II. Dans les Nuages

Julien sortait d’un sommeil mal éveillé.

« Mais je ne suis pas dans mon lit ! Qu’est-ce que je fais ici ? »

En effet, il lui semble reposer sur du vide, enveloppé d’une épaisse nuée. Il constate qu’il est tout nu comme un ver de terre. Ce n’est pas dans ses habitudes, même quand il fait très chaud, de se glisser nu sous les draps.

Le brouillard commence à se dissiper, il découvre, à côté de lui, la silhouette gracieuse d’une jeune femme, tout aussi richement vêtue que lui. Le brouillard se dissipe encore, il la reconnaît.

« Lynda ! Peux-tu m’expliquer ce que nous faisons ici, avec les nuages pour seuls costumes ?

– Julien, mon cher époux, n’as-tu pas compris ? C’est arrivé !

– Mais comme tu es belle ! Jamais je ne t’ai trouvée aussi resplendissante. Ta beauté m’inspire une très profonde admiration, mais aucun désir naturel.

– Toi aussi, tu es beau. C’est que nous sommes revêtus d’un corps nouveau pour rencontrer le Maître. Et regarde ! Les dents que Xanthia m’avait brisées, elles sont toutes là. Je pourrai passer l’éternité à te sourire.

– Mais pourquoi sommes-nous seuls ?

– Seuls ? Mais nous sommes des myriades de myriades ! Regarde, David et Léa sont à côté de nous. Le brouillard continue à se dissiper. Ils sont tous-là, tous nos amis qui ont accepté Christ comme Sauveur. Les morts nous ont précédés. Je vais enfin serrer mon père dans mes bras. Je reverrai aussi ma mère qui a pris la bonne décision avant de mourir. Voici Judith, ce tison arraché in extremis aux feux de l’enfer ! »

Les nuées ont maintenant laissé place à un ciel bleu. Lynda et Julien, tout comme la foule qui les environne, portent maintenant des robes blanches. Ils tournent leurs pas sur un invisible sentier menant vers un horizon rayonnant d’une lumière intense. L’éclat même du soleil s’estomperait devant cet astre, mais les élus pouvaient garder les yeux fixés sur lui.

« Nous allons voir Jésus face à face, dit Julien. Jean dit même que nous serons semblables à lui. Nous sommes invités aux “Noces de l’Agneau”.

– Oui, répond Lynda, mais il va commencer par nous faire des reproches pour toutes nos infidélités. Avec moi, ça risque de durer un bon moment.

– Avec moi aussi. Ce ne sera qu’un mauvais instant à passer. »