Acte III

Premier tableau

Jérusalem, au pied de la muraille, à l’intérieur de la ville.

Scène première

NÉHÉMIE – HANANI

HANANI

Des tombereaux de pierre, il nous faudra charger.
 Rien dans tous ces monceaux pour nous encourager.
 Cette ville est si vaste, si longues ses murailles.
 Qu’il nous faudra combler des brèches et de failles !
 La tâche est infinie. Par où donc commencer ?

NÉHÉMIE

Par le commencement. Pourquoi s’embarrasser ?
 Nous organisons tout de manière efficace :
 Chaque outil dans nos mains et chaque homme à sa place.

(Les bâtisseurs remplissent progressivement la scène.)

Vois-tu venir tous ces amis pour nous aider ?
 Zaccour et Mérémoth, de zèle possédés,
 Voici Tsadok encore pour nous prêter main-forte.
 Et voici Meschoullam… Mais toute une cohorte !
 Ces vaillants ouvriers nous arrivent à point.
 Au travail ! Sans tarder ! L’ouvrage n’attend point.

(Entre Noadia.)

Scène II

NÉHÉMIE – HANANI – NOADIA – TSADOK – ZACCOUR – MÉRÉMOTH – MESCHULLAM

TSADOK

Mais, nos vaillants n’ont d’yeux que pour la jouvencelle !

NOADIA

Qu’on me donne une pioche, un pic, une truelle.
 Je veux de mes deux bras près de vous travailler,
 Car je ne suis point femme à dormir au foyer.

ZACCOUR

Quoi ? De si lourds outils dans des mains si fragiles ?

NOADIA

Je n’ai le bras épais, mais ces mains sont agiles.
 Je sais, sur mes épaules, charger de lourds fardeaux.
 Je lutte pour la vie et je manie la faux.
 Mes jambes sont solides et je sais courir vite.
 Le soldat malveillant s’épuise à ma poursuite.

NÉHÉMIE

Nous nous sommes déjà rencontrés, sauf erreur.

NOADIA

Oui, Néhémie, c’est moi, Noadia. Mon bonheur
 serait d’offrir mes bras tout à votre service.

NÉHÉMIE

C’est vraiment fort aimable, et que Dieu vous bénisse !

MÉRÉMOTH

Mais, cette fille, enfin, pleine de volonté,
 Le poids de nos efforts a-t-elle bien compté ?

MESCHULLAM

Pour cette tâche, il faut du muscle et de la taille.
 Les enfants ne sont pas formés pour la bataille.
 Nos outils sont trop lourds pour tenir en sa main.

MÉRÉMOTH

Jeune prétentieuse, passez votre chemin.

NOADIA

Ne vous y trompez pas, j’ai des mains travailleuses.
 J’accepte le défi, car je suis courageuse.

NÉHÉMIE

Ne rougissez-vous pas de vos comportements ?
 Quoi ? Vous persécutez ainsi ce pauvre enfant
 Qui se propose à nous telle une humble servante !
 Viens, pauvre Noadia. Que rien ne te tourmente.
 Chère amie, nous t’offrons notre protection.
 Tu seras précieuse à notre mission.
 Parmi nos rangs serrés il te reste une place.

NOADIA

Pour briser les cailloux je prendrai cette masse.
 Mais, ne lambinons pas. Le travail n’attend point.

NÉHÉMIE

Comme elle est obstinée ! Vous en êtes témoins.

ZACCOUR

Moins forte et moins vaillante au fourneau, j’imagine.

NÉHÉMIE

Zaccour, je vous en prie. Seriez-vous misogyne ?

NOADIA

Voyez-vous, ces garçons ont le cerveau trop lent.
 Je ne suis pas un homme et j’ai d’autres talents.
 Je saurais dispenser des cours de politesse
 Et vous édifier, car je suis prophétesse.

ZACCOUR

Prophétesse ! Allons donc ! Et moi je suis Daniel !

MÉRÉMOTH

Moi, plus modestement, je ne suis que Joël.

ZACCOUR

De prophètes, d’ailleurs, nous n’avons nul besoin,
 Car nous avons Moïse, et David, et les oints.
 Toute autre vision n’est que billevesée
 Et tous ces beaux discours me donnent la nausée.

NOADIA

Craignez, par vos propos, d’insulter l’Éternel.
 Je suis dans les papiers d’un archange du ciel.

ZACCOUR

Un archange, vraiment ! Voilà qui m’impressionne !
 Aurais-tu rencontré Gabriel en personne ?

NOADIA

Cet ange aux yeux de feu ne m’a pas dit son nom.

MÉRÉMOTH

Un ange t’a parlé, ou peut-être un démon.

NOADIA

Un envoyé de Dieu, et je crois sa promesse.

ZACCOUR

Depuis quand Dieu choisit des femmes prophétesses ?
 Cherche dans sa parole un seul nom.

NOADIA

Deborah.

NÉHÉMIE

Heureuse repartie ! Que répondre à cela ?
 Immense est notre tâche. Brisons cette querelle.

ZACCOUR

Oui, ne conteste plus, saisis cette truelle,
 Car c’est au pied du mur qu’on connaît le maçon.

NOADIA

Je n’ai de ces messieurs nul besoin de leçon.

ZACCOUR

Je ne réponds plus rien, je n’ai plus qu’à me rendre.
 Pour jeune qu’elle soit, elle sait se défendre.

NOADIA

Lorsqu’un homme en ce lieu dira le mot « renard »,
 Vous comprendrez enfin que je parle sans fard.

MÉRÉMOTH

Un renard, à présent ! Quelle est donc cette histoire ?
 Une idée saugrenue tirée de son grimoire.

ZACCOUR

Quelque grain de folie. Sans doute la chaleur
 Aurait dans son cerveau formé quelque vapeur.

HANANI

Nous saurons si vraiment c’est une prophétesse
 Par l’accomplissement des mots qu’elle professe.

NOADIA

Mais, je vois nos amis, Tobija, Samballat.
 Il ne me manquait plus, ma foi, que ces deux-là !

NÉHÉMIE

C’est assez de discours et chacun à sa pioche !

HANANI

Ne vois-tu pas les gens du pays qui s’approchent ?

NOADIA

Tous deux viennent à moi. Tristes galants, ils vont
 Me courtiser, mais je leur ai déjà dit non.

(Entrent Samballat et Tobija, suivis de gens du peuple.)

Scène III

NÉHÉMIE – HANANI – NOADIA – TSADOK – ZACCOUR – MÉRÉMOTH – MESCHULLAM – SAMBALLAT – TOBIJA – gens du peuple

SAMBALLAT

De vaillants bâtisseurs ! Ils gâchent avec zèle.

TOBIJA

Ils ont même embauché la jolie tourterelle,
 Et la galanterie ne connaissent-ils point ?
 Car des bras d’une femme ils n’avaient nul besoin !

SAMBALLAT

Regarde, dans l’effort elle est encor plus belle.

TOBIJA

J’irais bien cimenter quelque pierre avec elle.

SAMBALLAT

Cette jolie bergère, douce comme une fleur
 Leur chante des chansons pour leur donner du cœur
 Et le son de sa voix les comble d’enthousiasme.

NOADIA

Écartez-vous de moi et gardez vos sarcasmes
 Et tenez éloignés vos ignobles désirs,
 Ou si vous demeurez, faites-moi ce plaisir :
 Ne restez pas plantés, sachez vous rendre utiles
 Et montrez à quel point vos deux mains sont habiles.
 Soulever un marteau ne va pas vous briser.
 Ne restez pas assis avec les bras croisés.
 Il reste sur ce tas de bons outils solides,
 Saisissez-les sans peur de vos gros bras valides.
 Gonflez vos forts biceps et frappez ces cailloux.
 Voilà, mes beaux parleurs, ce qu’on attend de vous.
 La tunique mouillez, je veux vous voir en nage,
 Car en péroraisons point n’avance l’ouvrage.
 Ne voyez-vous donc pas ces brèches à combler ?

NÉHÉMIE

Noadia, chère amie, comme vous y allez !

SAMBALLAT

Elle le prend d’un peu trop haut, la péronnelle.
 N’a-t-elle d’autre chant ni d’autre ritournelle ?
 Je vais lui enseigner un air à ma façon
 Car sa cacophonie mérite une leçon.

TOBIJA

Calme-toi, Samballat !

SAMBALLAT

                                     Faut-il que je m’apaise
 Quand ces maudits Hébreux s’en donnent à leur aise ?
 Je ne me calme point. Je ne suis pas d’humeur !
 La vue de ce chantier me soulève le cœur !
 Rebâtir ces remparts ! Les laissera-t-on faire ?
 J’ai de justes raisons de me mettre en colère.
 Cet ouvrage maudit, le vont-ils achever ?
 Quand tout sera fini, que va-t-il arriver ?
 Ils se révolteront, je vous le donne en mille.
 Nous pourrons dire adieu à nos matins tranquilles.
 Du haut de leurs murailles, pour nous estropier,
 Ils nous balanceront d’énormes madriers.
 Cruels comme des loups, et je parle en prophète,
 Des flots de poix fondue répandront sur nos têtes.
 Des milliers d’arc tendues par leurs bras exercés,
 De leurs traits acérés nos corps seront percés.
 Ne les voyez-vous pas envahir nos campagnes,
 Égorger dans nos bras nos enfants, nos compagnes ?
 Contre notre bon roi vont-ils se soulever ?
 Dans cette forteresse ils sauront nous braver.
 Contre nous le monarque enverra ses armées.
 Je perçois par le sang la fronde réprimée.
 L’épée nous pourfendra. Point de distinction,
 Le glaive ou l’esclavage. Ô malédiction !
 Victimes des folies de ce peuple indocile.

TOBIJA

Samballat, mon ami, tu t’échauffes la bile.
 Que peuvent contre nous ces Hébreux impuissants,
 Esclaves harassés dans la sueur et le sang.
 Offriront-ils ici de pieux sacrifices
 Et sanctifieront-ils ces dévots édifices ?
 Ces pierres lézardées, ces monceaux poussiéreux,
 Ces poutres et linteaux dévorés par le feu !
 Que sur ce monument quelque renard s’élance
 Et l’animal rusé ruine leur espérance.

NOADIA

Avez-vous entendu ? Qu’a-t-il dit ?

HANANI

       Un renard.

NOADIA

Un renard. Croyez-vous, maintenant, mes gaillards
 Que votre prophétesse parle pour ne rien dire ?

NÉHÉMIE

Pour nous convaincre, amis, ce mot devrait suffire :
 Un renard ! Admirez combien de Dieu l’Esprit
 Parle de façon claire, et nous sommes petits !

NOADIA

Me croyez-vous enfin ? Suis-je femme insensée ?
 Par l’Esprit d’Adonaï ma parole est poussée.
 Quant à vous, les moqueurs, vous seriez bien gentils
 De me laisser courir et prendre ce goupil.
 J’en vais faire un manchon pour me rendre élégante.

TOBIJA

N’a-t-on jamais croisé fille plus insolente ?

(Sortent Samballat et Tobija.)

Scène IV

NÉHÉMIE – HANANI – NOADIA – TSADOK – ZACCOUR – MÉRÉMOTH – MESCHULLAM – gens du peuple

ZACCOUR

Noadia, tu m’as mis ces railleurs en échec,
 Tu leur as pour longtemps cloué le large bec.
 Nous t’avons, disons-le, fort mal considérée,
 Comme une enfant rêveuse, menteuse et délurée.
 Nous t’avons méprisée. Pardon ! Nous avions tort.
 Oui, nous t’avons traitée comme de fins butors.
 Pardonne, pauvre amie, notre indélicatesse.
 Tu seras notre étoile et notre prophétesse.

NOADIA

Et toi, tu ne dis rien ?

MÉRÉMOTH

Je te prie d’accepter
 Mes plus humbles excuses. Qui donc pourra douter
 Que c’est toi, Noadia, notre envoyée céleste,
 Notre guide après Dieu. Que nul ne le conteste !

NÉHÉMIE (à part)

Notre guide après Dieu ! Je ne suis point jaloux
 Mais cette beauté-là pourrait nous rendre fous.
 Comme ils ont promptement banni la méfiance !
 Ne nous empressons point de conclure alliance.

NOADIA

Oublions tous ces mots ? Ne vous alarmez point.
 J’en prends le serviteur Néhémie à témoin :
 Mon cœur est magnanime et n’a pas de rancune.
 Pas de ressentiment dans la lutte commune.
 Nous devons tous apprendre à vivre et nous aimer,
 Sur ce fragile esquif tous ensemble ramer,
 Déjouer les écueils et les ondes rapides.

ZACCOUR

Oui, de vaillants marins, des rameurs intrépides !

NOADIA

Ne redoutons jamais pirates ni récifs,
 Le Maître prend la barre, ne restez pas craintifs.

HANANI

Voilà qui est parlé !

MÉRÉMOTH

Parler comme un prophète.

ZACCOUR

De ces mots inspirés ne lâchons une miette !

NÉHÉMIE

Vous avez vu, vexé, l’ennemi nous quitter
 La tête entre les jambes, il n’a pu supporter
 L’esprit de Noadia, cinglante repartie.
 Amis, nous n’avons pas remporté la partie,
 Ces hommes reviendront nous harceler encor,
 Proférant contre nous des menaces de mort.
 Nous n’aurons pas de paix.

HANANI

Alors, que faut-il faire ?

NÉHÉMIE

Brandir à pleine main notre arme : la prière.

HANANI

Qui mieux que toi saurait invoquer l’Éternel ?
 Tes supplications monteront jusqu’au ciel.

NÉHÉMIE

Écoute, ô notre Dieu, comme l’on nous méprise,
 On nous insulte ici, sur la terre promise.
 Tu connais leurs pensées, tu connais nos griefs.
 Que leurs iniquités retombent sur leur chef.
 Qu’ils soient bientôt captifs et livrés au pillage,
 En de lointains pays vendus en esclavage.
 Que les péchés jamais ne leur soient pardonnés.
 Que la peste et la mort prennent leurs premiers-nés.
 Nous t’implorons, ô, Dieu, tu vois notre détresse.
 Protège tes enfants par ta main vengeresse.
 N’aie pour ces hommes-là ni bonté ni douceur
 Car ils ont offensé ton peuple bâtisseur.

HANANI

Amen ! Qu’aurions-nous donc à craindre l’adversaire ?
 Nous avons prié Dieu d’un cœur pur et sincère.
 Il est notre rocher, nous ne redoutons rien.
 Il prendra soin de nous, de nos cœurs et nos biens.
 Que nos yeux soient ouverts, anticipons la guerre.
 Détournons les mortels crochets de ces vipères.
 Il nous faudra porter l’arme avec nos outils.
 Noadia, frêle enfant, as-tu peur du péril ?

NOADIA

Ne tremblez pas pour moi, j’ai l’âme bien trempée.
 Je saurai, s’il le faut, manier une épée.

Deuxième tableau

Même décor, la nuit tombe.

Scène V

NOADIA

Je me retrouve seule à contempler les cieux.
 Les hommes sont partis, je suis seule avec Dieu.
 Chaude était la journée, le travail était rude,
 Mon corps est tout pétri de telle lassitude !
 Je redeviens bergère privée de mes moutons,
 La fatigue en mes bras, les rides sur mon front.
 Noadia, pauvre enfant, qui t’a faite ouvrière ?
 Tu n’es pas un soldat pour jouer à la guerre.
 Mes amis sont chez eux partis se reposer ;
 Demain va le labeur à nouveau te briser.
 Mission pour un homme, je ne suis assez forte.
 Quant à cet ange Ariel, que les enfers l’emportent !

(Paraît Ariel.)

Scène VI

NOADIA – ARIEL

ARIEL

Pourrais-tu répéter, car j’ai mal entendu ?

NOADIA

Pardonnez-moi, Seigneur, mon esprit s’est perdu.

ARIEL

Que désire ton cœur pour trouver du courage ?
 Car il faut retourner, ma fille, à ton ouvrage,
 Sois l’esclave soumise, exerce donc ta foi.
 Fortifie ton épée et combat pour ton Roi.
 Apporte à tes amis une saine parole,
 Celle qui fortifie et le mot qui console.
 Je connais ta fatigue, offre-toi du repos.
 Pour servir l’Éternel il faut se lever tôt.

NOADIA

Je serai pour toujours sa servante fidèle,
 Puisqu’à prophétiser l’Esprit de Dieu m’appelle.

ARIEL

Va sans jamais douter, car Dieu marche avec toi.
 Ne te détourne point, écoute bien sa voix.

NOADIA

Pourquoi me détourner ?

ARIEL

Je connais bien ton âme :
 Un cœur tendre et léger qui promptement s’enflamme.
 Petite Noadia, garde-toi bien des loups.
 Ils sauront t’éloigner du Dieu fort et jaloux.

NOADIA

Survient le loup j’aurai quelques mots à lui dire
 Et je ne suis pas fille à me laisser séduire.

(Sort Ariel, entre Samballat.)

Scène VII

NOADIA – SAMBALLAT

SAMBALLAT

Quel est ce beau garçon qui te faisait la cour ?

NOADIA

Est-ce à vous, Samballat, de tenir ce discours ?
 Sur mes fréquentations vous ne sauriez prétendre
 Et je n’ai, sachez-le, aucun compte à vous rendre.

SAMBALLAT

Allons ! Ne le prenez, s’il vous plaît, d’aussi haut !
 Je suis le compagnon, le soutien qu’il vous faut.

NOADIA

Mieux vaut la solitude aux viles compagnies.

SAMBALLAT

Qui pourrait entre nous parler de vilenie ?

NOADIA

Passez votre chemin et me laissez en paix.
 Ne me contraignez pas à griffer, s’il vous plaît.

SAMBALLAT

Voyons comme elle griffe, l’adorable panthère !
 Citadelle imprenable, et quel regard austère !
 Je suis votre héros, mais vous me dédaignez.

NOADIA

Allez-vous-en, vous dis-je, car vous me répugnez.

SAMBALLAT

Je t’aime, Noadia.

NOADIA

Quoi ? J’ai dû mal entendre.
 À ma virginité oseriez-vous prétendre.

SAMBALLAT (à part)

Elle est à toi, mon grand, pourquoi s’inquiéter,
 Car j’ai livré mon fils sur l’autel d’Astarté.
 La déesse d’amour me refuserait-elle
 Celle que de ma chair tous les désirs appellent ?
 Ascher, à te servir j’ai payé le prix fort.
 Cet être convoité résiste-t-il encor ?
 J’invoque ton pouvoir, brise son cœur sévère,
 Rigide comme fer, solide comme pierre.
 Vois cette résistance, de ta main brise-la.
 Elle est soumise, enfin, prisonnière en mes lacs.

NOADIA (à part)

Je suis perdue, je ne sais pas ce qu’il m’arrive,
 Et je sens mon esprit voguer à la dérive.
 Quelle force maintient tous mes sens en émoi ?

(à Samballat)

Mes propos ont été méchants, pardonnez-moi.
 Je ne désirais pas vous donner tant de peine
 Et vous ne m’inspirez de mépris ni de haine.
 Il me faut protéger ma vertu, c’est normal.

SAMBALLAT

Noadia, je vous aime et ne veux aucun mal.
 Pour être aimé de vous je damnerais mon âme.
 Acceptez, belle amie, de devenir ma femme.

NOADIA

Votre femme, déjà ? Comme vous y allez !
 Et combien vos désirs sont prompts à formuler !
 Soit, j’y réfléchirai. Donnez-moi deux semaines
 Et nous verrons chacun où nos instincts nous mènent.

SAMBALLAT

Je saurai vous séduire et vous gagner, ma foi.
 Mon amour est vainqueur et vous serez à moi.

(Sort Samballat.)

Scène VIII

NOADIA

Serai-je pour toujours à mes démons soumise ?
 Jamais sur mes désirs ils ne lâchent leur prise.
 Quoi ? Pour ce Samballat oserai-je trahir,
 Entichée d’un païen que je devrais haïr ?
 Ô bestialité ! Funeste intempérance !
 Éternel ! J’ai besoin d’une vraie délivrance.
 Pourquoi m’as-tu privée de toute volonté ?
 Tentée par le malin, je ne puis résister.

(Elle sort. Entre Ariel.)

  Scène IX

ARIEL

Que j’aie le dos tourné la belle récidive,
 Esclave de ses sens, passion maladive !
 Le regard aveuglé tu oublies ton devoir.
 Ma pauvre Noadia ! Tu t’es bien fait avoir.

La suite