Le Baron d'Amblyopie

Plaisanterie lyrique en un acte.

Personnages

Lynda, reine de Syldurie

Julien, Prince consort.

Le baron Childéric d’Amblyopie

La baronne Frédégonde

Le roi Joufflu

Le comte Ingeant, ministre des Armées

Le comte Ensuisse, ministre des Finances

Le duc Élingeton, ministre de la musique

Wladimir, savant

Un chambellan

 

Le récitant

 

Chœur de courtisans

Scène Première

LE RÉCITANT

Nous sommes en Syldurie, un petit royaume de la Péninsule balkanique cher au cœur du poète.

Comme tous les premiers jeudis du mois, la jeune et jolie reine Lynda passera tout l’après-midi assise sur son trône, couronne au front et sceptre en main. Elle recevra les courtisans qui la combleront de compliments et lui adresseront éventuellement des doléances. Lynda aimerait bien se soustraire à ce protocole moyenâgeux, mais c’est une pratique incontournable, justement parce qu’elle fait partie des traditions sacrées de la Syldurie. Légiférer contre cette coutume serait aussi impertinent qu’envisager d’interdire le thé aux Anglais, le popcorn aux Américains, les spaghettis aux Italiens, la bière aux Allemands, les moules frites aux Belges ou le camembert aux Français.

LYNDA

Il est temps de prendre place,

Regardons-nous dans cette glace

Ai-je un cheveu de travers ?

Ai-je mis ma couronne à l’envers ?

Qu’il est dur d’être couronnée !

J’en ai pour jusque en la soirée ;

Des Majesté par-ci, des Majesté par-là

Et patati et tralala !

JULIEN

Avec le chef ainsi garni

Tu es belle, mon cœur chéri,

Tu as l’allure si fière :

On dirait la reine d’Angleterre.

LYNDA

C’est malin !

Mais puisque tu te crois si fin

Tu voudras bien, mon gros lapin,

À mes côtés prendre une chaise,

Installe-toi tout à ton aise.

Puisque tu es mon Prince consort

Partage aussi mon triste sort.

JULIEN

Oh non !

LYNDA

                                   Mais si !

Car j’en ai décidé ainsi.

LE RÉCITANT

Et quand la reine a décidé, on ne discute pas. Le prince Julien, mari de Lynda, assis sur un fauteuil au pied du trône royal, assiste à tous les débats. D’ailleurs, les courtisans commencent à affluer.

CHAMBELLAN

Le comte Ingeant, ministre de l’Armée.

LE COMTE INGEANT

Sire, Votre Majesté

Majestueuse en vérité

Brille dans sa magnificence…

LYNDA

Et voilà ! ça commence !

LE COMTE INGEANT

Brille dans sa magnificence

Et de l’éclat de sa splendeur

Répand sur nous sa bienveillance

Et par un immense bonheur…

LYNDA

Pourriez-vous abréger, s’il vous plait ?

Que nous en arrivions au fait !

LE COMTE INGEANT

Je ne suis pas content et je suis en colère :

Je suis ministre de la Guerre

Et nous sommes toujours en paix.

LYNDA

Voilà qui est parfait !

LE COMTE INGEANT

Il faut déclarer

La guerre à la France.

Je vous en remercie d’avance

Et je m’en vais m’y préparer.

LYNDA

Mon cher ami, vous ressemblez

À la septième symphonie

De Schubert, qui n’est pas finie.

CHAMBELLAN

Le comte Ensuisse, ministre des Finances.

LE COMTE ENSUISSE

Ô reine dont l’éclat

Brille jusques aux nues…

LYNDA

Et ça continue !

Beau compliment que voilà !

LE COMTE ENSUISSE

Reine sublime et merveilleuse,

Que Dieu toujours vous rende heureuse !

LYNDA

Pourriez-vous abréger, s’il vous plait ?

Que nous en arrivions au fait !

LE COMTE ENSUISSE

Je suis très en colère et ne suis pas content.

La Syldurie a plein d’argent

Mais mes poches à moi sont vides.

LYNDA

Financier avide,

Qu’attends-tu de moi

Pour calmer ton émoi ?

LE COMTE ENSUISSE

Pour renflouer ma propre caisse,

J’exige, ô divine princesse

Un nouvel impôt

Qui tomberait bien à-propos.

Je pourrais changer de voiture

Et ferais meilleure figure.

LYNDA

Là-dessus tu peux bien t’asseoir !

Bise à madame et au revoir.

CHAMBELLAN

Le duc Élingeton, ministre de la Musique.

LE DUC ÉLINGETON

Majesté, que votre Sire

Règne à jamais sur son empire.

LYNDA

Oui, bon, ça va !

Je vous fais grâce de tout ça !

Qu’avez-vous à me dire ?

Pourriez-vous abréger, s’il vous plait ?

Que nous en arrivions au fait !

LE DUC ÉLINGETON

À quoi rime ce délire ?

En tant que ministre d’État

À la musique,

Je trouve fantastique

Qu’on fasse si peu de cas

Du Jazz et du Rythme ande blouse,

Et en deux mots comme en douze

Il n’y en a que pour Bétov,

Saint-Sahence et Rachmaninov.

JULIEN

Connaissez-vous

L’ultime sonate

De celui dont vous sabotez le nom ?

Rentrez chez vous

Dans vos pénates

Vous apprendrez que j’ai raison

Le grand Ludwig à ses heures

Jouait du Jazz en sa demeure.

LYNDA

Et toc !

CHAMBELLAN

Le baron Childéric d’Amblyopie et la baronne Frédégonde.

LYNDA

Qui ça ?

JULIEN

Qui ça ?

COURTISANS

Qui ça ?

CHAMBELLAN

Le baron Childéric et sa femme Frédégonde.

LYNDA

Je ne connais pas ce beau monde.

JULIEN

Mais quel joli vent nous amène

Ce beau duo d’énergumènes ?

 

 

LYNDA

Écoutons-les.

COURTISANS

Écoutons-les.

LYNDA

Pourriez-vous abréger, s’il vous plait ?

Que nous en arrivions au fait !

CHILDÉRIC

Poutou ! ptah ! Ptilduï ! Patah !

LYNDA

Plaît-il ?

JULIEN

Cet animal est incivil.

LYNDA

Voulez-vous répéter calmement,

Un peu moins vite et en articulant ?

CHILDÉRIC

Poutou ! ptah ! Ptilduï ! Patah !

JULIEN

Je ne vois pas la différence.

Avec de la persévérance

Un jour nous vous comprendrons.

LYNDA

Depuis le début, reprenons.

CHILDÉRIC

Poutou ! ptah ! Ptilduï ! Patah !

Ptiduï ! ptah ! ptoi Ptiduï !

LYNDA

La Syldurie ?

CHILDÉRIC

Vi.

LYNDA

Eh bien quoi, la Syldurie ?

CHILDÉRIC

Ptiduï ! ptah ! ptoi Ptiduï

LYNDA

Je n’y comprends rien

J’ose espérer que votre femme

Sait exprimer ses états d’âme

En termes plus chrétiens.

FRÉDÉGONDE

Pas content ! pas content ! pas content !

JULIEN

Inutile de s’énerver,

De la sorte s’égosiller.

FRÉDÉGONDE

Pas content ! pas content ! pas content !

LYNDA

Vous n’êtes pas contents.

De nouveau cela n’a rien,

Aussi je vous prierai bien

De développer vos arguments.

FRÉDÉGONDE

Pas content ! pas content ! pas content !

Pas-ta-toi ! pas content ! pas-ta-toi !

CHILDÉRIC et FRÉDÉGONDE ensemble

– Poutou ! ptah ! Ptilduï ! Patah…

– Pas-ta-toi ! pas content ! pas-ta-toi…

LYNDA

Quel est cet étrange patois ?

Je réclame d’urgence

Un interprète en la séance.

Qu’on me fasse venir

Le savant Wladimir.

LE RÉCITANT

Philosophe, romancier, poète, peintre, sculpteur, musicien, physicien, mathématicien, maîtrisant le latin, le grec, l’hébreu, l’ourdou et le quechua, Wladimir est le Léonard de Vinci national. La science étant semblable à la confiture, il en possède beaucoup et l’étale peu. Lui seul semble capable de déchiffrer le langage kabbalistique du baron et de la baronne d’Amblyopie.

WLADIMIR

Écoutons ces braves gens.

Je crois qu’il serait sage

Et urgent

D’identifier leur langage.

CHILDÉRIC et FRÉDÉGONDE ensemble

– Poutou ! ptah ! Ptilduï ! patah…

– Pas-ta-toi ! pas content ! pas-ta-toi…

LYNDA

Qu’avez-vous compris ?

WLADIMIR

                                                             Rien du tout.

En tout cas ce n’est pas de l’ourdou.

JULIEN

Nous voilà bien !

Il n’est nul homme

Qui pourra dire, en somme

Ce que nous veulent ces péquins.

LE COMTE INGEANT

Cette parole,

Je reconnais,

C’est du créole

Réunionnais.

LYNDA

Qui signifie ?

LE COMTE INGEANT

Sur ma vie,

Je n’en sais rien.

JULIEN

Nous voilà bien !

LE COMTE ENSUISSE

Je crois que c’est de l’italien.

COURTISANS

– Du marocain.

– De l’estonien.

– De l’alsacien.

– Du vietnamien.

– Du canadien.

– De l’arménien.

– Il me semble, ô merveille

Que c’est du slavon de Marseille.

LE DUC ÉLINGETON

Non, ce n’est pas du florentin,

C’est du picard de Saint-Quentin.

CHILDÉRIC brandissant un vieux parchemin

Ptié ! paptié ! ptécri !

Poutou ! ptah ! Ptilduï ! Patah !

Ptiduï ! ptah ! ptoi Ptiduï

FRÉDÉGONDE

Pas content !

Dury pas-ta-toi.

Céanou ! céanou ! céanou !

LYNDA

Qu’est-ce que c’est que ce cirque enfin ?

Mon sang décidément bouillonne,

Je crois que même à Bouglione

On ne veut pas de ces clampins.

LE RÉCITANT

Au bout de trois bonnes heures de pourparlers, le baron Childéric est enfin parvenu à se faire comprendre. Il a trouvé, par hasard, dans son grenier un vieux parchemin. Comme il est plutôt limité sur le plan de la lecture et que son épouse Frédégonde n’est guère qualifiée pour l’aider, il a seulement reconnu les mots Syldurie et Amblyopie. Cet authentique document à l’appui, il s’est acquis la conviction que c’était lui le vrai roi de Syldurie. Lynda devait donc, sans discussion, lui céder son trône, son sceptre et sa couronne, et le Prince consort n’avait qu’à laisser son fauteuil à la nouvelle reine Frédégonde. Wladimir eut beau leur expliquer dans toutes les langues qu’il fallait recadrer les choses dans leur contexte, les baragouineux ne voulaient rien savoir : la Syldurie, elle est à nous.

La reine Lynda commence à s’énerver.

LYNDA

Vraiment vous commencez

À me casser les rotules.

Cette fois vous poussez

Un peu loin l’opercule.

Nous avons au château

De somptueux cachots,

Des oubliettes

Claires et proprettes,

Du cinq étoiles, verrous de fer

Avec en plus vue sur la mer.

CHILDÉRIC

Ptiduï ! ptah ! ptoi Ptiluï

LYNDA

Maintenant si tu bronches,

Je t’envoie mon poing sur la tronche.

Le couple s’éloigne avec des borborygmes incompréhensibles

LYNDA

Cette affaire enfin terminée

M’a suffisamment agacée.

Mettons quelque musique dans nos cœurs.

On dit qu’elle adoucit les mœurs.

Musique orchestrale. Pendant son exécution, Childéric rode avec une paire de tenailles.

JULIEN

Qu’est-ce que vous faites encore là, vous ?

CHILDÉRIC

Pé, poutan, pté !

JULIEN

Quoi ?

FRÉDÉGONDE les rejoint

Coupé ! courant ! musique ! fini ! vengé !

JULIEN

Vous faites comme vous voulez.

Childéric finit par trouver un cable électrique, il tente de le sectionner avec ses tenailles. Il fait un grand bond.

CHILDÉRIC

Gah ! pteu ! poutan !

Il recommence et s’électrocute à nouveau.

Gah ! pteu ! poutan !

Il s’électrocute une troisième fois.

Gah ! pteu ! poutan !

Il s’en va sans avoir réussi à provoquer la panne électrique. La musique continue.

Scène II

LE RÉCITANT

Quelques jours ont passé, le stupide baron Childéric, plus fortuné que Claude François, quoique moins bon chanteur, est presque parvenu à se faire oublier. Nous ne sommes plus le premier jeudi du mois, et rien n’interdit à la reine de se promener dans son palais en blue-jeans et en baskets, même pour recevoir son chambellan.

CHAMBELLAN

Sire, que Votre Majesté…

LYNDA

Épargnez-moi la cire et les abeilles ! Tout ce protocole m’exaspère. Tant que je n’ai pas ma couronne sur la tête et que nous sommes seuls, appelez-moi Lynda.

CHAMBELLAN

Lynda, que Votre Majesté veuille bien m’en excuser, mais je suis tenu, par cette missive, d’apporter à Votre Majesté de désagréables nouvelles.

LYNDA

De mauvaises nouvelles ? Et de qui ?

CHAMBELLAN

De Sa Majesté le roi Joufflu, Majesté, il prétend que Votre Lynda l’a offensé. Il n’est pas content.

LYNDA

Le roi Joufflu ?

Ce ventru personnage !

Il est bien superflu

D’en dire davantage.

CHAMBELLAN

Vous lui déclarez la guerre.

C’est ce qu’on lit

Sur cet édit

Quitte à vous déplaire.

LYNDA

La guerre ?

C’est idiot

Car de ce sot

Je n’ai que faire.

Mais s’il veut du combat

Je m’en vais de ce pas

Planter mon talon dans le gras

De son derrière !

CHAMBELLAN

Il prétend avoir reçu une lettre provocatrice du roi de Syldurie.

LYNDA

Du roi de Syldurie ? Ignore-t-il que le roi de Syldurie est une reine, et que cette reine, c’est moi ?

CHAMBELLAN

Voici l’objet de cette guerre :

Vous n’en pouvez être l’auteur

Car l’orthographe et la grammaire

Ne sont pas à votre hauteur.

C’est une lettre en charabia.

LYNDA

Quel galimatias !

Quel volapük ! quel logogriphe !

Quel est l’escogriffe

Qui m’a pondu ce torchon ?

Lisons :

« À Pta Ptajesté ptoi Ptoupflu.
Moi pas content. Pteu pas blairer à ptoi.
Moi ptonpre ptoi la guerre.
Ptasser ptigure à ptoi.
À pton ptendeur, gros ptas. »

Et c’est signé :

« Ptildéric Ptemier, ptoi de Ptilduïe. »

Les courtisans s’assemblent pour former un chœur.

LYNDA–CHAMBELLAN–JULIEN–COURTISANS–SOLDATS–DOMESTIQUES–TOUT CE QU’ON VOUDRA

Je croyais qu’il avait compris

Qu’il n’est pas roi de Syldurie.

Je lui avais pourtant promis

Une glorieuse sortie.

 

Cet idiot se croit tout permis

Mais jamais de toute ma vie

Je n’ai vu pareil abruti

Que ce baron d’Amblyopie.

 

Le bonhomme n’est pas fini

Peste soit de la baronnie !

C’est un imbécile accompli

Au cerveau de paramécie.

 

– Cette paramécie ma foi

S’est autoproclamée roi.

Mon arrière-arrière-arrière-grand-mère

La reine Olga

Je te le dis, mon gros pépère

En fit écarteler deux ou trois

Pour moins que ça.

– Mais enfin cet énergumène,

Cet incroyable phénomène

Va mettre à feu et à sang

La péninsule des Balkans.

Il veut provoquer une guerre

Et chambouler toute la terre.

 

– C’est la guerre dans son cerveau !

 

– C’est un nouveau Sarajevo !

LYNDA

Ne soyez pas en peine

De cette nouvelle fredaine.

Ce roi joufflu

N’est qu’un gros loquedu !

Pas de quoi en faire une histoire :

S’il vient me chercher la bagarre,

Un coup dans son flasque bidon

Et je l’étale pour de bon.

CHAMBELLAN

Sa Majesté le roi Joufflu. Et il n’est pas content.

LYNDA

Tiens ! quand on parle du cochon !

JULIEN

Tu veux dire, ma chère,

Du phacochère.

LE RÉCITANT

Le roi Joufflu fait donc son entrée, pas très officielle, au palais royal de Syldurie. C’est vrai qu’il n’a pas l’air jouasse.

CHŒURS

Le roi Joufflu qui s’amène,

Flu qui s’amène, flu qui s’amène

Pas content du tout

Est un sacré phénomène

Cré phénomène, cré phénomène ?

Qu’il a le ventre mou !

Mais voyez comme il est mouillé

Par ce beau jour ensoleillé !

Est-ce habillé qu’il prend sa douche ?

C’est vrai qu’il en tient une couche !

LE ROI JOUFFLU

Le roi Jou, le roi Flu

C’est moi le roi Joufflu.

CHŒURS

Un roi comme on n’en fait plus.

LE ROI JOUFFLU

Sous les ondées toujours à l’aise,

De tous les rois le plus balaise.

CHŒURS

Le roi Jou, le roi Flu

C’est lui le roi Joufflu.

Un roi comme on n’en fait plus.

LE ROI JOUFFLU

La cravate mal nouée,

La veste mal boutonnée,

Voici l’élégance française.

Le roi Jou, le roi Flu

C’est moi le roi Joufflu.

CHŒURS

Un roi comme on n’en fait plus.

LE ROI JOUFFLU

Mais je ne suis pas content.

CHŒURS

Le roi Joufflu n’est pas content.

LE ROI JOUFFLU

Non, je ne suis pas content.

Où est passé le sacripant

Qui m’offense dans son verlan ?

CHŒURS

On l’offense dans un verlan,

C’est bien l’œuvre d’un sacripant.

C’est pourtant lui le roi Joufflu,

Un roi comme on n’en fait plus.

LE ROI JOUFFLU

Où est ce roi d’opérette ?

Que je lui fasse une grosse tête !

LYNDA

Le roi, c’est moi, mon gros canard,

Je te le dis à tout hasard.

LE ROI JOUFFLU

Et gné-hé-hé !

JULIEN

Araignée ?

LE RÉCITANT

Ah oui ! j’avais oublié de le préciser, le roi Joufflu a un tic : quand il s’énerve, il dégaine son rire le plus intelligent. Et gné-hé-hé !

LYNDA

Qu’on aille chercher Childéric ! Après tout, c’est lui le responsable de tout ce micmac. En attendant qu’on le trouve, un peu de musique. Ça va nous calmer les nerfs.

L’orchestre attaque une polonaise ou une polka.

J’ai dit pour nous calmer les nerfs.

Musique dans le genre « Prélude à l’après-midi d’un faune ».

Entrent Childéric et Frédégonde.

LYNDA

Ah ! vous voilà tous les deux !

Avec une révérence.

Majesté joufflue, je vous présente le roi Childéric et la reine Frédégonde. Ils vont vous expliquer tout ça en détail. J’ose espérer que vous êtes polyglotte.

LE ROI JOUFFLU

Et gné-hé-hé !

CHILDÉRIC et FRÉDÉGONDE ensemble

– Poutou ! ptah ! Ptilduï ! Patah…

– Pas content ! pas d’accord ! pas content…

LE ROI JOUFFLU

L’affaire n’est pas banale

J’ai trouvé un roi

Plus cinglé que moi

Notez-le dans les annales.

Et gné-hé-hé !

LYNDA

Je sens la colère qui vient

Je ne sais ce qui me retient

De caresser ces deux lapins

Crétins

Et de leur faire un gros câlin.

 

Ne trouvez point

Cela étrange :

J’ai les deux poings

Qui me démangent.

 

 

 

Tu peux aller

Petite poule

Te ramasser

Un coup de boule.

 

Un atémi

Dans les lombaires

Pourrait aussi

Me satisfaire.

CHILDÉRIC–FRÉDÉGONDE–LE ROI JOUFFLU poursuivent leur discussion

– Poutou ! ptah ! Ptilduï ! Patah…

– Pas content ! pas d’accord ! pas content…

– Et gné-hé-hé ! et gné-hé-hé…

LINDA au roi Joufflu

Inutile de s’énerver.

Pour me faire pardonner

De votre mésaventure

Et pour faire bonne figure,

Vous souhaitant un bon départ

Je vous offre ces deux castards.

En cadeau ces deux sinistres !

Vous en ferez de bons ministres.

Le trio incompréhensible se poursuit jusqu’à la fin de la pièce, soutenu par les chœurs.