La ballade des Poissons

D’après « Des Knaben Wunderhorn » et Ézéchiel 33.32

On dit que Saint-Antoine un jour

Passait sur la rive altière

De la Baïse ou de l’Adour

Ou Dieu sait quelle autre rivière.

Il dit au Ciel une prière

Puis, face au long courant, rêveur,

Il déclama quelque mystère.

Oyez cet excellent prêcheur !

 

C’est un habile troubadour

Chantant de la belle manière ;

Tous les poissons avec amour

Écoutaient la voix du trouvère.

La carpe ouvrait sa bouche entière,

Les brochets se noyaient en pleurs,

Les truites en redemandèrent.

Oyez cet excellent prêcheur !

 

Hélas ! À la fin du discours,

Des fins nageurs le beau parterre

Se dispersa tout alentour.

De sermons ils n’avaient que faire.

D’un plein accord ils décidèrent

D’aller, après leur dur labeur,

Tous ensemble boire une bière.

Oyez cet excellent prêcheur !

 

Prince, voyez cette misère.

La voix de ce bel orateur

Aux alevins n’apporte guère.

Oyez cet excellent prêcheur !