8 - Naaman, un héros déprimé

Naaman, chef de l’armée du roi de Syrie, jouissait de la faveur de son maître et d’une grande considération ; car c’était par lui que l’Éternel avait délivré les Syriens. Mais cet homme fort et vaillant était lépreux. Or les Syriens étaient sortis par troupes, et ils avaient emmené captive une petite fille du pays d’Israël, qui était au service de la femme de Naaman. Et elle dit à sa maîtresse : Oh ! Si mon seigneur était auprès du prophète qui est à Samarie, le prophète le guérirait de sa lèpre ! Naaman alla dire à son maître : La jeune fille du pays d’Israël a parlé de telle et telle manière. Et le roi de Syrie dit : Va, rends-toi à Samarie, et j’enverrai une lettre au roi d’Israël. Il partit, prenant avec lui dix talents d’argent, six mille sicles d’or, et dix vêtements de rechange. Il porta au roi d’Israël la lettre, où il était dit : Maintenant, quand cette lettre te sera parvenue, tu sauras que je t’envoie Naaman, mon serviteur, afin que tu le guérisses de sa lèpre. Après avoir lu la lettre, le roi d’Israël déchira ses vêtements, et dit : Suis-je un dieu, pour faire mourir et pour faire vivre, qu’il s’adresse à moi afin que je guérisse un homme de sa lèpre ? Sachez donc et comprenez qu’il cherche une occasion de dispute avec moi. Lorsqu’Élisée, homme de Dieu, apprit que le roi d’Israël avait déchiré ses vêtements, il envoya dire au roi : Pourquoi as-tu déchiré tes vêtements ? Laisse-le venir à moi, et il saura qu’il y a un prophète en Israël.

Naaman vint avec ses chevaux et son char, et il s’arrêta à la porte de la maison d’Élisée. Élisée lui fit dire par un messager : Va, et lave-toi sept fois dans le Jourdain ; ta chair redeviendra saine, et tu seras pur. Naaman fut irrité, et il s’en alla, en disant : Voici, je me disais : Il sortira vers moi, il se présentera lui-même, il invoquera le nom de l’Éternel, son Dieu, il agitera sa main sur la place et guérira le lépreux. Les fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar, ne valent-ils pas mieux que toutes les eaux d’Israël ? Ne pourrais-je pas m’y laver et devenir pur ? Et il s’en retournait et partait avec fureur. Mais ses serviteurs s’approchèrent pour lui parler, et ils dirent : Mon père, si le prophète t’eût demandé quelque chose de difficile, ne l’aurais-tu pas fait ? Combien plus dois-tu faire ce qu’il t’a dit : Lave-toi, et tu seras pur ! Il descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole de l’homme de Dieu ; et sa chair redevint comme la chair d’un jeune enfant, et il fut pur.

Naaman retourna vers l’homme de Dieu, avec toute sa suite. Lorsqu’il fut arrivé, il se présenta devant lui, et dit : Voici, je reconnais qu’il n’y a point de Dieu sur toute la terre, si ce n’est en Israël. Et maintenant, accepte, je te prie, un présent de la part de ton serviteur. Élisée répondit : L’Éternel, dont je suis le serviteur, est vivant ! Je n’accepterai pas. Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Alors Naaman dit : Puisque tu refuses, permets que l’on donne de la terre à ton serviteur, une charge de deux mulets ; car ton serviteur ne veut plus offrir à d’autres dieux ni holocauste ni sacrifice, il n’en offrira qu’à l’Éternel.

2 Rois 5.1/17

Général, c’est un beau métier, surtout en période de guerre et de gloire, alors que nos soldats récoltent le plomb et que l’on récolte l’or.

Naaman, qui avait assuré de grandes victoires à son pays était un général très populaire. Comme tout général, à cette époque, il avait ramené de ses campagnes un butin de guerre impressionnant, sans compter les prisonniers dont il avait choisi les plus beaux à son service, comme esclaves. Il était donc très riche. Le peuple l’aimait. C’était une vedette. Tous les jeunes gens se coiffaient et s’habillaient comme lui et rêvaient de lui ressembler, car toutes les jeunes filles du pays rêvaient d’épouser un garçon qui ressemble à Naaman. Et quand il se produisait en public, elles se précipitaient sur lui pour réclamer sa signature. C’est la rançon de la gloire.

En outre, ses nombreux services rendus à la Syrie lui ont permis de jouir de la considération de son maître, et croyez-moi, être bien classé dans les papiers de son patron, c’est vraiment un avantage, surtout si ce patron est un roi.

Tout allait donc pour le mieux dans la vie de ce général Naaman : « Naaman, chef de l’armée du roi de Syrie, jouissait de la faveur de son maître et d’une grande considération ; car c’était par lui que l’Éternel avait délivré les Syriens. Mais… ! »

Mais : voilà quatre lettres qui gâchent tout. Tant de bonheur, c’était trop beau ! Il fallait bien qu’il y ait un hic !

« Mais… cet homme fort et vaillant était lépreux. »

Ce petit mot va le briser en pleine gloire : « Mais… lépreux. »

Imaginez Naaman, comme tous les matins, s’astiquer en sifflotant dans sa salle de bain. Il se découvre sur l’avant-bras un petit point blanc.

« Tiens, je ne l’avais jamais remarqué ! »

Et il n’y prête plus attention. Mais au bout d’une semaine, le point est devenu une petite tache. Et au bout d’un mois, elle s’est encore élargie. Et notre héros national, qui commence à être inquiet, consulte son encyclopédie médicale. Ce qu’il lit confirme ses craintes : en effet, la lèpre commence par une tache blanche qui s’agrandit jusqu’à s’étendre sur tout le corps et le détruire.

« Serait-il possible que dans mes campagnes à l’étranger, j’aie contracté cette maladie terrible ? »

La lèpre est en effet un mal horrible, à bien des égards. Tout d’abord, elle est incurable et conduit irréversiblement à la mort. Elle n’est pas douloureuse, car elle insensibilise les tissus en même temps qu’elle les détruit, mais elle produit d’affreuses mutilations.

Pire qu’une maladie mortelle, c’était aussi une maladie sociale. La plupart des peuples considéraient la lèpre comme un jugement divin, tout comme le Sida aujourd’hui, dans certaines sociétés. Et celui qui en était atteint, n’étant plus en odeur de sainteté face à Dieu, ne pouvait plus jouir des faveurs du roi ni de celles du peuple. Le lépreux était mis au ban de la société, il devait habiter loin de toute agglomération, n’avoir plus aucun contact avec personne. Il devait se munir d’une crécelle et l’agiter dès qu’il voyait s’approcher un être humain.

Pour Naaman, c’était insupportable. Plus que la mort, il craignait de tomber dans l’oubli et le bannissement. Il a d’abord essayé de cacher cette odieuse tache, et, lui qui aimait tant exhiber ses biceps, a commencé à porter des manches longues. Mais il savait bien qu’il n’allait que retarder un peu l’échéance fatale.

Imaginez que les journaux aient existé en ce temps-là. Et imaginez qu’il y en ait eu un qui se soit intitulé « Ici-Damas », ou « Syrie-Dimanche », et je vous laisse aussi imaginer sa photographie en première page, le visage abattu et ridé, avec ce grand titre : « Toute la vérité sur la lèpre de Naaman ! »

Dans le contexte biblique, la lèpre est liée à l’idée du péché. Ainsi qu’en attestent de nombreux textes. Par exemple lorsque le roi Osias pénétra dans le temple pour offrir lui-même un sacrifice, ce qui était interdit et que, par surcroît, il a insulté le prêtre qui le rappelait à l’ordre, la sanction divine fut immédiate.

Mais lorsqu’il fut puissant, son cœur s’éleva pour le perdre. Il pécha contre l’Éternel, son Dieu : il entra dans le temple de l’Éternel pour brûler des parfums sur l’autel des parfums. Le sacrificateur Azaria entra après lui, avec quatre-vingts sacrificateurs de l’Éternel, hommes courageux, qui s’opposèrent au roi Ozias et lui dirent : Tu n’as pas le droit, Ozias, d’offrir des parfums à l’Éternel ! Ce droit appartient aux sacrificateurs, fils d’Aaron, qui ont été consacrés pour les offrir. Sors du sanctuaire, car tu commets un péché ! Et cela ne tournera pas à ton honneur devant l’Éternel Dieu. La colère s’empara d’Ozias, qui tenait un encensoir à la main. Et comme il s’irritait contre les sacrificateurs, la lèpre éclata sur son front, en présence des sacrificateurs, dans la maison de l’Éternel, près de l’autel des parfums. Le souverain sacrificateur Azaria et tous les sacrificateurs portèrent les regards sur lui, et voici, il avait la lèpre au front. Ils le mirent précipitamment dehors, et lui-même se hâta de sortir, parce que l’Éternel l’avait frappé. Le roi Ozias fut lépreux jusqu’au jour de sa mort, et il demeura dans une maison écartée comme lépreux, car il fut exclu de la maison de l’Éternel. Et Jotham, son fils, était à la tête de la maison du roi et jugeait le peuple du pays.

2 Chroniques 26.16/21

Nous avons dit que, bien que hideuse à voir, la lèpre n’était pas douloureuse. Si le péché était pénible pour l’homme, nous ne le pratiquerions pas. Il procure du plaisir, au contraire, mais son issue est mortelle.

Car le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur. 

Romains 6.23

Jusqu’ici, cette vieille histoire de la Bible ne nous concernait pas directement. Après tout, si Naaman avait des problèmes, c’était son affaire. Mais maintenant, nous abordons la question du péché.

Oh ! Je sais, vous n’avez pas péché. Votre voisine du dessous, par contre, je ne vous raconte pas !

Voici ce que nous dit le livre inspiré de Dieu :

Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu. 

Romains 3.23

Être pécheur, ce n’est pas seulement tuer, voler, tromper sa femme ou son mari, faire la tournée des bars. Ce n’est pas non plus reprendre une deuxième part de gâteau ! Être pécheur, c’est diriger sa vie comme si Dieu n’existait pas.

En chacun de nous vit un Naaman qui s’ignore.

« Et maintenant, que vais-je faire de tout ce temps que sera ma vie ? »

Car il fallait bien vivre ces derniers moments qui risquaient encore d’être longs. Plus rien n’allait dans la vie du général. Sa cote d’amour diminuait. Cela n’allait plus dans son foyer. Il était devenu taciturne et déprimé.

Comme nous l’avons dit, Naaman avait ramené de ses campagnes toutes sortes de richesses et, bien sûr, il ne manquait pas de combler sa femme de cadeaux exotiques : bijoux, manteaux, robes, et même une jolie petite fille, capturée en Israël, et que madame Naaman avait gardée à son service.

Comme tous les esclaves, cette petite fille n’avait aucun droit, elle occupait l’échelon le plus bas de la société. Personne ne s’occupait d’elle et ses maîtres auraient pu la mettre à mort pour un rôti trop salé sans que personne ne s’en émeuve. Mais dans la circonstance présente, elle possédait une richesse qui manquait cruellement au général et à son entourage : elle connaissait Dieu et avait expérimenté personnellement son amour. Lorsqu’elle se sentait malheureuse à cause de sa condition d’esclave, elle l’appelait à son secours et il répondait à ses prières. Ce n’était ni de la superstition ni de la psychologie.

Est-ce par hasard qu’elle avait été faite prisonnière et emmenée captive dans ce foyer ? Elle a dû pleurer et se lamenter quand il lui a fallu quitter son pays et ses parents, mais désormais elle commence à comprendre que son Dieu avait un plan précis pour elle.

Est-ce par hasard si parmi vos voisins, vos amis, vos collègues, se trouve un chrétien engagé ?

Le Seigneur appelle souvent les gens les plus insignifiants pour les tâches les plus grandes. De même qu’il a parfois utilisé des frères tziganes illettrés pour conduire à la foi des personnes très instruites, il va utiliser cette petite prisonnière auprès de ce héros national.

Mais Dieu a choisi les choses folles du monde pour confondre les sages ; Dieu a choisi les choses faibles du monde pour confondre les fortes ; et Dieu a choisi les choses viles du monde et celles qu’on méprise, celles qui ne sont point, pour réduire à néant celles qui sont, afin que nulle chair ne se glorifie devant Dieu.

1 Corinthiens 1.27/29

Après avoir longtemps prié dans la solitude. Cette jeune fille va enfin demander un entretien à sa patronne et lui vider son cœur.

« Je suis bien triste pour ce qui arrive à notre maître, pourtant je suis persuadée qu’il existe une solution. Mon idée va certainement vous paraître stupide, mais je connais dans mon pays un grand prophète, un homme qui parle avec Dieu, il s’appelle Élisée. Il est capable de faire de grands miracles.

Un jour, il rencontra une femme qui n’avait plus rien à manger. Il ne lui restait qu’un petit vase d’huile. Il lui demanda d’aller partout chercher toutes sortes de cruches. Il a versé le peu d’huile qui restait dans la première cruche, puis dans la deuxième, il en coulait toujours, l’huile ne s’est arrêtée de couler que lorsqu’il n’y avait plus de cruche pour en contenir. Une autre fois, c’était à Sunem, une femme dont le fils venait de mourir brutalement est allée le chercher. Élisée a prié l’Éternel, puis il s’est couché sur l’enfant et il est revenu à la vie. Pour un homme comme lui, c’est facile de guérir un lépreux. Il faudrait que votre mari puisse se décider à aller voir Élisée. »

Madame Naaman s’étant plus ou moins laissé convaincre, elle alla parler à son mari de la petite esclave.

« C’est bien des idées de femmes, ça encore ! Tu ne crois pas que je suis allé assez en voir des guérisseurs et sorciers de tout crin. Et des offrandes à tous les dieux que je connais, ça m’a déjà coûté assez cher ! Non, crois-moi, la lèpre, ça ne se guérit pas. Oublie cette idée !

– Mais enfin, d’après ce qu’elle a dit, cet Élisée n’est pas un guérisseur ordinaire. C’est un prophète de l’Éternel, le Dieu qui a créé les cieux et la terre.

– Parce que tu crois qu’il y a un dieu qui a créé le ciel et la terre ! C’est ridicule ! Tout seul il n’y serait pas arrivé, ils ont dû s’y mettre à plusieurs. Et pas un de ces dieux n’est capable de guérir un homme de la lèpre. »

Heureusement, à force d’insistance, Naaman a fini par convenir que si l’intervention d’Élisée n’allait rien changer, au moins elle ne lui fera pas plus de mal qu’il en subit déjà.

« Je vais en parler à Ben Haddad, le grand patron. On verra bien. Cela vaut peut-être la peine d’essayer. »

Voici donc Naaman expliquant sa situation à son maître et ami le roi de Syrie.

Le roi approuve son projet et comme avec les dieux syriens, il vaut mieux être riche et pistonné, il n’y a pas de raison qu’il n’en soit de même avec un prophète d’Israël. Avec la lettre de recommandation, il alloue à Naaman le pourboire de dix talents d’argent, six mille sicles d’or, et dix vêtements de rechange. Un talent d’argent pèse entre trente et quarante kilos, je vous laisse faire le calcul !

Inutile de préciser que, lorsqu’on s’approche de Dieu, il n’est pas nécessaire de présenter une recommandation d’une quelconque autorité civile ou religieuse ; encore moins d’apporter de l’argent pour obtenir ses faveurs.

Le Roi est impuissant devant cette situation.

L’argent n’a aucun pouvoir.

La guérison que Dieu propose à Naaman est entièrement gratuite.

Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. 

Matthieu 10.8

Naaman se met donc en route. Après un long voyage, il arrive enfin à Samarie, capitale du royaume d’Israël. Mais il se trompe de porte.

Sans doute n’était-il pas convenable, pour un homme de son rang, de s’adresser à un « petit curé », il fallait qu’il traite son affaire avec une personne importante. Et il se rend chez le roi, muni de sa précieuse lettre de recommandation.

La réaction du roi d’Israël en dit long sur l’incapacité des grands de ce monde à changer le mal en bien.

« Tant pis, se dit Naaman, n’y pensons plus. J’aurais tout de même essayé. »

Et, rassemblant ses bagages, il s’apprête à rentrer chez lui, emportant avec lui son échec.

Heureusement, les nouvelles vont vite et Élisée, informé de l’incident, envoie son serviteur auprès du roi et rétablit la situation. Naaman a enfin compris que ce n’est pas lui qui pouvait le guérir, mais le serviteur de Dieu.

Naaman repart avec ses chevaux, son char chargé, rappelons-le, d’un coffre rempli de richesses, et arrive chez Élisée. Il a mis pour la circonstance son uniforme de parade, avec les cinq étoiles et la fourragère. Il s’attendait à être reçu avec tous les égards. Il s’imaginait déjà le tapis rouge, le prophète le recevant en habit de cérémonie. Il l’aurait invité à s’installer chez lui, puis, ayant prononcé en hébreux des paroles solennelles, il lui aurait imposé les mains en disant : « Au nom de l’Éternel ! Esprit impur, je t’ordonne de quitter cet homme ! » Et aussitôt, il aurait été guéri.

Nouvelle déconvenue : cette fois-ci, Élisée ne se donne même pas la peine de le saluer, il envoie un quidam qui lui dit : « Voici l’ordonnance : va te plonger sept fois dans le Jourdain, et tu seras purifié de ta lèpre. »

Non mais de qui se moque-t-on ?

Par deux fois, Naaman a commis la même erreur : il n’a pas voulu comprendre que de Dieu seul viendrait la guérison. Il est plus facile de mettre sa confiance dans un homme : le roi d’Israël d’abord, puis le prophète Élisée. Je crois qu’aujourd’hui Dieu peut encore guérir là où la médecine échoue. Certains, et même parmi les chrétiens engagés, pensent qu’ils seront guéris s’ils vont à tel rassemblement se faire imposer les mains par untel qui a un « ministère de guérison ». Dieu veut-il donner sa gloire à un homme ? N’est-il pas capable aussi de guérir dans le cadre d’une réunion de prière ordinaire ?

Voici ce que dit le prophète Jérémie :

Ainsi parle l’Éternel : Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, Qui prend la chair pour son appui, Et qui détourne son cœur de l’Éternel ! Il est comme un misérable dans le désert, Et il ne voit point arriver le bonheur ; Il habite les lieux brûlés du désert, Une terre salée et sans habitants. Béni soit l’homme qui se confie dans l’Éternel, Et dont l’Éternel est l’espérance ! Il est comme un arbre planté près des eaux, Et qui étend ses racines vers le courant ; Il n’aperçoit point la chaleur quand elle vient, Et son feuillage reste vert ; Dans l’année de la sécheresse, il n’a point de crainte, Et il ne cesse de porter du fruit.

Jérémie 17.5/8

Sept baignades dans le Jourdain. Cela paraît vraiment une folie.

Dieu n’en était pourtant pas à sa première « folie ». N’était-ce pas folie, à vue humaine lorsqu’Israël assiégeait Jéricho, ville réputée imprenable, et que le Seigneur avait donné au peuple, pour toute stratégie, de faire treize fois, à pied, le tour de la ville ? Les ennemis, en haut de leurs remparts, devaient s’en donner à cœur joie. Jusqu’au moment où les assiégeants ont poussé un grand cri et que les murailles se sont effondrées.

« Décidément, j’ai assez perdu de temps ! s’écrie Naaman. Rentrons à Damas ! »

C’est alors qu’un simple soldat ose intervenir :

« Mon Général, puis-je vous poser une question ?

– Bien sûr !

– Supposons qu’au lieu de sept bains dans cette rivière, le prophète vous avait demandé de vous battre seul contre dix hommes. Est-ce que vous n’auriez pas essayé, si votre guérison était à ce prix ?

– Évidemment !

– Supposons maintenant qu’il vous ait demandé de jouer le concerto de Sibélius avec des gants de boxe. Est-ce que vous l’auriez fait ?

– Sans aucun doute ! J’aurais appris la boxe et j’aurais appris le violon.

– Une dernière question : Savez-vous nager ?

– C’est encore heureux ! Mais où donc voulez-vous en venir ?

– Eh bien ! Mon général, si vous me permettez, je ne comprends pas votre raisonnement. Si le prophète Élisée vous avait demandé quelque chose de difficile, ou dangereux, vous l’auriez fait sans hésiter. Or, il vous demande, pour votre guérison, quelque chose de facile, et vous ne le faites pas !

Cessons de nous imaginer que, pour gagner son salut, il faut accomplir des œuvres extraordinaires : être un « saint » ! Si nous voulons la délivrance de notre péché, il n’y a qu’une chose à faire, une chose facile, trop facile, et la plupart des gens ne le font pas :

Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé.

Romains 10.9

Avec répugnance, Naaman va se rendre sur la rive du Jourdain et tremper un pied dans l’eau, puis le deuxième. Brrr ! Qu’elle est froide ! L’Amana et le Parpar sont réputés pour la limpidité de leur eau, et l’on s’y baigne avec plaisir. Mais le Jourdain ! Cette eau qui ressemble plus à une mare qu’à une rivière, cette eau bourbeuse, pleine de toutes sortes d’algues vertes qui s’enroulent autour des jambes, cette vase qui doit grouiller de sales petites bêtes. Beurk !

Naaman a maintenant de l’eau jusqu’à la taille. Il ferme les yeux, il se pince le nez, il compte jusqu’à trois. Il s’immerge, se redresse dans la même demi-seconde, secoue sa tête. Il regarde ses bras.

« Et alors ! Qu’est-ce qui a changé ? Je vous l’avais bien dit : cet Élisée n’est qu’un charlatan. Allez ! Rentrons ! Je me suis suffisamment couvert de ridicule !

– Mais mon général ! Le prophète a dit : sept fois. Encore six ! »

Sans conviction, le général répète l’opération : deux, trois – ça ne marchera jamais de toute façon ! – Quatre, cinq, six…

Enfin la septième :

« Vous verrez, ce sera toujours pareil ! Enfin, allons-y ! »

« Et… sept ! »

Naaman ressort de l’eau, il regarde à nouveau ses bras.

« Mais ça marche ! Cet homme avait donc raison ! »

J’entrevois une question que vous désirez poser : mais pourquoi plonger dans l’eau, et pourquoi plonger sept fois, plutôt que six ou huit ?

Tout simplement pour le symbole : le nombre sept représente la perfection divine, et l’immersion dans le Jourdain anticipe un événement important dans l’histoire de notre salut :

Jean parut, baptisant dans le désert, et prêchant le baptême de repentance, pour la rémission des péchés. Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; et, confessant leurs péchés, ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain. Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il prêchait, disant : Il vient après moi celui qui est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses souliers. Moi, je vous ai baptisés d’eau ; lui, il vous baptisera du Saint-Esprit.

Marc 1.4/8

Ce n’est pas seulement dans sa santé que la vie de Naaman va changer. Bien sûr, tout devrait aller mieux maintenant qu’il est guéri, les colporteurs de rumeurs vont être réduits au silence, ses rapports avec sa famille, son entourage et la société en général vont changer, mais sa vie a changé de façon plus profonde encore.

Il est rapporté dans l’Évangile que dix hommes, comme lui lépreux et condamnés à l’exclusion sont allés à la rencontre de Jésus, tous les dix furent guéris mais un seul eut la reconnaissance de dire simplement merci au Seigneur.

Jésus, prenant la parole, dit : Les dix n’ont-ils pas été guéris ? Et les neuf autres, où sont-ils ?

Luc 17.17

Après cet acte d’obéissance et de guérison, Naaman va se présenter à l’homme de Dieu qu’il avait auparavant méprisé. Il va confesser en sa présence sa foi nouvelle dans le Dieu créateur.

Il va reconnaître qu’il n’y a qu’un seul Dieu et renoncer au culte de son idole Rimmon.

Sommes-nous prêts à abandonner les nôtres, qui bien entendu ne sont pas des statues de bois ou de pierre, mais des passions qui nous rendent aveugles aux vérités spirituelles ?

Saisissons comme une promesse de Dieu pour nous-mêmes cette parole du prophète Esaïe :

Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a portées, C’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; Et nous l’avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités ; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.

Ésaïe 53.4/5

Jésus revient bientôt. Soyons prêts.