Acte I

ACTE PREMIER

Le palais royal, décor de Lynda de Syldurie Acte V.

Scène première

KOUGNONBAF – BIFENBAF

BIFENBAF

Mon cher marquis de Kougnonbaf ! Avez-vous appris la bonne nouvelle ?

KOUGNONBAF

Évidemment, cher marquis de Bifenbaf, mais j’aimerais que vous me l’annonciez comme si je l’ignorais ? Cela me fait tant plaisir de l’entendre.

BIFENBAF

Notre bon Roi est mort.

KOUGNONBAF

Vive le Roi !

BIFENBAF

Vive la Reine !

KOUGNONBAF

Naturellement ! Vive la Reine ! Le vieux Waldemar n’a réussi à faire que des filles. Pas de dauphin, une dauphine.

BIFENBAF

N’eut-il raté que cela durant son lamentable règne ! Pas d’héritier ! Pour nous la honte et l’humiliation de devoir nous placer sous l’autorité d’une jeune femme !

KOUGNONBAF

Ce monarque indigne nous a coupé les ailes ! Il a réduit à néant tout notre pouvoir. Il nous a bafoués.

BIFENBAF

Nous devrons bientôt nous abaisser devant les paysans et les ouvriers.

KOUGNONBAF

Alors que nous étions naguère les maîtres de ce pays, nous les marquis et les ducs. Seul le Roi pouvait nous refuser l’obéissance et nous donner des ordres.

BIFENBAF

Et de plus, nous jouissions de toutes sortes de privilèges. Nous pouvions lever l’impôt dans nos villes. Nous n’avions de comptes à rendre à personne. Nous pouvions ponctionner le peuple à plaisir. Le Roi prenait sa propre part et nous déterminions la nôtre.

KOUGNONBAF

Le peuple nous servait grassement. Nous étions riches et puissants.

BIFENBAF

Hélas ! tout cela est bien fini ! Depuis que Waldemar est devenu un roi chrétien, il a foulé aux pieds nos traditions millénaires. Il a voulu instituer une monarchie parlementaire, fondée sur le principe de la démocratie : le règne du peuple ! Tel Robin des bois, le roi a dépouillé les riches pour nourrir les pauvres. Comme si les pauvres avaient besoin de manger ! Il s’est servi de notre argent pour construire de nouvelles écoles et une université. Comme si le peuple avait besoin de s’instruire !

KOUGNONBAF

Il était temps que ce maudit roi quitte la scène.

BIFENBAF

Il nous faut un roi qui ait l’autorité, la puissance, le pouvoir absolu, un despote qui enseigne à nouveau le peuple à marcher au pas, et si possible, au pas de l’oie.

 

 

KOUGNONBAF

Un grand roi qui rétablisse la gloire des temps passés. La dynastie des Soussachnick-Sassouschnikof a vécu, voici venir celle des Kougnonbaf.

BIFENBAF

Avez-vous oublié, cher marquis, que le roi Waldemar nous a laissé une descendance ?

KOUGNONBAF

Éva ? Nous la renverserons.

BIFENBAF

Crois-tu qu’il soit si facile de destituer une princesse que le peuple aime tant ? Le peuple a droit à la parole, à présent.

KOUGNONBAF

Cette petite sotte a suivi le même chemin que son père. Une petite sainte qui se croit déjà parvenue au ciel. Une fille trop occupée à nager dans ses livres pour diriger le royaume.

BIFENBAF

Cette petite musaraigne voudra nous entraîner dans leur religion : « Il faut naître de nouveau sinon nul ne verra le royaume de Dieu. »

KOUGNONBAF

Qu’avons-nous besoin d’une nouvelle naissance ? Une vie nous suffit, pourvu qu’elle soit remplie de richesse, de gloire, d’amour, de belles femmes et de bon vin.

BIFENBAF

Et ce sont ces plaisirs que l’on voudrait nous ôter ! Nous condamner à une vie morne et sans joie, une vie comblée de prière et de méditation !

KOUGNONBAF

Une nation doit toujours adopter la religion de son souverain, c’est bien connu. Les Romains nous ont bien montré l’exemple : depuis le jour où l’empereur Constantin s’est converti, les rôles ont été inversés : ce sont les païens qui sont entrés dans l’arène pour servir de dessert aux lions.

BIFENBAF

Quelle horreur !

KOUGNONBAF

Résistons ! Destituons la dynastie et instaurons une dictature athée. Nous ferons fusiller ceux qui auront suivi la foi de Waldemar et de sa fille. Nous expédierons la petite Éva en exil. Elle finira sa vie sur une île d’un demi-hectare au milieu de la mer Égée. Choisissons l’Albanie pour modèle : La bonne vieille Albanie d’Enver Paplu-Hoxha ! Nous répandrons la terreur et la tyrannie.

BIFENBAF

Nous ne sommes pas encore au pouvoir.

KOUGNONBAF

Nous y parviendrons bientôt.

BIFENBAF

Mais comment nous emparer de ce pouvoir tant convoité ? Userons-nous des armes et de la force ?

KOUGNONBAF

Quelles armes ? Quelle force ? Avons-nous les moyens de lever une armée ? Nous n’avons plus une couronne pour nous saisir de la couronne. Notre cher Waldemar nous a tous dépouillés pour ses bonnes œuvres. Et fort de sa grande générosité, il doit en ce moment se faire bronzer au paradis. J’enrage !

BIFENBAF

Nous devrons donc utiliser la ruse.

KOUGNONBAF

Ce sera beaucoup plus facile. Éva est une fille docile et naïve. Elle n’a vraiment rien de commun avec sa sœur, Lynda, cette tigresse.

BIFENBAF (soupirant)

Ah ! Lynda !...

KOUGNONBAF

Quoi ? « Ah ! Lynda !... » ?

BIFENBAF

Je serais prêt à toutes les trahisons pour pouvoir la serrer dans mes bras.

KOUGNONBAF

Seriez-vous prêt à trahir Lynda elle-même ?

BIFENBAF

Si sa conquête était à ce prix.

KOUGNONBAF

Vous êtes un peu fou, mon cher ami.

BIFENBAF

À chacun ses désirs. Vous convoitez le trône, et moi je convoite Lynda.

KOUGNONBAF

Nous la convoitons tous deux, cette royale puissance, mon cher marquis. Mais pour l’heure, préoccupons-nous d’Éva ! C’est elle qu’il faudra déloger du trône de Syldurie. Elle est la muraille dressée devant nos ambitieux projets. Abattons-la !

BIFENBAF

Comment s’en débarrasser ?

KOUGNONBAF

Je vous l’ai dit, Éva est une fille sans méfiance ni malice. Nous la séduirons, nous la détournerons de ses devoirs de reine, nous la trahirons, enfin, nous la traiterons comme le dernier maillon de cette race abhorrée, nous lui briserons les reins, nous la broierons, nous la piétinerons, nous l’anéantirons.

BIFENBAF

Voici Éva ! Nous aurait-elle entendus ?

KOUGNONBAF

Si c’est le cas, notre compte est bon ! C’est elle qui va nous anéantir.

Scène II

KOUGNONBAF – BIFENBAF – ÉVA

ÉVA

Bonjour, Messieurs les marquis. J’espère ne pas vous déranger dans votre discussion.

BIFENBAF

En aucune façon, Votre Altesse, votre Maj…

ÉVA

Il m’a semblé que j’étais le centre de vos conversations.

BIFENBAF

Mais pas du tout, nous… nous disions…

KOUGNONBAF

En effet, nous parlions de vous, chère princesse. Nous évoquions votre courage, face aux moments difficiles que vous venez de vivre. Nous parlions aussi de Sa Majesté votre père, qui nous a quittés au terme d’un règne si glorieux. Nous joignons nos voix et nos cœurs pour assurer Votre Altesse de toute notre compassion.

BIFENBAF

Nous voulons aussi vous assurer de notre soutien et de notre amour. Les mots nous manquent pour exprimer nos sentiments, mais nous voudrions demeurer à vos côtés pour vous apporter notre humble consolation et notre sincère amitié.

ÉVA

Je vous remercie, mes chers amis, je n’ai jamais douté de vos sentiments et je saurais me confier à vous dans mes soucis. Vous saurez m’accorder le réconfort dont j’ai besoin en ces jours de deuil.

KOUGNONBAF

Nous sommes vos serviteurs dévoués et n’aspirons qu’à vous plaire. Nous savons quelle lourde charge et quels durs sacrifices pèsent à présent sur vos royales épaules. Nous voulons partager avec vous ce fardeau pour vous le rendre plus léger.

ÉVA

J’ai le cœur touché, vous êtes vraiment d’excellents amis.

KOUGNONBAF

Nous savons aussi combien vous êtes sensible, comme votre cher père l’a été, à l’amélioration des conditions de vie du peuple. Votre combat est noble et juste, et il honore votre dynastie. Nous aimerions sincèrement combattre à vos côtés dans cette belle lutte contre la pauvreté et l’obscurantisme.

ÉVA

Cette guerre, en effet, sera difficile à gagner, et je me réjouis de pouvoir compter sur des combattants tels que vous, dévoués à la cause de la démocratie. Je suis bien convaincue que nous remporterons la victoire, à plus forte raison si la noblesse de notre beau pays s’engage dans ce merveilleux élan d’altruisme.

BIFENBAF

Ensemble nous changerons ce pays, nous en ferons un modèle aux yeux du monde.

KOUGNONBAF

Votre règne sera l’un des plus prestigieux de notre histoire. Ô combien nous serons fiers d’avoir été de vos fidèles courtisans !

 

 

ÉVA

Comment ? Chers marquis ? Comment se fait-il que vous ne soyez pas au courant des récents événements ?

KOUGNONBAF

Quels événements ?

ÉVA

Tout le monde ne parle que de cela !

BIFENBAF

Nous étions fort préoccupés des affaires de nos villes, et nous avons débarqué à Arklow aussitôt après avoir été informés de la mort du Roi.

ÉVA

Vous ne lisez donc pas les journaux ?

KOUGNONBAF

Nous n’avons pas le temps.

ÉVA

N’avez-vous pas écouté ce qui se dit à la cour ?

BIFENBAF

Prêter notre oreille à toutes ces rumeurs ! Nous sommes bien au-dessus de cela !

ÉVA

Il faudra donc que je vous informe.

KOUGNONBAF

Nous sommes suspendus à vos lèvres royales.

ÉVA

Savez-vous au moins que Lynda est de retour ?

BIFENBAF (soupirant)

Ah !... Lynda !...

ÉVA

Quoi ? « Ah !... Lynda !... » ?

 

 

BIFENBAF

Moi ? Je… Non, rien.

ÉVA

Donc, Lynda est de retour, mettant un terme à ses aventures parisiennes. Vous le saviez ?

BIFENBAF

Nous en avions ouï quelques échos.

KOUGNONBAF

Lynda est rentrée à la maison sans recevoir la correction qu’elle a tant méritée. Croyez-moi, si j’avais une fille comme celle-là…

ÉVA

Qu’auriez-vous fait ?

KOUGNONBAF

Je ne me serais pas gêné pour la rosser. Je lui aurais fait passer le goût de la fugue.

ÉVA

Eh bien ! Vraiment, je vous le déconseille.

KOUGNONBAF

Quand je pense que cette petite garce a dépiauté son pauvre père comme un lapin et qu’elle l’a usé jusqu’au tombeau !

ÉVA

Vous ignorez donc le dénouement de l’histoire.

KOUGNONBAF

Il y a eu un dénouement ?

ÉVA

Comme le fils perdu de la parabole, elle est revenue brisée et repentie, et notre père, avant de nous quitter, lui a accordé son pardon.

BIFENBAF

C’est incroyable !

 

 

ÉVA

Seul notre Seigneur aurait pu manifester un tel amour, notre généreux père a vraiment vécu jusqu’à son dernier soupir les enseignements qu’il a trouvés dans les Évangiles.

BIFENBAF

C’est incroyable !

ÉVA

Quant à moi, j’en ai tiré une leçon bien humiliante. Je me suis conduite comme le fils aîné, remplie d’égoïsme et d’orgueil, j’étais bien la plus mauvaise de nous deux, mais je cachais ma méchanceté sous un masque d’innocence.

BIFENBAF

C’est incroyable !

KOUGNONBAF

Mais pour moi, Lynda reste Lynda, la perverse, la dégénérée. Sera-t-elle canonisée pour être revenue de Paris tout en guenilles ?

BIFENBAF

C’est incroyable !

ÉVA

Je vous interdis de parler ainsi de Lynda.

KOUGNONBAF

S’il n’est personne pour lui faire payer le mal qu’elle a fait, moi je le ferai.

ÉVA

Voilà des paroles bien présomptueuses. Ne craignez-vous pas que je les lui rapporte ?

KOUGNONBAF

Rapportez ! Rapportez ! Ce n’est pas cette fille frivole qui va m’effrayer.

 

 

ÉVA

Revenons à ce fameux événement dont je devais vous informer : apprenez, cher marquis, que le sceptre a changé de main. Ce n’est pas moi, la fille aînée du roi Waldemar qui régnerai sur la Syldurie.

KOUGNONBAF

Vraiment ?

BIFENBAF

Mais qui d’autre ?

ÉVA

Lynda.

KOUGNONBAF

Lynda ?

BIFENBAF (soupirant)

Ah ! Lynda…

ÉVA

Elle-même.

KOUGNONBAF

Lynda ! Mais c’est impossible !

ÉVA

C’est pourtant la vérité.

BIFENBAF

C’est incroyable !

ÉVA

Cher marquis de Kougnonbaf, avez-vous toujours la prétention de lui administrer une correction ? Et d’ailleurs, je vous rappelle qu’elle a la ceinture marron.

KOUGNONBAF

Je suis assommé !

BIFENBAF

C’est incroyable !

ÉVA

Sur ces paroles, je vous salue et vous souhaite une excellente journée.

BIFENBAF

C’est tout de même incroyable !

Scène III

KOUGNONBAF – BIFENBAF

KOUGNONBAF

Comment est-ce possible ?

BIFENBAF

Éva ne m’a pas l’air de se plaindre de sa disgrâce.

KOUGNONBAF

Pas de rancœur, aucune jalousie.

BIFENBAF

Lynda va donc posséder ce trône désiré.

KOUGNONBAF

Lynda, ce petit monstre !

BIFENBAF

Lynda, cette charmante enfant !

KOUGNONBAF

Cette peste détestable !

BIFENBAF

Cette créature adorable !

KOUGNONBAF

Cette roulure abominable !

BIFENBAF

Cette hirondelle aux ailes gracieuses !

KOUGNONBAF

Comme j’aimerais lui briser la nuque !

 

 

BIFENBAF

Comme j’aimerais lui serrer la taille !

KOUGNONBAF

Que ne puis-je la rouer de coups !

BIFENBAF

Que ne puis-je la couvrir de baisers !

KOUGNONBAF

Vous m’agacez, marquis. Je donne libre cours à ma haine, et vous libre cours à votre amour.

BIFENBAF

Est-ce ma faute si je suis follement épris d’elle ?

KOUGNONBAF

Dans ce cas, au moins, nous ne nous battrons pas en duel pour ses beaux yeux.

BIFENBAF

Ah ! Les yeux de Lynda !...

KOUGNONBAF

Je les lui crèverai, ses jolis yeux, ainsi elle ne plaira plus à personne.

BIFENBAF

Mais enfin, marquis, quelles raisons avez-vous de haïr à ce point notre merveilleuse princesse ?

KOUGNONBAF

Et vous, quelles raisons avez-vous d’aimer cette graine de tyran ? Moi, je la déteste parce qu’elle me persifle sans cesse. Toute petite fille, déjà, elle prenait plaisir à se moquer de moi, et dans son adolescence, elle trouve plus de joie encore à m’humilier, me taxant d’orgueil devant toute la cour.

BIFENBAF

Nous ne pouvons que l’approuver, notre chère Lynda, vous tenez une couche d’orgueil à briser au marteau-piqueur.

 

 

KOUGNONBAF

Ce n’est pas vrai, marquis. Ce n’est pas vrai. Je ne suis pas orgueilleux. Est-ce ma faute, après tout, si la nature m’a nanti d’une intelligence supérieure et d’un corps d’athlète ? Et vous n’avez pas répondu à ma question : quelles raisons avez-vous d’aimer cette chipie ?

BIFENBAF

Quelles raisons ? Mais voyons, marquis ! Avez-vous jamais rencontré en Syldurie une jeune fille si délicieuse ? N’a-t-elle pas le visage le plus doux, le regard le plus profond, la taille la plus fine, l’intelligence la plus vive ? Comment ne pas l’aimer ?

KOUGNONBAF

Comment ne pas l’aimer ? Il me semble qu’elle vous rend mal votre amour et qu’elle vous méprise autant que moi.

BIFENBAF

Plus elle me méprise et plus je l’aime.

KOUGNONBAF

Elle ne manque pas de vous décocher de cruelles réparties. Sa langue est un poignard qui vous transperce aussi bien que moi. Et moi je la hais, pourquoi l’aimez-vous ?

BIFENBAF

Vous devriez l’aimer aussi. Son jeune esprit est vif et son ironie redoutable. J’aime quand elle me blesse et quand elle me brise. Ah ! Lynda !... Chère princesse Lynda ! Te voilà reine à présent !

KOUGNONBAF

Te voilà reine, maudite Lynda ! Et te voilà qui te dresses entre le pouvoir et moi. Ce pouvoir, je le veux, et je le prendrai. Je serai le maître absolu de ce pays, le potentat, le pantocrate. Malheur à toi si tu t’opposes à moi ! Je te ferai sentir ma force, je te briserai les dents, je t’écraserai, je te détruirai.

BIFENBAF

Éva vous a rappelé qu’elle maîtrise très bien les arts martiaux. C’est elle qui pourrait vous briser.

KOUGNONBAF

Je ne la crains nullement. Je m’emparerai du royaume et je la précipiterai dans un vieux cachot, ma vengeance sera impitoyable.

BIFENBAF

J’entends marcher.

KOUGNONBAF

C’est Lynda. Taisons-nous !

BIFENBAF

Croyez-vous qu’elle nous ait entendus ?

KOUGNONBAF

Si c’est le cas, nous sommes perdus.

BIFENBAF

C’est vous qui êtes perdu, cher marquis. Moi, je n’en ai dit que du bien.

Scène IV

KOUGNONBAF – BIFENBAF – LYNDA

LYNDA

Bonjour, mes chers marquis, pardonnez-moi mon intrusion dans vos discussions, qui sont certainement du plus haut intérêt. J’espère ne pas vous importuner.

BIFENBAF

En aucune façon, Votre Altesse, Votre Maj… Votre Sire…

LYNDA

Je vous en prie, épargnez-moi ces titres pompeux et surannés dont on m’habille depuis ma naissance. J’aimerais qu’on m’appelle Lynda. Mais, bien entendu, cette liberté ne vous dispense pas du respect qui m’est dû.

BIFENBAF

Bien entendu, Majest… Votre Lynda.

LYNDA

Parfait. Mais dites-moi, chers marquis, de quoi parliez-vous avec tant de ferveur avant que j’entre dans cette salle ?

BIFENBAF

Mais… de tout et de rien…

KOUGNONBAF

De musique... Nous débattions au sujet de… de… de Rachmaninof.

LYNDA

Je connais Sergueï Rachmaninof, mais pas de Lynda Rachmaninof ! Ne me prenez pas pour une idiote, Messieurs. C’est moi qui suis au centre de vos débats, n’est-ce pas ?

BIFENBAF

Elle va nous tuer !

KOUGNONBAF

Nous sommes morts !

LYNDA

Alors ! J’attends votre réponse.

KOUGNONBAF

Majesté, que votre Sire… Euh… Lynda, bien entendu, nous ne pouvions parler que de vous. Vous êtes le centre de ces derniers événements. Nous parlions de votre courage et de votre force, face à l’épreuve de la perte de votre père, notre bien aimé roi Waldemar.

BIFENBAF

Nous tenons à vous témoigner toute notre profonde sympathie et nos sincères condoléances.

 

 

LYNDA

Je vous remercie. Il est vrai que la disparition de mon père me déchire le cœur, surtout lorsque je pense que je l’ai tant fait souffrir et que ma méchanceté a contribué à cette triste séparation.

KOUGNONBAF

Mais vous avez changé, et votre père serait fier de vous s’il pouvait vous voir maintenant.

LYNDA

C’est vrai. Et j’en tire une immense consolation. J’ai acquis des convictions concernant l’éternité. Dans peu de temps, cet être cher entre tous les humains me sera rendu.

BIFENBAF

J’aimerais avoir autant de foi.

LYNDA

Dans l’attente de ce jour glorieux, je veux racheter mon temps dilapidé dans l’égoïsme et continuer l’œuvre merveilleuse qu’il a commencée.

KOUGNONBAF

Nous ne voulons pas être tenus à l’écart de ce projet. Nous voulons combattre avec vous la pauvreté, l’injustice et l’ignorance.

LYNDA

Votre aide me sera bien utile. Je sais que vous avez déjà accepté de bonne grâce d’importants sacrifices, renoncé à bien des privilèges et des richesses liées à votre rang.

BIFENBAF

Il ne s’agit pas de sacrifices lorsqu’ils sont acceptés dans la joie et dans l’amour de notre patrie et de notre charmante reine.

 

 

LYNDA

 « Éternel, délivre-moi des lèvres fausses et des langues mensongères ! »

KOUGNONBAF

Pardon ?

LYNDA

Psaume cent vingt, verset deux.

KOUGNONBAF

Euh !… Oui !… Nous passerions des heures entières en votre agréable compagnie, mais je me rappelle que nous avons un rendez-vous important.

LYNDA

N’en soyez pas gênés. Je suis, moi aussi attendue par maître Wladimir. Je vous souhaite une excellente journée.

Scène V

KOUGNONBAF – BIFENBAF

KOUGNONBAF

Qu’en pensez-vous, cher marquis ? Le climat parisien ne l’a pas arrangée.

BIFENBAF

Une chose est certaine : elle n’est pas dupe de nos flatteries. Ce n’est pas avec cette arme que nous la vaincrons.

KOUGNONBAF

Je te lui en donnerai, moi des Psaumes cent quatre-vingts. La Syldurie sera bien lotie sous le règne de cette illuminée !

BIFENBAF

Illuminée ! C’est une chance pour nous. Sa nouvelle religion lui interdit certainement de nous faire écarteler.

KOUGNONBAF

Quant à nous, cher marquis, nous n’avons aucune religion, aucune foi, aucune morale, aucune règle. Ma seule règle est celle-ci : je veux être roi. Au diable la démocratie ! Je jetterai Lynda au bas du trône de Syldurie, je m’y installerai et j’y resterai collé comme à une chaise électrique. Puis je la foulerai sous mes bottes, cette jeune reine pitoyable. Sur ces bonnes paroles, cher marquis, je vous salue bien bas.

(en aparté)

Cet amoureux transi pourrait bien servir mes plans, du moins jusqu’à ce que je devienne roi. Il désire le royaume autant que moi et je lui ferai d’alléchantes promesses. Quand je serai le maître absolu, je n’aurai plus besoin de personne. Je tuerai Lynda, et puisqu’il l’aime tant, il ira la rejoindre au tombeau.

Scène VI

BIFENBAF

Mon pauvre marquis, tu te vois déjà couronné ! Tu t’imagines sans doute que Lynda n’est qu’une petite fille naïve. Pourras-tu la fouler sous tes pieds ? Comment t’y prendras-tu ? Elle est bien plus brave et bien plus solide que tu le penses. C’est elle qui te précipitera en enfer. Tu le veux ce trône, marquis, je le veux aussi, et je le prendrai. Je tire profit de ton ambition, de ton orgueil et de la haine que tu voues à Lynda. Jamais je ne te permettrai de lever la main sur elle. J’ai d’autres moyens et d’autres ressources. Je forcerai Lynda à m’épouser, qu’elle m’aime ou non. Ainsi je régnerai avec elle sur la Syldurie, je rétablirai la peine de mort. Et parce que tu lui veux du mal, je te livrerai à la hache du bourreau. Mais la voici. Comme elle est belle ! Dissimulons-nous et admirons-la. Peut-être m’apprendra-t-elle quelque chose d’utile.

 

 

Scène VII

BIFENBAF (caché) – LYNDA – ÉVA – WLADIMIR

LYNDA

Les flatteurs ne m’inspirent aucune confiance, et je vais surveiller ces petits marquis de près.

BIFENBAF

Pour le moment, ma jolie, c’est moi qui te surveille, et je nourris mes yeux de ton adorable image.

LYNDA

Mais voici venir Éva, accompagnée de maître Wladimir. J’ai tant de choses à leur partager. Leur conversation sera plus édifiante que celle de Kougnonbaf et consorts.

BIFENBAF

Je n’ai ni l’honneur ni le plaisir de t’enseigner le latin ou le grec, mais je t’apprendrai la soumission quand tu seras ma femme.

LYNDA

Ma grande sœur, mon bon maître, « charis umis kaï eirènè apo théou patros èmon kaï kuriou Ièsou Christou. » [1]

BIFENBAF

C’est cela ! Tout à fait d’accord !

WLADIMIR

Ma chère petite Reine, je suis émerveillé par la rapidité de vos progrès.

LYNDA

J’ai un professeur fort habile et c’est à lui que revient le mérite.

 

 

ÉVA

Lynda, tu vas bientôt tenir le royaume de Syldurie entre tes mains. Comme tu dois être heureuse !

BIFENBAF

Comme je serai heureux le jour où je tiendrai à la fois Lynda et la Syldurie entre mes mains !

LYNDA

Heureuse, oui, je le suis, heureuse et tremblante. Mes bras sont bien trop faibles pour porter une telle charge. Avant mon voyage à Paris, j’étais une fille égoïste et insouciante, attirée par les plaisirs que ce monde pouvait me vendre. En à peine un an, ma vie a basculé. Après avoir été une vagabonde, me voici devenue une femme d’État. Le pays entier déploie sur moi son espoir. Ne vais-je pas le décevoir ? Ne vais-je pas le trahir ? Ma sœur, mon ami, je compte sur l’assistance de Dieu, mais j’aurais aussi besoin de vos conseils. Maître Wladimir, j’aurai tellement besoin de votre sagesse !

BIFENBAF

Quand je pense qu’elle était prête à lui faire avaler son dentier, à ce vieux tas de science !

WLADIMIR

Ma chère enfant, vous voici maintenant destinée à régner sur le peuple de Syldurie. C’est une bien lourde charge, en effet, mais le peuple vous aime et vous gratifie de sa confiance. Je sais que vous saurez tirer profit de l’exemple de feu votre père, qui a tant aimé la justice et l’égalité. Fuyez les futilités de cette cour frivole, vivez à proximité de votre peuple, soyez à son écoute. N’hésitez pas à vous rendre dans les foyers. Pratiquez la politique des œufs brouillés.

LYNDA

Des œufs brouillés ?

WLADIMIR

Souvenez-vous ! Ne vous ai-je pas aussi enseigné l’histoire contemporaine ?

LYNDA

Les œufs brouillés ! Quelqu’un m’a parlé d’œufs brouillés ! C’était à Paris. Il faut que je me souvienne.

WLADIMIR

Réfléchissez bien. Un président français : Cinquième République.

LYNDA

Giscard d’Estaing.

WLADIMIR

Vous avez gagné.

LYNDA

Elvire m’avait parlé des œufs brouillés de Giscard d’Estaing, en effet, mais je ne saisis pas le rapport.

WLADIMIR

Valéry Giscard d’Estaing n’hésitait pas à se faire inviter à dîner dans de modestes familles françaises. C’était pour lui une excellente occasion de se mettre à l’écoute des problèmes et des besoins des citoyens ordinaires. Lorsqu’il était invité dans une famille, il demandait qu’on lui serve des œufs brouillés, un plat vraiment peu coûteux.

LYNDA

Heureusement pour le Français moyen qu’il ne remplissait pas son réservoir au caviar sans plomb, comme l’autre !

WLADIMIR

Vous avez bien raison. Savez-vous, par exemple, que ce fameux homme d’État visitait un jour une caserne sans se faire annoncer ? Il s’introduisit furtivement dans les cuisines et se trouva nez à nez avec un soldat affairé à éplucher une montagne de pommes de terre avec un canif. « Qu’est-che que vous faites là ? demande le président de la République. – Ça se voit, répond le soldat, j’épluche des patates. – Mais je penchais que vous javiez des machines, pour faire che genre de travail, demande le président. – Bien sûr, répondit le conscrit, nous avons même des machines très perfectionnées. J’en suis le dernier modèle. »

BIFENBAF

Chacré Gichcard !

LYNDA

Sacré Giscard !

ÉVA

J’adhère à cette idée. Ce n’est pas au fond d’un palais que l’on apprend à compatir à la misère du peuple.

LYNDA

J’y adhère également. Vivent les œufs brouillés ! Vive Giscard d’Estaing !

ÉVA

Sortons de nos cages dorées, entrons dans les chaumières où le peuple implore notre secours.

LYNDA

Notre père avait raison. Au diable l’égoïsme et la futilité ! Battons-nous pour la liberté, battons-nous pour la paix, battons-nous pour les véritables richesses, celles qui ne dévalorisent pas, celles que la rouille ne peut détruire, celles que le voleur ne peut dérober. Luttons pour le pain qui nourrit le peuple. Luttons aussi pour le pain de vie : celui qui rassasie l’âme et nourrit l’esprit.

BIFENBAF

Du pain pour le peuple et des pépins pour les marquis. Elles vont nous faire une révolution : un Quatorze Juillet à la syldure !

 

 

ÉVA

Hier, je me suis rendue dans une banlieue pauvre d’Arklow. Oh ! Ma chère sœur ! Pourquoi nous a-t-on confinées durant notre enfance dans ce palais de marbre, alors que j’ai vu ces cabanes construites avec des tôles et des palettes. J’ai vu dans les yeux des enfants un appel au secours. Nous devons agir tout de suite : rasons ces cités insalubres et construisons-leur des maisons agréables.

WLADIMIR

Ne vous emballez pas ainsi, Éva. Aurons-nous la possibilité financière de réaliser ce beau projet ?

ÉVA

Nous avons un Père qui est riche. D’autre part, j’ai déjà fait quelques calculs. Il nous suffit de puiser un tout petit peu dans la caisse de tous ceux qui se sont honteusement enrichis au détriment des pauvres, à commencer par le puissant marquis de Kougnonbaf.

BIFENBAF

Ah ! ah ! Il va apprécier, le petit père Ottokar !

WLADIMIR

Il ne va pas aimer ça, Ottokar. Il ne vous porte déjà pas dans son cœur.

ÉVA

Sans oublier son acolyte, Bifenbaf.

BIFENBAF

Quoi ? Petite voleuse ! Affameuse ! Bolcheviste !

LYNDA

Ne perdons pas de temps. Éva, c’est ton idée, je te charge de réaliser ce projet avec diligence. Quant à moi, aussitôt après cette cérémonie fastidieuse qui me rendra officiellement reine de Syldurie, je repartirai pour Paris.

 

 

BIFENBAF

Repartir pour Paris ?

WLADIMIR

Repartir pour Paris ?

ÉVA

Mais pourquoi ?

LYNDA

Ce projet me harcèle depuis plusieurs jours. Je vais revoir la France, en secret, sans m’annoncer, comme l’aurait fait Giscard. Quelque chose dans mon cœur me dit expressément qu’il me faut regagner la France. Paris m’a beaucoup enseigné, il m’en apprendra encore. Mais pas le Paris de l’hôtel Georges Vé…

BIFENBAF

Georges Cinq.

WLADIMIR

Georges Cinq.

LYNDA

Ah ! oui ! pardon. Pas le Paris de l’hôtel Georges Cinq, mais celui de la Goutte d’Or. C’est là que j’ai vraiment appris la vie. C’est là que se trouvent mes vrais amis. C’est là que j’ai connu la misère. C’est là aussi que j’ai appris à me battre. Et puis, la France, enfin ! La France des philosophes, la France des droits de l’homme ! La France a tant de leçons à nous donner ! Je les recevrai volontiers.

WLADIMIR

Mais pourquoi n’iriez-vous pas en France en visite officielle ? Vous y seriez reçue avec tous les honneurs.

LYNDA

Pas avant d’avoir repris contact avec cette France qui a vu mon naufrage. C’est précieux pour moi. Je veux revoir ce quartier populaire avec mes nouveaux yeux : ces yeux que Dieu m’a donnés.

WLADIMIR

Je comprends votre démarche, et je demeure à votre entière disposition.

(Sort Wladimir.)

BIFENBAF

Lynda va se cacher à Paris. Voilà qui est bon à savoir. Partons avant qu’elle me découvre. Inutile de mettre ce grand énergumène de Kougnonbaf dans la confidence. Allons trouver Sabine. Elle me sera certainement d’excellent conseil.

(Sort Bifenbaf.)

Scène VIII

LYNDA – ÉVA – KOUGNONBAF (caché)

ÉVA

Es-tu sérieuse, Lynda ? À peine sacrée reine de Syldurie, tu vas nous refaire une escapade à Paris ?

LYNDA

Tout à fait sérieuse, ma chérie. Mais sois pleinement rassurée, je ne pars pas dans le même état d’esprit que la première fois. J’espère que tu l’as bien compris.

(Kougnonbaf paraît, s’apprête à entrer, puis se cache derrière la porte.)

ÉVA

Je l’ai très bien compris. Mais tout de même, est-ce une sage décision ?

LYNDA

C’est une folle décision.

KOUGNONBAF

Quelle décision cette folle nous a-t-elle encore prise ?

 

 

ÉVA

Tu le reconnais ? Renonceras-tu à ce projet, ou du moins, le reporteras-tu à un moment plus favorable ?

LYNDA

Je partirai sans tarder. Mon absence ne durera que quelques jours. Elle ne sera même pas remarquée en Syldurie, et je traverserai la France inaperçue, comme la première fois.

ÉVA

Ah ! Lynda ! Ta tête est aussi dure qu’une enclume. Inutile de tenter de te convaincre.

KOUGNONBAF

Pas sûr ! Je crois que l’une contre l’autre, c’est l’enclume qui casserait.

LYNDA

Fais-moi, confiance, Éva, si j’agis avec folie, c’est en fonction de mes certitudes et de ma foi.

ÉVA

Qui jouera ton rôle quand tu seras évaporée ?

LYNDA

Mais toi, ma grande !

KOUGNONBAF

Cette cruche ? Je vois d’ici le tableau !

ÉVA

Je n’en serai pas capable.

LYNDA

Je t’investis d’une mission, et je suis convaincue que tu la rempliras parfaitement. Je serai proche de toi, même éloignée. Confie-toi en Dieu, écoute les sages conseils de maître Wladimir, notre Salomon de Syldurie, et surtout, méfie-toi des marquis et de leur hypocrisie.

KOUGNONBAF

Des marquis et de leur hypocrisie ! Je t’en donnerais, moi !

ÉVA

Je mettrai tout en œuvre pour être digne de ta confiance.

KOUGNONBAF

Je mettrai tout en œuvre pour qu’elle trahisse ta confiance.

LYNDA

J’ai un petit secret que je ne raconterai qu’à toi seule. Ainsi comprendras-tu mieux mes motivations.

ÉVA

Un petit secret ?

KOUGNONBAF

Me voici dans les petits secrets de Lynda ! Voilà qui devient intéressant.

LYNDA

Un rêve obsessionnel me poursuit depuis plusieurs jours. Je n’y ai d’abord prêté aucune attention, mais il s’incruste dans mes nuits. Je vois une table garnie d’une nappe blanche sur laquelle sont disposés une coupe et un morceau de pain. Quatre personnes, trois hommes et une femme, sont debout autour d’elle. C’est alors que je m’approche à mon tour. Je brise le pain et le partage avec eux, puis je partage la coupe. Ensuite, la table et les personnages s’estompent, et je me réveille, avec une grande joie dans le cœur. Les premières fois, ces quatre personnages m’apparaissaient dans le flou, mais au fil de mes nuits, leurs visages deviennent de plus en plus nets et familiers. Je connais ces gens. Quatre personnes qui ont marqué mon séjour dans le métropolitain. Ce sont Mohamed et Mamadou, les sympathiques voyous. Les deux autres sont des policiers. Ce sont eux qui m’ont arrêtée : Fabien, l’amateur de belles chansons, et sa collègue qui ne partage pas son cœur de poète, Fabienne.

KOUGNONBAF

En voilà un galimatias !

ÉVA.

Ma chérie, tu as reçu un appel. Il faut y répondre sans tarder.

KOUGNONBAF

Un appel ! Cette tête de pioche a reçu l’appel !

LYNDA.

Je savais que tu me comprendrais. D’une part, comme je l’ai dit, je veux que la France m’enseigne la liberté, d’autre part, je veux retrouver ces brebis égarées que le Seigneur m’a confiées.

KOUGNONBAF

Mon Dieu, mon Dieu !

ÉVA.

Comment vas-tu les retrouver ?

LYNDA.

L’Esprit-Saint me guidera.

KOUGNONBAF

Amen !

LYNDA.

Mais d’abord, je veux leur écrire : leur rendre témoignage de mon salut.

KOUGNONBAF

Alléluia !

ÉVA.

Tu ne connais pas leur adresse.

LYNDA.

Non.

KOUGNONBAF

Dans le ciel, il doit bien se trouver un ange facteur.

 

 

LYNDA.

Je vais déjà écrire mon courrier. Pour l’adresse, je verrai bien. Mohamed Bendjellabah, il ne doit pas y en avoir cinquante-six.

KOUGNONBAF

Il y a deux millions d’habitants, à Paris, banane !

ÉVA

Prépare ton courrier, prépare tes valises et aiguise ta foi. Ton Seigneur s’occupe du reste.

(Elles sortent.)

Scène IX

KOUGNONBAF

Voilà notre Syldurie bien lotie avec ces deux fissurées du bocal ! Il est temps que je m’empare du pouvoir avant que ces deux filles ne fassent de nous les citoyens d’une république betteravière.

Ainsi, ma chère Lynda, aussitôt intronisée dans ta nouvelle fonction, tu retournes te cacher dans le métro parisien comme un lapin dans son terrier. Eh bien ! Bon voyage, petite garce ! Ce n’est pas moi qui te supplierai de rester. Bien au contraire, tu me rends le travail plus facile. Je pourrai comploter à souhait sans crainte que tu découvres mes plans. Quant à la petite gourde, je n’aurai aucune peine à la mettre hors course.

Inutile de révéler à ce lourdaud de Bifenbaf ce que je viens d’apprendre. Allons trouver Sabine. Elle m’aidera de sa science pour m’emparer du pouvoir absolu.

 

[1] “Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus–Christ.” (Ephésiens 1:2)