Quatrième tableau

QUATRIÈME TABLEAU

La maison de Jean. 

JAN – ADRIEN – GILLES – JEAN – MARIE – ARNOULT

CHŒURS

Heureux, vous qui pleurez sans cesse.

Le Christ vous fit cette promesse :

Outragés, flagellés,

Mais pourtant consolés.

De lui nous recevons la pleine récompense,

De nos chaînes la délivrance.

Nous voulons le servir avec fidélité.

Seigneur ! De nos bourreaux tu vois la cruauté.

Terrés dans cette cave humide,

Défiant l’ennemi perfide,

Nous adorons le Sauveur en secret,

Mais il faut se montrer discret.

Hélas ! Malgré ta grâce immense,

Du saint pasteur privé de la présence…

Pourquoi, Seigneur ? Vois notre désarroi.

Un tel malheur ébranle notre foi.

JEAN

À l’abri des regards, en silence,

Remplis d’amour et pleins d’espérance,

Invoquons du Seigneur la clémence.

Qu’il accorde à notre bon berger

La force au milieu du danger.

Chers frères, n’avons-nous pas, comme de coutume, introduit cette assemblée par la prière ? Dieu est fidèle, il nous affermira et nous gardera du mal. Il prendra sous sa protection notre cher frère Pierre, quoi qu’il arrive. Faisons-lui simplement confiance.

JAN

C’est ma faute, ô misérable !

Le seul fautif, le seul coupable.

Imbécile que je suis !

Me le pardonner, je ne puis.

Fallait-il que je prenne appui

Sur cette pierre mal scellée !

Tête écervelée !

ADRIEN 

Mon fils, à quoi bon te lamenter,

Dans la douleur ainsi t’exalter ?

Qu’enlèves-tu de sa souffrance ?

Qu’ajoutes-tu à l’espérance ?

JAN

Et tout avait si bien commencé !

C’est moi qui l’ai brisé dans ce fossé.

Il faudrait que je me pardonne !

Toutes mes forces m’abandonnent.

GILLES 

Ami, passeras-tu ta jeunesse à pleurer ?

La vie est devant toi. Tu peux tout réparer.

JAN

Réparer ! Comment ? Que faire ?

Me racheter ? Quelque œuvre salutaire ?

Réparer ma sottise. Inutile chimère !

Qu’on m’abandonne à mon désespoir

Et qu’on me laisse dans le noir !

Rien n’éteindra ce feu qui m’accable.

Médiocrité condamnable,

Digne de la prison.

ARNOULT

Mon pauvre enfant, le maître a ses raisons

Qu’aucun mortel ne peut comprendre.

JAN

Mais de Dieu que faut-il attendre

S’il a permis cet accident ?

Que dis-je ? Un accident ! Mon crime !

ARNOULT

Cependant,

Dieu change en bien le mal. Ses sentiers admirables…

Vous verrez s’accomplir des signes incroyables.

JAN

Notre prédicateur comme torche flamber…

ARNOULT

Est-ce en vain que Pierre est tombé ?

La torche apporte la lumière

Au milieu de la nuit. Espère.

MARIE

J’ai deux mots à te dire. Entends-moi, mon garçon.

JAN

Oui, Marie, je t’écoute.

Ton conseil me sera salutaire, sans doute.

Tu es comme un soleil éclairant notre route.

Tel une mère, source de réconfort.

MARIE

Je suis femme et connais la douleur et l’effort,

Mais la douleur, pour la femme bénie,

Après les pleurs donne la vie

Quand je vois de mon corps ce bel enfant sortir.

Comprends-tu, jeune ami, où je veux en venir ?

Tu t’es trop lamenté. Lève-toi pour bâtir.

Ne laissons pas la tour inachevée.

Elle est battue, qu’elle soit relevée.

JAN

Oui, voilà le plus sûr moyen

De changer tout ce mal en bien.

Ainsi se poursuit notre drame.

Je veux ranimer la flamme

Tandis qu’elle brûle encor.

J’y sacrifierai mon corps ;

À mon secours, le Dieu fort.

Adieu les remords, les plaintes

Qu’il bannisse en moi la crainte

Du bûcher, l’horrible mort.

Pour Brully, je ne puis me taire :

Je poursuivrai son ministère.

ARNOULT

Au nom de la communauté

Laisse-moi te féliciter.

CHŒURS

Nous voulons te féliciter,

Jeune homme rempli de courage.

Il faudra te mettre à l’ouvrage.

De maître Pierre empoigne le flambeau.

Notre message est le plus beau.

Ta vocation la plus belle.

Enfant, tu te lèves pour elle.

Tu ne crains pas la mort

Sous la garde du Dieu fort,

En dépit de ta jeunesse

Et qu’importe ta faiblesse.

Contre Goliath, le Philistin

Ce géant brutal et hautain,

David, jeune berger, dans sa fronde une pierre,

Le brise et le jette à terre.

Ton arme est la fronde de Dieu,

Sa parole, un glaive précieux !

JEAN

Frères et sœurs, il est temps de penser à nous réparer et à rentrer discrètement chacun dans sa maison. Il serait dangereux de nous faire remarquer en prolongeant ce rassemblement. Que Dieu vous bénisse et accorde à chacun sa protection.

(Les participants sortent les uns après les autres, seuls restent Jean et Jan, endormi sur son banc.)

Le pauvre ! Toutes ces émotions l’ont épuisé, et le voilà endormi comme un bienheureux. Je n’ai pas le courage de le réveiller. Il passera la nuit chez nous. Je le laisse. Mon atelier m’appelle à l’ouvrage.

 

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