Pique 31 à 40

31 - La sourate des poètes

Et quant aux poètes, ce sont les égarés qui les suivent. Ne vois-tu pas qu’ils divaguent dans chaque vallée, et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ?

Sourate 26.224/226

Tiens, le Razul n’aime donc pas les poètes ! On comprend mieux que les islamistes soient allergiques à la culture en général.

Le Rieu de Condé, 20 juillet 2015

32 - Mots d’enfants

Logique

Une poule, ça pond des œufs, une vache, ça pond du lait...

Cruauté

Quand je serai grande, je serai infirmière, comme ça je ferai des piqûres qui feront très mal.

Le Rieu de Condé, 20 juillet 2015

33 - T’as l’bonjour d’Arweï

Un gars qui parlait un jargon incompréhensible me tenait la grappe.

« Et vous connaissez le fils Arwreï ?

– Oui, le fils je le connais bien, mais il n’habite pas à Rueil, il habite chez ses parents, à moins qu’il ait déménagé.

– J’ai pas dit Arweï, j’ai dit Arweï. Je vous demande si vous connaissez le fils Arweï. »

J’ai fini par comprendre qu’il voulait savoir si je connaissais le fils Hervé.

Et dans le même ordre d’idée :

« Pourquoi tu dis camillon pour camion ?

– Moi, j’ai dit camillon ? Mais pas du tout ! Tu dis que j’ai dit camillon à la place de camillon, mais moi j’ai dit camillon, pas camillon. »

Le Rieu de Condé, 26 juillet 2015

34 - Le riz du paria

Un paria n’avait pour tout bien qu’un sac de riz.

Mais il avait une espérance : un jour, le roi va venir ici, il aura pitié de ma misère, il me relèvera et je serai riche.

Un jour, en effet, le roi vint à passer, il entre dans la bicoque du mendiant qui lui raconte ses malheurs.

« Et toi, dit le roi, qu’as-tu à me donner ? »

Celle-là c’est la meilleure ! Il possède des palais, des éléphants et tout le bataclan, et c’est à moi qu’il vient demander l’aumône. Tu n’auras pas un radis, mon petit bonhomme !

Mais le monarque insiste :

« Qu’as-tu à me donner ? »

Complètement désemparé, le paria plonge la main dans son sac et en tire un grain de riz qu’il donne au roi.

« Merci. »

Et le roi s’en va.

Le soir, comme d’habitude, le mendient prépare sa tambouille.

« Tiens ! qu’est-ce qui brille au milieu de ma casserole ? »

C’était un grain de riz en or.

C’est alors qu’il comprit : s’il avait donné tout son riz au roi, il serait aussi riche qu’un maharadjah.

Qu’avons-nous à donner au Roi des rois ?

Le Rieu de Condé, 26 juillet 2015

35 - Maille téleure ise rouitche

En ce temps-là (début des années 80), les Anglais et les Argentins s’étaient déclaré la guerre au sujet des îles Malouines, dont chacun des belligérants revendiquait la souveraineté.

Un de mes camarades se passionnait pour ce fait d’actualité. Par ailleurs, il avait entrepris d’apprendre l’anglais et, pour que tout le monde sache qu’il parlait anglais, il nous parlait anglais à longueur de journée.

Un jour, un professeur de nationalité britannique est venu nous enseigner. Notre polyglotte ne manqua pas cette occasion de lui tailler une petite bavette :

« Wôte dou you sinque ove ze Malouines ? »

Son interlocuteur n’y a rien compris. Les îles Malouines, en anglais, s’appellent Falklands.

Le Rieu de Condé, 29 juillet 2015

36 - La fin du monde

Il parait qu’il existe un astéroïde qui s’appelle Fischer-Dieskau. Si c’est celui-ci qui doit nous tomber sur la figure le 28 septembre 2015, le mélomane que je suis s’en trouverait grandement consolé.

Le Rieu de Condé, 29 juillet 2015

37 - La Chair et l'Esprit

Et si je me trouvais en face du roi Joufflu, est-ce que je lui dirai : « Monsieur le Président, Jésus vous aime », ou est-ce que je lui mettrai un coup de boule ? Tout dépendra de ma disposition spirituelle du moment.

Le Rieu de Condé, 12 août 2015

38 - Le Scampi se rebiffe

Il parait que dans certains pays d’Asie, on vous sert des bébés poulpes en salade dans les restaurants. Ce n’est déjà pas très ragoûtant, mais en plus, il faut les avaler vivants. Comme ils ne sont pas forcément d’accord pour se faire avaler – mettez-vous à leur place – ils s’accrochent désespérément, à l’aide de leurs ventouses, à votre gosier ou à votre œsophage, et il arrive que certains clients périssent étouffés avant d’arriver au dessert. Avis aux amateurs !

L’autre jour, en étudiant le menu d’un restaurant chinois, j’ai vu qu’on y servait des beignes de crevettes. Elles non plus n’aiment pas se faire avaler et vous le font savoir en distribuant des baffes. J’essaie d’imaginer le crustacé sautant de votre assiette pour vous coller des coups de nageoire. Ça doit faire mal !

Le Rieu de Condé, 15 septembre 2015

39 - Difficile de se comprendre

Où étiez-vous le soir du crime ?

– À Houy.

– Ah oui quoi ?

– Ben… à Houy, quoi ? province de Liège.

– Ah oui ! À Huy.

– Ben oui… à Houy.

40 - Langue embarrassée

J’envisageais, en ce temps-là, de m’établir en Autriche, pays ultra-catholique qui manquait réellement de missionnaires ; toutefois, je reconnais avoir confondu envie de voir du pays et appel de Dieu. J’y suis allé, mais je n’y suis pas resté.

Un jour, j’ai eu l’occasion d’apporter mon témoignage dans un café-bar, à Knittelfeld.

Tout en parlant, je réalisais combien j’avais du mal à trouver le mot juste, et combien je me mélangeais les pinceaux avec les déclinaisons, sans parler des fautes de prononciation propres aux francophones. Je me rendais compte qu’il me faudrait rester des années dans ce pays pour parler l’allemand correctement. Et je me disais : je suis sûr qu’ils n’ont rien compris.

L’année suivante, je me trouvais à Graz, et j’ai eu cette conversation avec un jeune pasteur :

« Vous êtes Français ?

– Oui.

– Et vous n’étiez pas à Knittelfeld, l’année dernière ?

– En effet.

– Et à Knittelfeld, vous avez donné votre témoignage dans un café-bar.

– C’est exact.

– Le mois dernier, j’ai baptisé deux jeunes filles, et elles m’ont dit avoir été touchées après avoir entendu le témoignage d’un Français, dans un café-bar, à Knittelfeld. C’était donc vous ! »

De même que Jérémie se croyait inapte au ministère prophétique à cause de ses difficultés d’élocution (Jérémie 1.6), j’ai appris, ce jour-là, ce que Dieu est capable de faire avec un bafouilleux.

Le Rieu de Condé, 12 octobre 2015