46. Les sept dernières paroles du Christ

 

Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.

Luc 23.43

Pendant trois ans, Jésus a enseigné ses disciples, il les a exhortés, il les a consolés. Maintenant, le voici sur la croix, au lieu de s’apitoyer sur lui-même, il continue à nous enseigner par ses paroles inspirées.

Nous allons examiner ses sept dernières paroles, non pas dans un ordre chronologique, mais plutôt dans un ordre thématique. En effet, nous pouvons distinguer deux paroles d’amour, deux paroles de souffrance et trois paroles d’accomplissement.

Commençons par les paroles d’amour. Jésus nous a aimés sur la croix.

La première :

Jésus dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort.

Luc 23.34

Toute la méchanceté humaine est concentrée au pied de cette croix. On se moque de lui, on l’insulte, on lui balance des blagues à trois francs CFA la mégatonne. « Si tu es le fils de Dieu, descends de ta croix… » Lui qui a tant aimé, voyez comme il est haï et méprisé. Jésus aurait de bonnes raisons de faire éclater la colère et la haine. La foule, tant juive que romaine, ne mérite que sa malédiction. Pendant que se joue le salut de l’humanité, ils sortent les dés et le cornet pour savoir qui va récupérer sa chemise. Quelle dérision !

C’est plus que jamais le moment pour Jésus de prouver qui il est : le Fils de Dieu, non pas en descendant de sa croix, mais en pardonnant.

« Pardonne-leur. »

Ne pouvait-il pas mieux démontrer la profondeur de son enseignement ?

Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.

Matthieu 5.43/45

« Car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Ils ne savent pas. Ils n’ont rien compris à la situation. Pour eux, si Jésus est sur cette croix c’est qu’il l’a mérité. Ce sont les bandits qu’on cloue sur une croix, donc Jésus est un bandit. Pourquoi se rompre la tête à chercher des explications compliquées ? D’ailleurs, ceux qui assistent au spectacle sont des gens honnêtes. Ils n’ont pas besoin du pardon divin.

Nous pourrions ainsi considérer deux catégories de pécheurs : ceux à qui il a été peu pardonné et qui aiment peu, et ceux à qui il a été beaucoup pardonné et qui aiment beaucoup. Dans le contexte que nous allons lire, il s’agit d’une pécheresse bien connue pour sa vie dissolue, qui oint Jésus de parfum.

C’est pourquoi, je te le dis, ses nombreux péchés ont été pardonnés, car elle a beaucoup aimé. Mais celui à qui on pardonne peu aime peu. Et il dit à la femme : Tes péchés sont pardonnés.

Luc 7.47/48

Cette parole de Jésus m’a mis en difficulté quand je l’ai lu pour les premières fois. Voulait-il dire que ceux qui ont eu une vie relativement rangée avant leur conversion avaient-ils un statut inférieur aux « Nicky Cruz » et consort ? En réalité, tous les humains sont logés à la même enseigne vis-à-vis du péché et du pardon, mais il en est à qui il a été peu pardonné parce qu’ils se considéraient comme justes et ont peu demandé pardon, par conséquent, ils ont moins aimé.

La deuxième :

Jésus, voyant sa mère, et auprès d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : Femme, voilà ton fils. Puis il dit au disciple : Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui.

Jean 19.26/27

Imaginez la douleur de Marie, la mère de Jésus, dans ces moments tragiques. Même dans ces moments de souffrance extrême, encore une fois, se préoccupe de ceux qui leurs sont chers, car Marie, est chère à son cœur. Ce n’est pas maintenant qu’il va la laisser tomber. Dans l’incapacité de subvenir aux besoins de sa mère, comme l’impose la loi, il va charger Jean, « son disciple préféré » de la prendre en charge et de la traiter comme s’il était son propre fils.

J’ouvre une parenthèse pour rappeler que Jésus, quand il dit à sa mère : « femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? » ne l’envoie pas « balader », comme je l’ai parfois entendu prêcher. « Femme » était une façon normale de s’adresser à une dame. Ne dit-on pas en allemand gnädige Frau (gracieuse femme) quand on veut être très poli envers une dame ? De même, l’expression « qu’y a-t-il entre toi et moi ? » même si elle peut sembler abrupte en français, était une formule de salutation respectueuse. Même les démons s’adressent à Jésus de cette manière parce qu’ils le respectent et qu’ils le craignent. Il nous est interdit d’adorer Marie et de l’appeler « mère de Dieu », mais nous devons la respecter au même titre que Rachel, Ruth, Lydie, et toutes les grandes femmes de la Bible.

Viennent ensuite les paroles de souffrance. Jésus a souffert sur la croix.

La première :

Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani? C’est-à-dire, Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Matthieu 27.46

Rappelons au passage que la langue maternelle de Jésus était l’araméen.

Avec une précision remarquable, David décrit, dans une vision prophétique, ce tragique événement.

Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné, Et t’éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes ? Mon Dieu ! je crie le jour, et tu ne réponds pas ; La nuit, et je n’ai point de repos. Pourtant tu es le Saint, Tu sièges au milieu des louanges d’Israël. En toi se confiaient nos pères ; Ils se confiaient, et tu les délivrais. Ils criaient à toi, et ils étaient sauvés ; Ils se confiaient en toi, et ils n’étaient point confus. Et moi, je suis un ver et non un homme, L’opprobre des hommes et le méprisé du peuple. Tous ceux qui me voient se moquent de moi, Ils ouvrent la bouche, secouent la tête, Recommande-toi à l’Éternel ! L’Éternel le sauvera, Il le délivrera, puisqu’il l’aime !

De nombreux taureaux sont autour de moi, Des taureaux de Basan m’environnent. Ils ouvrent contre moi leur gueule, Semblables au lion qui déchire et rugit. Je suis comme de l’eau qui s’écoule, Et tous mes os se séparent ; Mon cœur est comme de la cire, Il se fond dans mes entrailles. Ma force se dessèche comme l’argile, Et ma langue s’attache à mon palais ; Tu me réduis à la poussière de la mort. Car des chiens m’environnent, Une bande de scélérats rôdent autour de moi, Ils ont percé mes mains et mes pieds. Je pourrais compter tous mes os. Eux, ils observent, ils me regardent ; Ils se partagent mes vêtements, Ils tirent au sort ma tunique.

Psaume 22.1/9 ; 13/19

Nous voici parvenus au point culminant de la passion de Jésus, le moment le plus cruel. Jésus est-il vraiment le fils bien-aimé du Père ? Nous sommes en droit de nous interroger. Un père peut-il abandonner son fils dans des moments aussi terribles ?

Dieu est-il vraiment fidèle ?

Nous trouvons la réponse au verset 4 : tu es le Saint.

Jésus a accompli sa mission jusqu’au bout. Pour nous libérer du péché et de la condamnation, il fallait que lui, le seul homme qui n’ait jamais péché, tel un agneau offert en sacrifice, se charge sur cette croix de toute l’iniquité de l’espèce humaine. Or, la sainteté de Dieu ne peut tolérer une communion avec la souillure de l’homme. Voilà pourquoi, en ce moment qui lui a semblé durer des siècles, Jésus a perdu le contact avec son Père et s’est trouvé abandonné.

La deuxième :

Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture soit accomplie : J’ai soif. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l’ayant fixée à une branche d’hysope, ils l’approchèrent de sa bouche.

Jean 19.28/29

Une parole de souffrance que j’aurais pu classer parmi les paroles d’accomplissement : j’ai soif !

Encore une fois, nous voyons s’accomplir la prophétie davidique :

Ils mettent du fiel dans ma nourriture, Et, pour apaiser ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre.

Psaume69.21

Selon certains commentateurs, le liquide qui fut présenté à Jésus était le vin des soldats romains, ce n’était pas du Nuits-Saint-Georges ! un vin de si mauvaise qualité qu’on pouvait l’appeler vinaigre.

Jésus sauvait les autres, mais ne s’est pas sauvé lui-même.

Jésus désaltérait les autres, mais personne ne l’a désaltéré.

La terrible soif de Jésus, conséquence naturelle de sa situation sur la croix, est encore décrite dans le Psaume 22. Souvenons-nous : « Ma langue s’attache à mon palais. »

Jésus désaltérait ceux qui avaient soif. Ce n’était pas du vin étoilé qu’il leur servait. Une bière bien fraîche désaltère sur le moment, mais donne encore plus soif. La boisson de Jésus, ce n’est que de l’eau, mais une eau qui soulage définitivement, non seulement la soif naturelle, mais surtout la soif spirituelle.

Mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.

Jean 4.14

Le dernier jour, le grand jour de la fête, Jésus, se tenant debout, s’écria : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive.

Jean 7.37

Et nous, qu’avons-nous donné à Jésus pour étancher sa soif ? Du vinaigre.

Viennent enfin les paroles d’accomplissement. Jésus a tout accompli sur la croix.

La première :

Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.

Luc 23.43

Le premier accomplissement, c’est l’accomplissement du pardon. Les promesses de la vie éternelle se réalisent enfin, elles s’accomplissent sur la croix. Trois hommes meurent, un innocent et deux coupables. L’un des brigands a refusé le pardon, après le châtiment des hommes, il subira le châtiment divin, encore plus terrible. Quant à l’autre brigand, qu’a-t-il fait pour mériter cette place dans le paradis ? Rien. Jésus l’a méritée pour lui. Le deuxième bandit n’avait qu’un mot à dire pour être sauvé : « Souviens-toi de moi. » Il n’est écrit nulle part dans la Bible que le pécheur repentant devait séjourner un certain temps dans le « purgatoire » pour se laver de ses péchés : « aujourd’hui ».

La deuxième :

Jésus s’écria d’une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira.

Luc 23.46

Jésus-Christ Dieu, Jésus-Christ homme. Sur la terre, il est homme, mais il n’en est pas pour autant déchu de sa divinité. Il est homme, il possède un corps de chair, il est aussi doué d’un esprit, ce n’est pas l’esprit de l’homme, c’est l’Esprit divin. Maintenant, la mission terrestre de Jésus est terminée, tout pécheur pourra recevoir le pardon et la vie éternelle. L’Esprit revient au Père. Seul le Père pouvait lui ôter la vie.

Le Père m’aime, parce que je donne ma vie, afin de la reprendre. Personne ne me l’ôte, mais je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner, et j’ai le pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père.

Jean 10.17/18

Nous voyons, à travers ces textes, que Jésus-Christ homme demeure soumis au Père jusque dans la mort.

Après être sorti, il alla, selon sa coutume, à la montagne des Oliviers. Ses disciples le suivirent. Lorsqu’il fut arrivé dans ce lieu, il leur dit : Priez, afin que vous ne tombiez pas en tentation. Puis il s’éloigna d’eux à la distance d’environ un jet de pierre, et, s’étant mis à genoux, il pria, disant : Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe ! Toutefois, que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne.

Luc 22.39/42

Lui qui, injurié, ne rendait point d’injures, maltraité, ne faisait point de menaces, mais s’en remettait à celui qui juge justement ; lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice ; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris.

1 Pierre 2.23/24

Et enfin la troisième :

Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.

Jean 19.30

Tout est dit. 

En mourant sur cette croix, Jésus accomplit toutes les prophéties de l’Écriture, y compris les prophéties eschatologiques qui ne se sont pas encore réalisées, car toute l’Écriture gravite autour de Golgotha. Par sa mort, Jésus accomplit la loi. Cette loi était encore incomplète parce qu’elle nous a permis de prendre conscience de notre état de péché, mais sans la croix du Christ, elle n’offrait aucune solution définitive.

Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir.

Matthieu 5.17

Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous — car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois — afin que la bénédiction d’Abraham ait pour les païens son accomplissement en Jésus-Christ, et que nous recevions par la foi l’Esprit qui avait été promis.

Galates 3.13/14

Par ces sept dernières paroles de Jésus sur sa croix se résume tout l’Évangile : l’horreur du péché, notre incapacité à y échapper, la grandeur du pardon et le prix inestimable qu’il a dû payer pour nous en délivrer.

Jésus revient bientôt. Soyons prêts.