Piques 41 à 50

41 - Les spéculoos

Ma grand-mère maternelle allait parfois en Belgique, et elle nous ramenait des spéculoos.

« C’est fabriqué en Belgique, » nous disait-elle.

J’ai mis beaucoup de temps à comprendre que la Belgique était un pays. Je croyais que c’était un ingrédient.

Le Rieu de Condé, 22 octobre 2015

42 - Fausse note

Dans certaines langues africaines, comme le sango, les mots peuvent revêtir un sens différent selon qu’on les prononce sur un do, un ou un mi.

Avant d’étudier la langue, il faut commencer par apprendre le solfège.

Si vous demandez votre chemin à une dame et qu’elle vous passe une paire de gifles, c’est que vous avez loupé un bémol.

Le Rieu de Condé, 22 octobre 2015

43 - Un Marseillais à la SNCB

Mesdames et Messieusse, biengvenue dans le traignelle à destinatiogne de Monse. Ce traigne s’arrêtera à Anetouaigne, Péruwouelze, Blatogne, Saigne-Gisselaigne, Couareugnogne et Jemapse (ente cinq minutes).

Le Rieu de Condé, 12 octobre 2015

44 - Comment faire ?

Pour être connu, il faut être publié chez Gallimard. Pour être publié chez Gallimard, il faut être connu.

Le Rieu de Condé, 24 octobre 2015

45 - Difficile de se comprendre 2

Le Français n’est pas doué pour les langues ; j’ignore si c’est aussi le cas du Wallon.

Quand quelqu’un demande son chemin en anglais à un Français, dans la plupart des cas, celui-ci ne répondra pas en anglais, même s’il en possède quelques bases. En effet, le Français est conscient qu’il le parle avec une prononciation déplorable, et il a peur du ridicule.

C’est pour cette raison que dans la Belgique néerlandophone, il répugnera à parler flamand : de toute façon, il ne sait pas prononcer le G. Le Flamand et le Néerlandais, en revanche, apprécient qu’on leur dise, ne serait-ce que bonjour, dans leur propre langue, et tant pis si on lui dit roudemoreune, ce n’est par grave, l’important, c’est qu’on ait fait l’effort de le leur dire.

Le Rieu de Condé, 19 septembre 2015

46 - La mort de Lully

Jean-Baptiste Lully (1632-1687) était peut-être un grand musicien, mais c’était surtout une crapule avérée. Quel dommage qu’il ne faisait pas de politique !

À son époque, on ne dirigeait pas l’orchestre avec une baguette, comme Karajan, on se servait d’une grande canne ornée d’une multitude de rubans.

Or, un jour qu’il dirigeait, il s’en donna un grand coup sur le pied.

« Aïe ! Hou là là ! »

Sa blessure s’infecta, il en mourut.

Sachant sa dernière heure proche, il fit venir un prêtre.

Comme il avait beaucoup beaucoup beaucoup de péchés à confesser, l’homme d’Église lui demanda, pour pénitence, de brûler son dernier opéra. C’est ce qu’il fit.

« Quel dommage, lui dirent ses amis (car il en avait malgré tout), détruire un manuscrit comme celui-là !

– Rassurez-vous, j’en ai fait une copie. »

Le Rieu de Condé, 19 septembre 2015

47 - Plus fort que Wolfie, tu meurs

Vous n’imaginez pas à quel point notre ami Wofgang Amadeus est un génie ! Lui seul a été capable d’écrire un concerto pour un instrument inventé cinquante ans après sa mort.

Le Rieu de Condé, 2 décembre 2015

48 - Explication :

L’instrument en question est un glas-harmonica, inventé du vivant de Mozart par Benjamin Franklin, selon le principe des verres de cristal plus ou moins remplis d’eau. Le cristal étant fragile, il n’existait plus un seul de ces instruments en bon état au XXe siècle. On a donc pris l’habitude de le remplacer par un célesta. Ne soyons donc pas surpris de lire sur une jaquette : Mozart, Concerto pour célesta.

Le Rieu de Condé, 3 décembre 2015

49 - Rrusophone

« Les rroux sur ra parrette.

– Les roues… ? sur l’appareil ? Je ne comprends pas. Quel appareil ?

– Mais non ! Ra parrette ! rà ! devant toi. Tu ne ra vois pas ?

– Ah ! oui ! la parrette ! »

Il voulait mettre les rouleaux sur la palette.

Le Rieu de Condé, 13 décembre 2015

50 - Point d'orgue historique

Les chœurs de l’Armée rouge se sont produits à Paris en 1975. Bien que Gougleu et Tutube n’ont pas l’air de s’en souvenir, c’était un événement exceptionnel, car l’URSS ne lâchait pas ses copains comme ça. J’ai eu la chance d’être présent à ce concert.

Quelle différence avec les spectacles de variétés sans intérêt que nous produit maintenant cette noble formation ! C’est bien la seule chose qui me ferait regretter le communisme !

Le ténor solo s’appelait Bielaïev.

De toute évidence, Kalinka devait boucler le programme. Au dernier couplet, Bielaïev a tenu un point d’orgue : « Kaaaaaaaaaaa… »

Cela durait déjà depuis une bonne minute. Le public commençait à applaudir jusqu’à couvrir la voix du chanteur. Je ne saurais dire combien de temps dura cette ovation. Elle s’affaiblit enfin, puis se tut. Bielaïev n’avait pas repris sa respiration : « …aaaaaa-lin-ka, kalinka, kalinka maïa… »

Le Rieu de Condé, 1er janvier 2016