Ézéchiel au Val des Os

D'après Ézéchiel 37.1/14

Un rêve abominable au sein de ma torpeur
M’effraya. Je marchais entouré de vapeur,
Recherchant mon chemin sur la lande embrumée
Lorqu’au loin j’aperçus monter une fumée.
Je reconnus alors la vallée de Hinnon,
Val ignoble où d’impies sacrifient aux démons.
Partout la puanteur des victimes brûlées
S’attachait aux cailloux de ces sombres allées.
Je marchais. Sur ma tempe un torrent de sueur
Trahissait tout l’effroi qui retournait mon cœur.
Je marchais, enlisé dans cette fange immonde,
Je marchais dans la nuit de la vallée profonde
Quand soudain retentit la voix de l’Éternel.
Je m’éveille d’un bond, il me crie : « Ézéchiel !
Regarde devant toi. Que vois-tu ? – La vallée !
Sépulcre de mon peuple, effrayant mausolée !
Voici tout Israël en ce vaste monceau !
– Fils de l’homme, dis-moi, qu’en est-il de ces os ?
Seigneur, je n’en sais rien, que faut-il que je dise ?
Parle à ces ossements desséchés, prophétise !
Dis-leur : De mon Esprit voici le souffle pur
Inondant de clarté le fond des cœurs obscurs.
Je formerai des nerfs, des muscles, de la graisse
Vos corps protégerai dans une peau épaisse.
Dans la chair et le sang j’entrerai : vous vivrez,
Car je suis l’Éternel et vous me connaîtrez. »
Saisi de piété, d’ardeur et de courage,
Je livre à ces débris l’impérieux message :
« Levez-vous ! » Oh ! Seigneur ! Qu’il m’a fallu de foi !
Croire à l’Esprit divin, obéir à mon Roi !
Déjà un bruissement sinistre me rappelle
D’insectes par millions le mouvement des ailes.
Je vois ces os bouger. Quel effroi ! J’allais fuir.
Quel serpent de l’abîme n’allait-il pas sortir,
Levant ces os branlants sur ses rudes écailles ?
Les voilà qui s’assemblent ! Me voici qui tressaille !
Voici des bras brisés qui se soudent entre eux,
Des dents en leur cavée se chaussent sous mes yeux.
Quel macabre ballet ! Quelle funeste danse !
Je les imaginais s’agiter en cadence.
Des cartilages blancs couvrent les bouts rugueux
Des longs ossements gris de ces spectres fougueux.
À présent, sur ces os se forme la nervure,
Tendon, muscle, œil et peau couvrent cette ossature.
Mais en eux point de vie, point d’esprit pour penser,
Point d’âme pour prier, point de cœur pour aimer.
« Parle à nouveau ! » me dit l’Éternel des armées.
« Que par mon Esprit-Saint la chair soit animée.
Esprit, des quatre vents, viens souffler sur ces corps.
Libère-les du froid, libère de la mort. »
Et remplis de la vie, ces hommes se levèrent.
C’étaient mille cohortes entraînées à la guerre.
« Fils d’homme, prophétise : Ainsi dit l’Éternel,
J’ouvrirai les tombeaux du pays d’Israël,
Car mon peuple était mort, perdu, sans espérance ;
Mais vos os revivront. Voici la délivrance. »