XII. Le Cauchemar de Lynda

Seule dans son grand lit, Lynda inonde les draps de sa sueur, elle gémit, murmure des plaintes, s’enroule et se déroule dans les couvertures. Elle se redresse soudain :

« Non ! Pas mes enfants ! Pas mes enfants ! »

Réveillé en sursaut, David pénètre dans la chambre interdite :

« Ça ne va pas, Maman ?

– Ce n’est rien mon chéri. Juste un cauchemar. »

Lynda baise le front de son fils qui, rassuré, retourne se coucher.

Dans son horrible rêve, elle se trouvait liée sur un bûcher. En face d’elle, sur deux autres bûchers, David et Léa, eux-mêmes attachés à un pieu, terrorisés, appelaient leur mère au secours. Elle voulait crier, elle aussi, mais n’y arrivait pas. Sabine, Xanthia et Dimitri tenaient chacun une torche, Sabine enflamma le bûcher de Lynda, Dimitri celui de David, Xanthia celui de Léa.

Lynda se sent accablée d’une profonde tristesse.

« Sabine Mac Affrin est-elle vraiment morte, qu’elle continue à me persécuter ? »

Le couple diabolique, justement, avait établi son quartier général à la Cantine des Italiens. Les repas d’affaires s’y déroulaient au grand bonheur de la direction, car on y choisissait les plus grands crus sans regarder à la finance. Dimitri organisait des réunions plénières dans les bâtiments annexes et rémunérait le patron au-delà du prix de la location. Ils avaient ainsi recruté une petite armée sélectionnée lors des réjouissances d’Ellezelles. Parmi les plus zélés militants, occupant toujours les premiers rangs, se trouvaient les jeunes femmes que, par ses maléfices, Xanthia avait rendues laides, et auxquelles elle avait promis la beauté en échange de leur obéissance.

Le lundi midi qui suivit cette horrible fête, Dimitri, Xanthia et Alphonse avaient choisi une table isolée au fond de l’établissement.

« Alphonse, dit enfin Dimitri, Xanthia a tenu sa promesse, elle t’a fait don de la jeunesse éternelle. J’espère que tu as bien compris que c’est Satan qui t’a fait ce cadeau. Nous ne sommes que ses lieutenants. En contrepartie, et que cela te plaise ou non, tu nous dois l’obéissance, à nous comme à lui. Et si tu es bien docile, Xanthia te donnera la récompense que tu convoites avec tant d’ardeur.

– Je crois aussi devoir te préciser qu’éternelle jeunesse n’est pas synonyme d’immortalité. S’il te prenait la fantaisie de me trahir, je pourrais bien te loger une balle entre les deux yeux, et l’éternité, tu la passerais en enfer.

– Je serai un mouton bien soumis. Que faut-il que je fasse ?

– Détrôner Lynda et te proclamer roi de Syldurie.

– Quoi ?

– Tu as peur ? As-tu déjà oublié que tu as la Toute-puissance derrière toi ?

– Elle a la puissance du Crucifié derrière elle.

– Tu aurais peur d’un crucifié ? Jésus-Christ est bien mort. S’il était le Fils de Dieu, il serait descendu de sa croix. Satan, lui, est vivant. Tu es dans le camp du vainqueur.

– Ce n’est pas ce que dit Susanne.

– Susanne ?

– La duchesse. Elle y croit, elle, au Crucifié. C’est à cause de lui qu’elle a échappé au poison. C’est écrit dans la Bible.

– Que ma petite poudre n’allait pas marcher ?

– Dans l’Évangile de Marc, au chapitre seize. »

Xanthia se renferma dans un silence embarrassé, que Dimitri rompit :

« Ne te fais pas de soucis, mon ami. L’authenticité de ce verset n’est pas prouvée. Il manque dans les meilleurs manuscrits.

– Le grand théologien a parlé, ironise Xanthia. Tu peux compter sur ton nouveau patron, mon petit Alphonsinet. Tu réussiras ta mission. Surtout, livre-moi la reine Lynda vivante. Il faut qu’elle paye pour le meurtre de Sabine et pour la raclée qu’elle m’a mise. Je lui réserve une mort lente et cruelle. J’ai déjà établi mon programme.

– Et réserve-moi le prince consort. J’adore l’entendre couiner quand je le cogne. »