La Chenille

atelier d'écriture

Le jeu consiste à inventer des personnages et à raconter une histoire en rapport avec les marais de la Verne, en y incorporant, si possible, une allusion à la faune ou la flore de ces marais : un promoteur immobilier décide de construire une résidence au beau milieu des marais. Comment vont réagir les habitants ?

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Quelle émotion au village !

Que sont venues faire, au beau milieu des saules et marais de la Verne[1], ces gigantesques fourmis d’acier ?

Déjà Jef Roidanldeau, le campeur solitaire un tant soit peu décoiffé de la toiture, fraîchement installé au château de Biez, armé de son vieux magnétophone à bobine en tire une pas très jouasse. Arpentant passerelles et sentiers dans l’espoir d’y capturer quelques chants d’oiseaux, il ne capte plus que le gazouillement des tronçonneuses.

Chacun se plaint à son voisin, invente sa petite histoire. De toute façon, on ne nous dit jamais rien ! Même le curé de Wiers, l’abbé Mousse-Papame, clame ex cathedra que tout ce micmac va réveiller les bienheureux de son cimetière.

Quant au bourgmestre Matt Schottbiloet, mieux placé que quiconque pour être au courant de la situation, il décide enfin de réunir la population afin de la rassurer :

« Il n’y a pas de quoi s’énerver, leur dit-il. C’est juste un tout petit contrat de rien du tout que j’ai passé avec Van Toeskitroewe, le promoteur flamand. Il va nous construire une jolie résidence qui mettra en valeur le cadre exceptionnel de nos marais. De plus, elle apportera à notre beau village le regain de jeunesse dont elle a le plus grand besoin. »

Et ce disant, il déroule une grande affiche présentant de beaux immeubles ornés de larges balcons fleuris et séparés par de spacieuses allées arborisées. Le photographe a pris le soin de placer au premier plan un magnifique iris jaune. On y peut lire :

« Réservez votre appartement aux Vergers de Wiers ; du studio au cinq pièces. »

« C’est ça ! s’écrie Odile Huydseter, la vieille institutrice, c’est toujours beau sur l’affiche, c’est en coupant le ruban qu’on déchante !

– Ouais ! S’ils aiment le béton au bord de l’eau, qu’ils aillent à Middelkerke ! »

Tout le monde exprime son avis en même temps. On ne s’entend plus ! Une vraie basse-cour ! Schottbiloet est complètement débordé.

« Moi je vais aller leur dire deux mots. Je leur colle une bonne raclée, je casse tout et ils rentrent chez eux avec des bleus partout. Écrabouiller les fleurs avec leurs chenilles ! Non mais quoi ? »

Une toute petite voix vient de s’exprimer. Tout le monde se tait. Tous les regards convergent vers Béatrice Hératopse, une grande fille maigre de douze ans aux longues tresses rouges, les deux mains fourrées dans les poches de son blouson, une grippiette à l’insolence redoutable. On dit qu’elle use un prof par trimestre. Si ses yeux étaient des poings, elle en aurait déjà étalé deux ou trois. Elle qui s’est tant vantée d’avoir démantelé un réseau de contrebandiers à elle toute seule, devrait facilement déglinguer un malheureux bulldozer à la force de ses petits bras.

« C’est une idée à étudier, mon petit, » dit Jef.

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[1] Ou la Vergne ?

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