3. Un enfant gâté

Il dit encore : Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : Mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche. Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les pourceaux. Il aurait bien voulu se rassasier des carouges que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait. Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. Le fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.

Luc 15.11/24

Ce texte de l’Évangile est bien connu sous le titre de « parabole de Fils prodigue. » Il nous parle d’un jeune homme mal dans sa peau, qui a la soif de vivre sa jeunesse intensément et sans contrainte.

Que nous soyons jeunes ou moins jeunes, riches ou pauvres, instruits ou non, nous nous reconnaissons plus ou moins dans ce récit. Nous avons tous le même désir de liberté, nous voulons profiter de la vie, car un jour nous serons vieux. Le jour tant redouté de la mort sera tout proche et nous n’aurons que des regrets. La vie passe si vite.

Finalement, bien qu’il ait vécu il y a tant d’années, alors que la jeunesse rêvait de voir le pays d’Israël libéré de l’occupant romain, ce jeune homme nous ressemble beaucoup, son époque ressemble à la nôtre, car les désirs des hommes n’ont pas changé. Tandis que je vous propose de réfléchir ensemble sur son histoire, je ne peux m’empêcher de m’imaginer qu’il vit en ce moment, dans notre pays, peut-être dans notre ville. Je sais tout de même qu’il n’y avait pas au temps de Jésus, de cinémas, de boîtes de nuit ou d’automobiles, mais je ne puis résister à la tentation d’aborder cette histoire telle que Jésus aurait pu la raconter s’il était venu à notre époque.

Ce jeune garçon a eu la chance de naître dans une famille aisée et de partager avec son grand frère une enfance tranquille, à l’abri du besoin. Il n’avait qu’à demander ce qu’il voulait : « Papa ! Achète-moi une console vidéo ! » « Papa ! Donne-moi cinquante euros pour aller au Colibri ! »

Outre le confort matériel, nous avons toutes les raisons de penser qu’il a reçu de la part de son père une solide instruction et surtout une formation religieuse et morale. Tous les jeunes gens aujourd’hui n’ont pas le privilège d’avoir eu dans leur famille des exemples d’hommes et de femmes honnêtes et aimant Dieu, d’avoir des parents qui leur ont enseigné dès l’enfance à distinguer le bien du mal.

Ce jeune homme avait donc tout ce qu’il voulait à portée de la main. Il n’avait qu’à demander. Et pourtant il n’était pas satisfait. Ne sommes-nous pas constamment entourés d’une nuée de jamais contents ? L’autre jour un papy me disait : « Quand j’ai pris ma retraite, on m’a supprimé les congés payés ; ça m’est resté là ! » Combien de fois nous plaignons-nous, alors que parmi nous des hommes sont affamés, de notre bifteck trop cuit ou de nos frites trop molles ?

Lorsque nous lisons les premières pages de la Bible, nous constatons que ce père de famille ressemble beaucoup au Père Éternel, celui qui a donné la vie aux hommes, non pas pour les faire souffrir, comme certains se l’imaginent, mais au contraire pour les voir s’épanouir dans un environnement idéal, et jouir sans cesse de sa présence divine :

Dieu les bénit, et Dieu leur dit : Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez ; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre.

Et Dieu dit : Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d’arbre et portant de la semence : ce sera votre nourriture. Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture. Et cela fut ainsi.

Genèse 1.28/30

Adam avait dans ce jardin toutes les raisons d’être satisfait. Avouez que nous serions tous bienheureux de pouvoir habiter, dans les mêmes conditions, ce jardin désormais disparu. Pourtant, Dieu qui voulait placer l’homme en face de sa conscience a imposé à notre premier père, une petite contrainte :

L’Éternel Dieu donna cet ordre à l’homme : Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras.

Genèse 2.16/17

Vous avez certainement remarqué qu’il n’est pas du tout question de pommes dans cette affaire !

Quoi qu’il en soit, Adam et sa merveilleuse épouse succombèrent à leurs désirs. Ils n’avaient pas assez de ce que Dieu leur avait donné. Il leur fallait tout !

Force est de reconnaître qu’en chacun de nous sommeille un Adam ou une Ève et qu’avec lui, c’est toute l’humanité qui a méprisé le don divin. Ainsi notre jeune ami n’échappe pas à cette règle. Il est heureux dans son petit jardin d’Éden. Et pourtant il se plaint : « Ah ! Si j’avais… »

Ce désir le tourmentait nuit et jour : posséder, posséder plus ! Ne pas avoir à demander ! Un jour il prend sa décision. Il va trouver son géniteur :

« Papa, il faut que je te parle. Voilà. J’en ai plus qu’assez de cette maison ringarde. Marre de tes sermons ! Marre de tes leçons de morale ! Marre de l’extinction des feux à 22 heures ! Marre de vivre dans ce trou perdu ! Marre d’aller à l’église le dimanche ! J’ai dix-huit ans, je veux vivre libre ! Je ne veux pas me faire moine. Alors voilà ce que j’ai décidé : puisque tôt ou tard, mon frère et moi, nous devrons nous partager ton héritage, eh bien ! autant régler ce problème tout de suite. Tu me donnes ma part maintenant, mon frère il fait ce qu’il veut. Moi je veux vivre aujourd’hui, pas dans cinquante ans si tu dois vivre centenaire. »

Avouez qu’il y a tout de même des fessées qui se perdent !

Un enfant avait l’habitude d’entendre ses parents dire à tout propos : « Quand le grand-père cassera sa pipe, nous achèterons une maison avec son héritage. Or ce grand-père s’assoupit un jour dans son fauteuil, sa pipe lui tomba de la bouche et se brisa. Et l’enfant de crier à toute la maisonnée : « Papa, maman, on va enfin pouvoir l’acheter, cette maison : Papy vient de casser sa pipe ».

Ceux qui ont langui durant de longues années après un héritage se consolent facilement de la perte de leur cher parent, et Georges Brassens chantait avec philosophie :

Quand les héritiers étaient contents,
Au fossoyeur, au croqu’-mort, au curé, aux chevaux même
Ils payaient un verre.
Elles sont révolues,
Elles ont fait leur temps,
Les belles pom, pom, pom, pom, pom, pompes funèbres.
On ne les r’verra plus,
Et c’est bien attristant,
Les belles pompes funèbres de nos vingt ans.

Mais aucun héritier, à ma connaissance, n’a eu le front de déclarer ainsi à la face de son père : « J’aurais préféré que tu mourusses tout de suite, mais puisque tu t’obstines à rester en vie, donne-moi maintenant la part qui doit me revenir. Cela revient au même ».

Imaginez le scandale dans la famille et dans le village !

Dans l’esprit de la parabole, telle que Jésus la raconte, il est évident que ce père débonnaire doit nous rappeler le Père Éternel, notre créateur. Celui qui a en réserve, pour ceux qui le reconnaissent pour Seigneur, un héritage infiniment plus important que les richesses terrestres que nous pourrions convoiter. Les hommes ont voulu s’approprier le monde, le dominer sans se soucier des conseils de ce « grand-père à longue barbe », tel qu’ils se le représentent. Ils veulent vraiment la mort de ce Père qui fait obstacle à leur liberté illusoire, et ils se sont vengés en tuant le Fils.

Certains ont pris leur désir pour des réalités : « Dieu est mort, disait Nietzsche, nous l’avons tué ».

Je suis vivant, dit le Seigneur, Tout genou fléchira devant moi, Et toute langue donnera gloire à Dieu.

Romains 14.11

Nous ne manquerons pas de souligner l’attitude remarquable de ce père devant l’insolence de son fils. Au lieu de lui administrer la correction largement méritée, il lui dit simplement :

« C’est ce que tu as décidé ? Tu as bien réfléchi ? Eh bien ! d’accord. Voilà l’argent, fais-en bon usage. »

Et sans froncer le sourcil, il signe un chèque.

Incroyable !

Et pourtant, notre Père céleste agit de la sorte envers nous qui avons rejeté sa parole comme un ramassis de fables et d’incohérences. Nous qui n’avons fait aucun cas du don de son Fils unique, méritons-nous de vivre ?

Notre père a le pouvoir de nous contraindre, par la force à devenir chrétiens. S’il agissait ainsi, il n’y aurait plus de guerres, de délinquance, de haine, de terrorisme, de dictatures, mais nous ne serions pas libres. Nous ne serions pas des hommes de foi parce que nous serions chrétiens par peur de l’enfer et nous n’aimerions pas Dieu pour autant. S’il nous traitait de cette manière, il ne serait pas un dieu d’amour, mais un tyran.

Alors Dieu nous dit : « Va ! Mon enfant ! Vis la vie que tu as choisie. Oublie-moi, puisque c’est ta décision. »

Tout en nous rappelant qu’il y a pour nos vies de bons et de mauvais choix, il respecte notre liberté.

Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd’hui d’aimer l’Éternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d’observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Éternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. Mais si ton cœur se détourne, si tu n’obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd’hui que vous périrez, que vous ne prolongerez point vos jours dans le pays dont vous allez entrer en possession, après avoir passé le Jourdain. J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l’Éternel, ton Dieu, pour obéir à sa voix, et pour t’attacher à lui : car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours, et c’est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l’Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob.

Deutéronome 30.15/20

Subitement devenu riche, notre ami n’a plus qu’une idée en tête, vivre enfin la vie qu’il a rêvée et dépenser beaucoup d’argent, loin de son village. Il achète un billet de première classe et se rend dans un pays éloigné, certainement dans une grande ville.

Ah ! Paris ! Le Moulin-Rouge, les Folies Bergères !

Nous voici donc rendus à Paris, dans les beaux quartiers. Il s’est acheté un bel appartement avenue Foch et un cabriolet.

Il fallait le voir à la terrasse de Maxim’s, habillé dans les meilleures boutiques, toujours accompagné d’un essaim de jolies filles. C’est qu’il ne leur refusait rien : sorties, champagne, bijoux…

Sans compter qu’il s’était fait des tas d’amis : fils de banquiers, fils de patrons, fils d’avocats, fils de ministres. C’est utile d’avoir des relations. D’autant plus qu’il avait toujours le cœur sur la main pour leur donner tout l’argent dont ils avaient besoin pour faire la fête.

Voilà enfin la belle vie ! Et tant pis pour ceux qui n’ont pas les moyens de se l’offrir !

La vie lui donnait maintenant tous les plaisirs qu’il avait désirés, il n’avait qu’à se servir.

« Ah ! Pensait-il, dire que si j’étais resté chez mon croulant de paternel, avec mon ringard de frère, tout ce bonheur me serait passé sous le nez ! »

Mais tous ces plaisirs, il faut bien le reconnaître, coûtent beaucoup d’argent et ruinent la santé. Quand la fête est finie, la solitude devient pénible et le lendemain douloureux. Je me souviens d’une soirée de fête dans les rues d’Orléans, alors que j’étais bidasse et que je ne connaissais pas le Seigneur. Une soirée bien arrosée ! Je me souviens surtout du casque de plomb qui m’écrasait la tête le lendemain matin. La douleur était proportionnelle à l’ampleur des joies illusoires de la veille.

Et pourtant Dieu nous dit dans sa parole :

 

 

C’est la bénédiction de l’Éternel qui enrichit, Et il ne la fait suivre d’aucun chagrin.

Proverbes 10.22

Les jours, les mois, peut-être les années s’écoulent dans le plaisir et l’insouciance. Mais bientôt, un nuage d’inquiétude vient assombrir ce bonheur.

Le pays est entré dans une crise économique sans précédent et la fortune de ce jeune homme, qui lui paraissait inépuisable, commence à s’amenuiser. Les fins de mois deviennent difficiles (« surtout les trente derniers jours » aurait précisé Coluche) et les traites de la Ferrari lui semblaient de plus en plus lourdes.

Charles Baudelaire, poète bien connu, avait hérité, dans sa jeunesse, d’une véritable fortune : de quoi vivre confortablement toute sa vie sans travailler ! Malheureusement pour lui, il aimait les femmes qui aimaient les manteaux de fourrure. Pour faire plaisir à ces dames, il dilapida tout son capital en quelques années et termina sa vie dans la misère.

Notre ami a dû se résigner à faire des économies : finies les virées avec les copines. Copines et copains, d’ailleurs, se faisaient de plus en plus rares. Il a revendu son appartement et s’est inscrit aux HLM, à Nanterre. Il a troqué sa Ferrari contre une 4L.

Un jour enfin, complètement à sec, il est allé trouver son meilleur ami :

« Est-ce que tu pourrais m’avancer cinquante euros ? Je te les rendrai à la fin du mois.

– Ah ! Tu tombes mal, ce mois-ci, j’ai eu des réparations, je suis un peu coincé.

– Tant pis ! Au revoir ». Après cette première déconvenue, il va visiter d’autres amis, ces mêmes amis qui lui disaient jour et nuit : « Si un jour tu as un problème, tu peux compter sur moi. Je ne suis pas du genre à laisser tomber les copains ! »

Mais maintenant, les soucis sont là et les amis ne répondent pas à l’appel. C’est dans les moments de détresse que l’on reconnaît les vrais amis. Salomon lui-même le disait :

Beaucoup de gens flattent l’homme généreux, Et tous sont les amis de celui qui fait des présents. Tous les frères du pauvre le haïssent ; Combien plus, ses amis s’éloignent-ils de lui ! Il leur adresse des paroles suppliantes, mais ils disparaissent.

Proverbes 19.6/7

Voilà la solitude. Affreuse. Celle qui pousse jeunes et vieux au désespoir et au suicide. D’autant plus cruelle qu’elle a été précédée de moments heureux et que notre pauvre ami ne s’y était pas préparé.

Plus d’amis, plus de filles, plus de maison, plus de voiture, plus d’argent, et surtout plus aucun but pour sa vie. Plus rien.

Il arpente les rues jonchées de misérables avinés qui étalent leur misère sur les bancs et réalise avec effroi qu’il rejoindra bientôt leurs rangs. Il chemine sur les ponts et regarde la Seine pendant des heures. Il se laisserait bien engloutir dans ses flots troubles, mais il faut du courage pour être lâche.

« Il n’y a qu’une solution : je dois trouver du travail ».

Rendez-vous à l’A.N.P.E. Deux heures et demie d’attente. C’est son tour.

« Quelle formation avez-vous reçue ? Avez-vous un CAP, un DEUG, un DUEL ?

– J’ai été formé à l’école du Rabbin Rosenfeld. C’est une bonne école.

– À part cela, quel est votre parcours professionnel ?

– Je n’en ai pas. Je n’ai jamais travaillé.

– Ce ne sera pas facile. Il faudra revenir souvent. »

Enfin, à force de persévérance, il trouve un travail : un « petit boulot » à la campagne : Il s’agit simplement de garder des cochons.

« Cela ne me rendra pas ma fortune perdue, pensait-il, ni mes riches amis pour lesquels le travail est un déshonneur, mais au moins, je ne devrais plus mourir de faim. D’ailleurs, porcher, ce n’est pas si mal que ça. Il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens ! »

C’est vrai.

Mais n’oublions pas que ce jeune homme est israélite et qu’il a été instruit dans la foi de ses parents et ancêtres. Pour un juif, tout comme pour un musulman, le porc est un animal impur, il doit donc en avoir une profonde répugnance. Mais le besoin est si profond qu’il ne tergiverse pas un instant. Pour lui, se résoudre à garder les porcs est pourtant une déchéance plus grave que dormir sous les ponts.

Aujourd’hui, les pourceaux ont pris d’autres noms. Combien de jeunes gens, de jeunes filles, ont voulu mener une vie libre, loin des contraintes morales et familiales, et qui, après avoir joui d’un bonheur éphémère et illusoire se sont finalement vautrés dans l’auge de ces cochons nommés délinquance, toxicomanie, alcool, prostitution. Des filles et des garçons vendent leurs corps pour acheter la pincée de poudre dont ils sont esclaves. Quel désastre !

Le travail n’a pas permis à notre sympathique porcher de rétablir sa situation. Il était si mal payé et si endetté qu’il ne pouvait toujours pas faire face à ses besoins. Et durant des heures entières, en compagnie de ses cochons, il méditait tristement :

« Même mes cochons sont plus heureux que moi. Eux au moins ont des glands à satiété…

Comment ai-je pu en arriver là ? Finalement, je n’étais pas malheureux chez mon père. En plus, il m’aimait bien. Comme j’ai dû lui causer de chagrin !

Si seulement je pouvais remonter le cours de ma vie, et la reprendre là où j’ai commencé à mal tourner…

Évidemment, je pourrais retourner à la maison, mais comment va réagir mon père ? Après tout ce que j’ai fait, il va me renier, c’est sûr, et me renvoyer à mes pourceaux…

Maintenant, il est trop tard, top tard… »

« C’est trop tard, pensez-vous. Il est trop tard pour venir à Dieu. J’ai vécu toute ma vie dans la débauche. Même si je me décidais à devenir chrétien maintenant, Dieu ne voudra jamais d’un voyou comme moi. À quoi me servirait-il de me donner tant de peine à devenir un saint ? De toute façon, j’irai en enfer. »

Mais, fort heureusement, notre Dieu ne valide pas ce genre de raisonnement. C’est souvent dans les moments d’extrême difficulté que nous sortons de notre insouciance pour mettre notre espoir en lui. Et c’est ainsi qu’Asaph, parlant de la part du Seigneur ; déclare :

Et invoque-moi au jour de la détresse ; Je te délivrerai, et tu me glorifieras.

Psaume 50.15

Les jours passent, notre ami examine toutes les voies possibles : elles n’ont aucune issue. Il revient à la première : rentrer à la maison.

« Décidément, c’est une mauvaise solution. À moi la honte, la réprobation, la punition. Et puis, ce ne sera jamais comme avant…

Évidemment, cette situation ne serait pas pire que celle que je vis actuellement… »

Un jour enfin, après en avoir mesuré toutes les conséquences, il prit sa décision :

« Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. »

Rempli de ce nouvel espoir, il rassemble dans un sac à dos les quelques effets qui ont survécu au désastre, et, bâton en main, il se met en marche.

Le voyage de retour est plus long que l’aller. La faim, la chaleur, le froid, la fatigue, les pieds enflés. Il vit de mendicité et de fonds de poubelles.

Et de jour en jour, alors que la distance s’amenuise entre son père et lui, les pensées se précipitent :

« Je n’aurais jamais dû quitter mes cochons. Cela va mal se passer, je le sens. Faisons demi-tour. »

Et finalement, il reprend la route.

Après de longs mois, il reconnaît enfin sa région natale, son village apparaît au loin. Il reconnaît les rues. Son cœur est serré d’angoisse et il répète sans cesse sa litanie : « Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. »

Le père, durant toutes ces années, avait gardé l’espoir. Un espoir, qui fondait de jour en jour. Mais il conservait cette assurance : « Un jour il reviendra. »

Et chaque jour, depuis cette séparation tragique, il passait des heures derrière sa fenêtre.

Un soir enfin il aperçoit une silhouette.

« Ce n’est pas quelqu’un du pays », se dit-il, « On dirait un beatnik ! – Il s’approche de la maison – Se pourrait-il ? – Mais oui ! Mais c’est lui ! C’est lui ! C’est mon fils ! »

Il se précipite dans la rue, court embrasser son fils qui n’a pas eu le temps de commencer sa tirade. Le père ne fait pas attention à l’odeur mêlée de transpiration et de porcherie. Il a retrouvé son fils. Il ne lui pose même pas de questions. Il lui donne des habits et des souliers neufs, un anneau d’or. Il ordonne qu’on tue le veau gras. De nos jours, on aurait sabré une bouteille de Champagne. C’est la fête, la vraie !

« Mangeons et réjouissons-nous ; car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. »

De même que ce père a aimé son fils indigne et corrompu, le Père céleste nous aime tout autant, malgré notre désobéissance. Quand même nous serions les pires criminels, Dieu nous aime et nous accueillera dans sa gloire si nous faisons la même démarche que ce fils perdu. C’est pour cela qu’il a livré son Fils Jésus à la mort de la croix, afin qu’il soit puni pour notre impiété, et que nous soyons en paix avec lui.

Vous qui étiez morts par vos offenses et par l’incirconcision de votre chair, il vous a rendus à la vie avec lui, en nous faisant grâce pour toutes nos offenses.

Colossiens 2.13