La Provindence

La Providence, à Charleroi,
C’est un quartier bien sympathique
Et Charles-Deux, bien-aimé roi
L’aurait trouvé fort bucolique.
Ruines d’usines pour boutiques
Rouges corons pour résidence
Convoyeurs usés pour portiques.
Quel beau quartier, la Providence !

Sur tes murs, tels de grands pavois,
Sont peints des tableaux fantastiques,
L’homme-crayon, tête de bois
Le marteleur gris sur la brique.
Sûr qu’il y en a qui critiquent,
Bourgeois sans cœur, sans indulgence,
Et l’on connaît bien la musique.
Quel beau quartier, la Providence !

Rumeurs d’acier et cris d’effroi
Chaos de veines métalliques.
Fresques bravant toutes les lois,
Cavalière apocalyptique
Gardant la sordide fabrique.
Ô désespoir, ô violence !
Dartre au front pur de la Belgique !
Quel beau quartier, la Providence !

Prince, écoutez leurs chants tragiques,
Noirs mineurs réduits au silence,
Fantômes gris, mélancoliques.
Quel beau quartier, la Providence !