies, à chacun sa misère.
            Laissez-le donc ! C'est son affaire.

 

            L’arche de bois est achevée.
À quoi bon tant d’efforts, de peine et de sueur ?
Qu’espère-t-il gagner pour prix de son labeur ?
Prendre des passagers ? Quelle billevesée !
            L’arche de bois est achevée !

 

            Et l’on rit et chacun s’amuse !
Nous ne sommes ici point venus pour souffrir
Mais faire bonne chère et nous bien divertir.
Et d’élixirs divins, de liqueurs on abuse.
            Et l’on rit et chacun s’amuse.

 

            Quelle étrange ménagerie !
Le vieux fou fait entrer kangourous et pingouins,
Girafes, éléphants, fourmis et maringouins
Des pandas, à présent, même des otaries !
            Quelle étrange ménagerie !

 

 

            Mais la pluie vient gâter la fête.
La robe de l’élue souillée de troubles eaux,
Les reliefs de l’orgie emportés par les flots.
Le bonheur d’une vie ruiné par la tempête.
            Quand la pluie vient gâter la fête.

 

            L’Éternel a fermé la porte.
Nous allons tous périr ! Aie pitié, ouvre-nous !
Nous ne te traiterons plus jamais de vieux fou.
Une vague soulève le navire et l’emporte.
            L’Éternel a fermé la porte.

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