48. Mentir un petit peu, ce n’est pas grave ч.

Aujourd’hui, je voudrais m’entretenir avec vous au sujet d’un péché. Rassurez-vous, il s’agit d’un tout petit péché de rien du tout, pas grave, je veux parler du mensonge. On ment tous un petit peu de temps en temps. S’il fallait s’arrêter à cela !

Commençons donc par lire deux textes :

Mais maintenant, renoncez à toutes ces choses, à la colère, à l’animosité, à la méchanceté, à la calomnie, aux paroles déshonnêtes qui pourraient sortir de votre bouche. Ne mentez pas les uns aux autres, vous étant dépouillés du vieil homme et de ses œuvres, et ayant revêtu l’homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé.

Colossiens 3.8/10

De la même bouche sortent la bénédiction et la malédiction. Il ne faut pas, mes frères, qu’il en soit ainsi. La source fait-elle jaillir par la même ouverture l’eau douce et l’eau amère ? Un figuier, mes frères, peut-il produire des olives, ou une vigne des figues ? De l’eau salée ne peut pas non plus produire de l’eau douce. Lequel d’entre vous est sage et intelligent ? Qu’il montre ses œuvres par une bonne conduite avec la douceur de la sagesse. Mais si vous avez dans votre cœur un zèle amer et un esprit de dispute, ne vous glorifiez pas et ne mentez pas contre la vérité.

Jacques 3.10/14

Comme nous l’avons dit, pour beaucoup de chrétiens, le mensonge n’est pas très grave. Pourtant, la Bible ne dit nulle part qu’il y a de petits et de gros péchés, des péchés mortels et véniels. Le péché, c’est le péché. Et Paul dans sa lettre aux Colossiens s’adresse à des chrétiens engagés. Il arrive donc, assez souvent pour que l’apôtre s’en préoccupe, que des chrétiens mentent à d’autres chrétiens.

Ma première remarque est que certains péchés sont spontanés, d’autres, et c’est plus grave, sont prémédités. L’adultère, par exemple, est toujours un péché prémédité. Le mensonge, quant à lui, peut être soit spontané, soit prémédité.

  • Qu’est-ce qui pousse un chrétien à mentir ?

Souvent ce sont des raisons bien matérialistes :

« J’ai été obligé de mentir, sinon ma banque m’aurait refusé le crédit et je n’aurais pas pu changer de voiture. »

Parfois ce sont des raisons diplomatiques. Le médecin doit-il dire à son patient qu’il va mourir ?

Si une mère qui vient de perdre son fils dans un accident me dit : « Je sais qu’il est au paradis, c’était un brave garçon », aurai-je la cruauté de lui répondre : « Ah, mais non ! S’il n’est pas né de nouveau il va en enfer. » C’est pourtant la vérité. Il me semble que je la jouerais à la jésuite : « Vous savez, ma sœur, Dieu sait toute chose. »

Une chrétienne me soutenait que sa mère irait au ciel quand elle partira parce qu’elle allait à l’église et qu’elle n’avait fait de mal à personne et d’ailleurs, ajoutait-elle, il est écrit que Dieu veut que tout le monde soit sauvé, donc, tout le monde sera sauvé. Je lui ai répondu qu’elle se trompait et qu’il fallait qu’elle passe par la nouvelle naissance pour avoir la vie éternelle. Je m’en suis voulu parce que je lui avais parlé durement et je voyais bien que je lui avais fait de la peine, pourtant, ai-je eu tort de lui parler ainsi ?

D’autres emploient le mensonge pour se surévaluer, selon Marcel Pagnol, agrandir la vérité, cela s’appelle un mensonge marseillais. Connaissez-vous des gens qui mentent pour se mettre en valeur ?

« Que faites-vous dans l’armée ?

– Je suis commandant en second de la Base Aérienne 123.

– Avec quel grade ?

– Lieutenant-colonel.

– Pas mal ! »

Et vous retrouvez votre ami le 11 novembre au monument aux morts, avec sa fourragère et son galon, son unique galon parce qu’il est sous-lieutenant. Il lui en manque quatre à l’appel.

Mais la principale raison qui pousse à mentir, c’est certainement la peur.

L’Éternel dit à Abraham : Pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant : Est-ce que vraiment j’aurais un enfant, moi qui suis vieille ? Y a-t-il rien qui soit étonnant de la part de l’Éternel ? Au temps fixé je reviendrai vers toi, à cette même époque ; et Sara aura un fils. Sara mentit, en disant : Je n’ai pas ri. Car elle eut peur. Mais il dit : Au contraire, tu as ri.

Genèse 18.13/15

Sarah n’est pas morte pour avoir menti à Dieu, elle a bénéficié de la grâce.

Que penser d’une demi-vérité, sinon que c’est aussi un demi-mensonge ? Souvenons-nous de la mésaventure d’Abraham :

Abimélec appela aussi Abraham, et lui dit : Qu’est-ce que tu nous as fait ? Et en quoi t’ai-je offensé, que tu aies fait venir sur moi et sur mon royaume un si grand péché ? Tu as commis à mon égard des actes qui ne doivent pas se commettre. Et Abimélec dit à Abraham : Quelle intention avais-tu pour agir de la sorte ? Abraham répondit : Je me disais qu’il n’y avait sans doute aucune crainte de Dieu dans ce pays, et que l’on me tuerait à cause de ma femme. De plus, il est vrai qu’elle est ma sœur, fille de mon père ; seulement, elle n’est pas fille de ma mère ; et elle est devenue ma femme. Lorsque Dieu me fit errer loin de la maison de mon père, je dis à Sara : Voici la grâce que tu me feras ; dans tous les lieux où nous irons, dis de moi : C’est mon frère.

Genèse 20.9/13

Le mensonge d’Abraham était un demi-mensonge dans tous les sens du terme, puisque Sarah était sa demi-sœur.

Nous pourrions en être choqués, toutefois, la Loi, qui interdisait cette sorte de mariage n’avait pas encore été donnée. Ce qu’il faut retenir de cette aventure, c’est, d’une part, que c’est un mensonge récurrent. Abraham avait déjà fait le coup avec Pharaon et Isaac, son fils, ne fera pas mieux. Il faut souvent faire plusieurs fois les mêmes erreurs avant d’en tirer des leçons salutaires.

D’autre part, sa peur résulte du manque de foi dans la protection divine.

Nous en tirerons une troisième leçon : si le mensonge est un « petit péché », il peut entraîner de graves conséquences.

  • Le mensonge spontané

C’est ce qui se produit quand nous sommes pris au dépourvu. Force m’est d’avouer que, dans ce genre de circonstance, j’ai rarement le réflexe de prier pour que Dieu me vienne en aide. C’est ce qui est arrivé à Pierre :

Comme il se dirigeait vers la porte, une autre servante le vit, et dit à ceux qui se trouvaient là ; celui-ci était aussi avec Jésus de Nazareth. Il le nia de nouveau, avec serment : Je ne connais pas cet homme. Peu après, ceux qui étaient là, s’étant approchés, dirent à Pierre : Certainement tu es aussi de ces gens-là, car ton langage te fait reconnaître. Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : Je ne connais pas cet homme. Aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que Jésus avait dite : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti, il pleura amèrement.

Matthieu 26.71/75

Pierre a perdu ses moyens pour pas grand-chose, mais il aggrave son cas lorsqu’il étaie son mensonge par un serment (vs72) : « Aussi vrai que l’Éternel est vivant, je ne connais pas cet homme. », puis par une imprécation (vs 74) : « Je veux bien aller en enfer si je connais cet homme. »

J’aime raconter l’histoire de cette jeune fille qui, en laissant le Saint-Esprit parler à sa place, s’est évité la honte d’un mensonge spontané :

Nous sommes en URSS. Cette jeune chrétienne se rend à une réunion de prière lorsqu’elle est abordée par la police.

« Où est-ce que vous allez comme ça, diévouchka ? »

Diévouchka signifie « jeune fille » ou « mademoiselle ».

Que dire ? Si elle répond qu’elle va faire la fête avec les copains, ils la laisseront tranquille, mais elle aura menti. Si elle dit la vérité, les meneurs de l’église vont être arrêtés…

Elle répondit :

« Mon grand frère est mort et nous allons ouvrir son testament. »

  • Une situation particulière

Savez-vous que quelqu’un, dans la Bible, a été approuvé par Dieu pour avoir menti ?

Le roi d’Égypte parla aussi aux sages-femmes des Hébreux, nommées l’une Schiphra, et l’autre Pua. Il leur dit : Quand vous accoucherez les femmes des Hébreux et que vous les verrez sur les sièges, si c’est un garçon, faites-le mourir ; si c’est une fille, laissez-la vivre. Mais les sages-femmes craignirent Dieu, et ne firent point ce que leur avait dit le roi d’Égypte ; elles laissèrent vivre les enfants. Le roi d’Égypte appela les sages-femmes, et leur dit : Pourquoi avez-vous agi ainsi, et avez-vous laissé vivre les enfants ? Les sages-femmes répondirent à Pharaon : C’est que les femmes des Hébreux ne sont pas comme les Égyptiennes ; elles sont vigoureuses et elles accouchent avant l’arrivée de la sage-femme. Dieu fit du bien aux sages-femmes ; et le peuple multiplia et devint très nombreux. Parce que les sages-femmes avaient eu la crainte de Dieu, Dieu fit prospérer leurs maisons.

Exode 1.15/21

Cette histoire plaide-t-elle en faveur du mensonge ? Ce qui est sûr, c’est qu’aucun menteur à ma connaissance n’a été confronté à ce dilemme et que ce cas n’est pas normatif.

  • Le mensonge prémédité

Or il y avait un vieux prophète qui demeurait à Béthel. Ses fils vinrent lui raconter toutes les choses que l’homme de Dieu avait faites à Béthel ce jour-là, et les paroles qu’il avait dites au roi. Lorsqu’ils en eurent fait le récit à leur père, il leur dit : Par quel chemin s’en est-il allé ? Ses fils avaient vu par quel chemin s’en était allé l’homme de Dieu qui était venu de Juda. Et il dit à ses fils : Sellez-moi l’âne. Ils lui sellèrent l’âne, et il monta dessus. Il alla après l’homme de Dieu, et il le trouva assis sous un térébinthe. Il lui dit : Es-tu l’homme de Dieu qui est venu de Juda ? Il répondit : Je le suis. Alors il lui dit : Viens avec moi à la maison, et tu prendras quelque nourriture. Mais il répondit : Je ne puis ni retourner avec toi, ni entrer chez toi. Je ne mangerai point de pain, je ne boirai point d’eau avec toi en ce lieu-ci ; car il m’a été dit, par la parole de l’Éternel : Tu n’y mangeras point de pain et tu n’y boiras point d’eau, et tu ne prendras pas à ton retour le chemin par lequel tu seras allé. Et il lui dit : Moi aussi, je suis prophète comme toi ; et un ange m’a parlé de la part de l’Éternel, et m’a dit : Ramène-le avec toi dans ta maison, et qu’il mange du pain et boive de l’eau. Il lui mentait.

1 Rois 13.11/18

J’ai déjà écrit un chapitre sur le mensonge du vieux prophète, je n’ajouterai pas de développement. Comment un serviteur de Dieu peut-il mentir à un autre serviteur ? Jalousie, rivalité ? Ce prophète entraîne son confrère dans un guet-apens. Ce mensonge n’est rien d’autre qu’un meurtre avec préméditation.

Après le mensonge-assassinat, parlons aussi du mensonge-suicide :

Mais un homme nommé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une propriété, et retint une partie du prix, sa femme le sachant ; puis il apporta le reste, et le déposa aux pieds des apôtres. Pierre lui dit : Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu mentes au Saint-Esprit, et que tu aies retenu une partie du prix du champ ? S’il n’eût pas été vendu, ne te restait-il pas ? Et, après qu’il a été vendu, le prix n’était-il pas à ta disposition ? Comment as-tu pu mettre en ton cœur un pareil dessein ? Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. Ananias, entendant ces paroles, tomba, et expira. Une grande crainte saisit tous les auditeurs.

Actes 5.1/5

  • Le mensonge, un manquement anodin ?

Ayant ainsi avancé dans notre réflexion, affirmons-nous encore que le mensonge n’est qu’un manquement anodin ?

Voudrions-nous que Jésus nous appelle enfants du diable, puisqu’il appelle Satan le père du mensonge ? Sommes-nous toujours persuadés que le mensonge n’est pas grave alors que plusieurs textes le listent parmi les choses les plus infâmes ?

Vous avez pour père le diable, et vous voulez accomplir les désirs de votre père. Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge.

Jean 8.44

Nous n’ignorons pas que la loi est bonne, pourvu qu’on en fasse un usage légitime, sachant bien que la loi n’est pas faite pour le juste, mais pour les méchants et les rebelles, les impies et les pécheurs, les irréligieux et les profanes, les parricides, les meurtriers, les impudiques, les infâmes, les voleurs d’hommes, les menteurs, les parjures, et tout ce qui est contraire à la saine doctrine, – conformément à l’Évangile de la gloire du Dieu bienheureux, Évangile qui m’a été confié.

1 Timothée 1.8/11

Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les enchanteurs, les idolâtres, et tous les menteurs, leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre, ce qui est la seconde mort.

Apocalypse 21.8

Voici, seulement dans les livres des Psaumes et des Proverbes, les textes qui condamnent le mensonge, et j’en ai peut-être oublié.

Psaume 5.6 ; 31.18 ; 40.4 ; 58.3 ; 63.11 ; 78.36 ; 139.20.

Proverbes 6.17 ; 10.18 ; 14.5 ; 17.4 ; 19.22 ; 21.28 ; 30.6.

  • Que faire si j’ai menti ?

D’aucuns me diront : « Monsieur Fillion, je comprends pourquoi vous n’avez pas de phare sur votre vélo. Vous êtes tellement saint que votre auréole éclaire la route. Vous n’avez jamais menti.

– Si. »

J’ai déjà menti et, je le crains, je mentirai encore.

Ce qui a changé, depuis que je suis chrétien, c’est que s’il m’arrive encore de mentir, ce ne peut être qu’un faux pas, ce n’est plus une pratique habituelle. Ce qui a changé aussi, depuis que je suis chrétien, c’est que si j’ai menti, je me sens mal à l’aise comme David devant Dieu, conscient qu’il a commis un péché.

Si un chrétien a péché par le mensonge, il devra s’efforcer de rétablir la vérité. De même, puisqu’il a péché, il devra demander pardon à Dieu.

Même s’il n’a pas toujours de graves conséquences, le mensonge n’est pas un « petit manquement ». Dieu le considère comme un péché et nous devons le traiter avec sérieux.

Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité.

1 Jean 1.9