2 - Rendez-vous à Golgotha

 

Un vendredi comme les autres

C’est un vendredi tout à fait comme les autres, un après-midi à Jérusalem. Pourtant les places et les rues bénéficient d’une animation particulière, jusque dans les faubourgs de la ville et le long d’un pénible chemin pierreux qui conduit au sommet d’une colline dénudée appelée « mont du Crâne »[1]. La foule se presse et s’agite de chaque côté de la voie comme attendant le passage d’un cortège.

S’agit-il de la visite officielle d’un chef d’État ? D’un défilé militaire ? D’une manifestation sportive ?

Cette population, du plus pauvre au plus nanti, se prépare à un spectacle assez particulier : l’exécution de trois condamnés à mort. Les hommes aiment le spectacle du sang et de la souffrance. Le désir de leur vue va être satisfait : trois condamnés à mort, trois criminels que l’on va crucifier. Trois malfaiteurs dont on va transpercer les pieds et les mains avec des clous.

Sur leur passage, les commentaires des curieux vont bon train :

« Le premier, il paraît qu’il a tué sa femme.

– Ah ! Bon ? Et le grand brun à côté, qu’est-ce qu’il a fait ?

– C’est un bandit de grand chemin.

– Et l’autre, celui qui a une couronne d’épines sur le front ?

– Lui ? Au fait, je n’en sais rien.

– Il faudrait poser la question à Pilate. C’est lui qui l’a condamné. Il doit bien savoir. »

Eh bien ! Justement, le gouverneur Ponce-Pilate n’en sait pas davantage.

Pilate leur dit pour la troisième fois : Quel mal a-t-il fait ? Je n’ai rien trouvé en lui qui mérite la mort. Je le relâcherai donc, après l’avoir fait battre de verges. Mais ils insistèrent à grands cris, demandant qu’il fût crucifié. Et leurs cris l’emportèrent : Pilate prononça que ce qu’ils demandaient serait fait.

Luc 23.22/24

Traînant chacun sa lourde croix, les trois condamnés gravissent péniblement le chemin pentu. L’un d’eux, l’homme au front couronné d’épines, harassé par le fardeau, chancelle et s’écroule. Les soldats romains choisissent dans la foule un homme au hasard. C’est un certain Simon de Cyrène qu’ils chargent de porter sa croix jusqu’au lieu du supplice.

Ouvrons ensemble l’Évangile de Luc, au chapitre 23, et lisons les versets 33 à 43.

Lorsqu’ils furent arrivés au lieu appelé Crâne, ils le crucifièrent là, ainsi que les deux malfaiteurs, l’un à droite, l’autre à gauche. Jésus dit : Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ils se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort. Le peuple se tenait là, et regardait. Les magistrats se moquaient de Jésus, disant : Il a sauvé les autres ; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu ! Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant et lui présentant du vinaigre, ils disaient : Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! Il y avait au-dessus de lui cette inscription : Celui-ci est le roi des Juifs. L’un des malfaiteurs crucifiés l’injuriait, disant : N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et sauve-nous ! Mais l’autre le reprenait, et disait : Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. Et il dit à Jésus : Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne. Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.

Luc 23.33/43

La multitude anonyme de badauds et des curieux assistait, passive, à ce sanglant spectacle.

Des millions de personnes ont l’habitude de se mettre à table en regardant le journal télévisé. Ils assistent impuissants et indifférents au tableau de la misère du monde, de la sécheresse en Afrique et des inondations au Bangladesh. Ils sont mécontents quand on leur montre des images de blessés sur les champs de bataille au moment où ils ont leur rosbif dans l’assiette. Ils savent bien qu’ils n’y pourront rien changer, alors pourquoi se culpabiliser ? D’ailleurs, s’il y avait un Dieu, il n’y aurait pas tant de malheur sur terre. N’est-ce pas ?

C’est ainsi que les humains rassurent leurs consciences : « Est-ce notre faute, après tout, si le monde est comme il est ? » Avons-nous réfléchi, avant de nier son existence, que ce Dieu dont nous n’avons pas besoin a pu laisser à l’homme la liberté et la responsabilité de ses actes ? Il est tellement facile de dire : « Dieu n’existe pas, mais après tout, si le monde va aussi mal, c’est sa faute ! »

Voici une autre raison qui pousse les humains à cette indifférence artificielle : si Dieu existe, le jugement existe aussi. Mieux vaut donc considérer que Dieu n’existe pas, qu’il n’y a donc ni enfer ni paradis : « Quand on est mort, on est bien mort ! »

L’autruche qui enterre sa tête dans le sable ne voit plus le danger, mais ne l’élimine pas pour autant et la négation du jugement n’annihile pas sa réalité.

Et comme il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement.

Hébreux 9.27

Cherchez-vous des preuves que Dieu existe avant de prendre position ? La réponse dépend de vous. Si vous voulez vous cacher loin de lui, vous n’en trouverez pas. Mais si vous cherchez avec sincérité, vous en trouverez une à chaque pas.

Mon père était un chrétien à la marche sinueuse. Mais il avait fait une véritable expérience avec Dieu et avait trouvé la foi. À cause de cette foi souvent incertaine, il nous arrivait d’avoir des doutes quant à son salut. Lorsque par une nuit de juillet 1990, il nous quitta, son visage souriant nous a définitivement convaincus qu’il passait l’éternité auprès du Seigneur.

De cette multitude de spectateurs se détache une élite : les magistrats. C’est-à-dire : les « maîtres ».

C’étaient des gens qui avaient pris une place importante dans la société. De nos jours, on appelle magistrats ceux qui exercent la justice. Mais dans le texte grec, magistrats signifie les chefs, les dirigeants, les meneurs. Nous devons aussi comprendre : les chefs religieux.

Ce ne sont pas des idolâtres et des impies qui ont livré Jésus, mais des gens qui ne manquaient pas un service à la synagogue. Certains d’entre eux aimaient vraiment Dieu et croyaient lui rendre service, mais la plupart pratiquaient leur religion de façon formaliste et hypocrite. Ils ont été entraînés par des chefs jaloux. Ceux-ci haïssaient Jésus parce qu’il se proclamait Fils de Dieu. C’était la raison officielle. Mais ils le haïssaient surtout parce que son message avait autorité sur le peuple, celui-ci était accompagné de démonstrations de la puissance divine. Ils le haïssaient enfin parce qu’il fustigeait leur hypocrisie et leur manque d’amour, tant pour Dieu lui-même que pour leur prochain. « Ils disent mais ne font pas » (Matthieu 23.3). Je connais pour ma part un certain nombre de prêcheurs qui sont très sévères envers leurs ouailles et très indulgents envers eux-mêmes. Ce sont eux qui se moquent de Jésus encore aujourd’hui, et lui disent : « Qu’il se sauve lui-même ! » Eux n’ont pas besoin d’être sauvés, ils s’imaginent qu’ils sont justes et saints.

C’est ici que nous reconnaissons beaucoup de nos contemporains. « Pourquoi demanderais-je pardon à Dieu ? Je suis juste et bon. Je ne fais que du bien autour de moi. Pourquoi donc aurai-je besoin de Jésus ? En revanche, ma voisine de palier ferait bien d’aller de temps en temps à confesse. Regardez seulement la façon dont elle s’habille ! »

« Jésus a donné sa vie pour sauver les pécheurs, donc, il a été crucifié pour les autres, pas pour moi. D’ailleurs, je n’ai pas tué, je n’ai pas volé. Je ne suis pas pécheur. »

Que si !

Lorsque je faisais mon service militaire, vivant encore sans Dieu, je haïssais tellement un certain gradé que je m’étais dit : « Si jamais nous faisons la guerre ensemble, il y a des balles perdues qui ne le seront pas pour tout le monde ! »

La haine !

Quiconque hait son frère est un meurtrier, et vous savez qu’aucun meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui.

1 Jean 3.15

Ainsi donc, vous n’avez jamais péché contre Dieu, vous n’avez jamais haï votre prochain, jamais triché, jamais menti, jamais trompé votre femme ou votre mari ?

« Oh si ! Une toute petite fois, mais ce n’est pas un péché : tout le monde le fait ! »

Et ainsi, vous vous moquez de Jésus, ce fils unique que le Père vous a envoyé et a puni à votre place, et vous dites : « Qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu. »

Jésus-Christ ne perdait pas son précieux temps avec ceux qui pensaient n’avoir pas besoin de lui, mais ceux-là mêmes lui reprochaient ses compagnies douteuses.

Comme Jésus était à table dans la maison, voici, beaucoup de publicains et de gens de mauvaise vie vinrent se mettre à table avec lui et avec ses disciples. Les pharisiens virent cela, et ils dirent à ses disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? Ce que Jésus ayant entendu, il dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.

Matthieu 9.10/13

Et Jésus leur dit : Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu.

Matthieu 21.31b

Quant à ceux qui s’abritent derrière le fait d’aller plus ou moins régulièrement à l’église pour s’attirer les faveurs de Dieu. Jésus les met solennellement en garde :

Ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur ! n’entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Matthieu 7.21

Environs mille ans avant cet événement, le roi David, qui avait eu une vision de la crucifixion de Jésus, prophétisait ce détail :

Ils mettent du fiel dans ma nourriture, et, pour apaiser ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre.

Psaume 69.21

Après cela, Jésus, qui savait que tout était déjà consommé, dit, afin que l’Écriture fût accomplie : J’ai soif. Il y avait là un vase plein de vinaigre. Les soldats en remplirent une éponge, et, l’ayant fixée à une branche d’hysope, ils l’approchèrent de sa bouche. Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.

Jean 19.28/30

Ces soldats, qui avaient été consignés pour assurer l’ordre durant l’exécution, semblent avoir pris position. Ils avaient entendu le cri de détresse de Jésus : « J’ai soif ». À ce cri de détresse, ils répondent par la cruauté. Ils choisissent ainsi de peiner Dieu et y prennent plaisir.

Nous avons parlé des indifférents, de cette foule qui regardait sans réagir. Eux au moins, pensez-vous, ont choisi la neutralité. Que Jésus soit le fils de Dieu ou non, qu’est-ce que cela change, après tout ?

Pendant la guerre de Sécession, un fermier qui habitait tout près de la ligne de front avait décidé de ne pas choisir son camp. Il ne prenait pas position. Tout ce qu’il voulait, c’était qu’on le laisse tranquille. Tout comme la chauve-souris de la fable, il choisit la voie de l’opportunisme. « Je vais porter la veste d’uniforme sudiste et le pantalon d’uniforme nordiste, décida-t-il, ainsi, les uns comme les autres croiront que je suis dans leur camp, et j’aurais la paix. »

Ce fut un très mauvais calcul : chacun des belligérants reconnut la moitié d’uniforme ennemi, et il dut essuyer le feu du Nord et celui du Sud.

Nous faisons également un mauvais calcul en nous désintéressant des affaires de Dieu :

« Laissez-nous tranquilles avec vos histoires, chacun est libre de croire ce qu’il veut ! »

Soit !

Lisons ceci :

Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse.

Matthieu 12.30

Si vous n’êtes pas dans le camp de Jésus, neutralité ou pas, vous êtes dans le camp de ses ennemis, c’est lui-même qui l’affirme.

Nombreux sont ceux qui tendent à Jésus l’éponge gorgée de vinaigre. Les chutes du Niagara ont l’aspect d’un robinet de cuisine en comparaison des flots d’encre déversés pour prouver que Jésus était un imposteur et la Bible un mensonge. Que d’énergie déployée, que de capitaux dépensés pour combattre un Dieu qui n’existe pas !

Le régime soviétique avait tout mis en œuvre pour détruire le christianisme. Il a employé la violence, mais aussi la dérision. Ainsi, dans le but de ridiculiser l’Évangile, Khrouchtchev avait fait monter une pièce de théâtre grossière, intitulée « Christ en frac ». Un jeune comédien au talent très prometteur avait été choisi pour jouer le rôle de Jésus. Il devait entrer en scène, dire « Heureux les pauvres d’esprit, car le royaume des cieux leur appartient » et enchaîner avec quelques lourdes plaisanteries. Mais au moment fixé, la puissance de Dieu s’empara de lui et, au lieu du texte prévu par l’auteur, il déclama tout le « Sermon sur la Montagne ». Le public n’en croyait pas ses oreilles. Quant au jeune premier, je suppose que sa carrière théâtrale s’en est trouvée compromise.

Pourquoi ce tumulte parmi les nations, ces vaines pensées parmi les peuples ? Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils et les princes se liguent-ils avec eux contre l’Éternel et contre son oint ? – Brisons leurs liens, Délivrons-nous de leurs chaînes ! – Celui qui siège dans les cieux rit, Le Seigneur se moque d’eux.

Psaume 2.1/4

Attachons-nous maintenant aux deux malfaiteurs qui, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche, subissaient le même supplice que Jésus : le premier l’injuriait, l’autre reprenait son comparse, disant : ne crains-tu pas Dieu ?

Le premier brigand est l’exemple même de l’homme qui n’a plus rien à perdre. Il a déjà tout perdu, pour lui, la vie est jouée. Il a perdu devant les hommes qui l’ont appréhendé, jugé et condamné. Il a perdu devant Dieu qui n’a vraiment aucune raison de vouloir de lui en compagnie des élus. Voilà un avenir bien noir entrouvert devant lui : la croix, la mort, l’enfer.

Aussi pense-t-il avoir de bonnes raisons de haïr Jésus qui n’a rien fait pour lui, et qui semble d’ailleurs incapable de faire quelque chose pour lui-même ; « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et sauve-nous ! »

« Dieu ne m’a pas fait de cadeau. » – m’a dit un jour quelqu’un. Il est curieux de constater qu’il est toujours responsable de nos malheurs. Est-ce que lui qui a ordonné à cet homme de se faire bandit ?

Ce bandit, justement, ne comprenait pas qu’au moment même où il prononçait ces mots : « Sauve-nous ! » Jésus était en train de le sauver par ses souffrances !

Tout comme lui, beaucoup d’hommes estiment ne rien devoir espérer de l’avenir à cause de leur passé.

« Supposons que Dieu existe, admettons, à la rigueur que Jésus soit son Fils. Cela ne change rien pour moi. J’ai tout fait pour lui déplaire. Quand je serai mort, tout sera fini pour moi. S’il y a un jugement, j’irai en enfer. Point barre ! »

Ainsi, tant de personnes, ignorant que Dieu pardonne au pécheur, ont décidé de jouir égoïstement de la vie, pendant qu’il en est temps.

Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain nous mourrons.

1 Corinthiens 15.32b

Si l’on pouvait prédire avec exactitude la date de la fin du monde, par exemple, le 15 avril de telle année, imaginez la foule qui s’entasserait dans les restaurants, le 14 avril de cette même année, pour ne citer que ces lieux-là !

Ce mauvais brigand est pourtant plus proche du salut qu’il ne le pense. Plus proche en tout cas que les religieux bien pensants, tellement vertueux qu’ils n’ont pas besoin d’un sauveur.

« Sauve-nous ! »

Il reconnaît ainsi qu’il a besoin d’être sauvé. Donc, il sait qu’il est pécheur.

Sans le savoir, ce bandit crucifié a fait un premier pas vers le salut. Malheureusement pour lui, il n’a pas franchi le pas décisif qui consistait à accepter Jésus comme le sauveur, qui seul pouvait lui accorder le pardon pour ses péchés. Il va rater de très peu le train de la vie éternelle.

Le deuxième brigand est-il moins coupable que l’autre ? Nullement. Il le reconnaît lui-même.

Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes.

Jésus est-il plus coupable que lui ? Sa conscience, soudain réveillée, lui rappelle :

Mais celui-ci n’a rien fait de mal !

Cet homme réalise enfin la gravité de son crime et l’innocence de Jésus. Quelle audace de s’adresser ainsi au Seigneur :

Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne.

J’entends déjà rouspéter nos chrétiens bien nés et bien pensants.

« Tout de même, ce n’est pas juste ! Cet homme n’a jamais été chrétien, il n’a pas même été baptisé. Il a mené une vie de patachon, jamais une bonne œuvre : rien ! Et Jésus lui ouvre les portes du paradis, sans aucune condition ! Moi, je trouve que sept ou huit cents ans de purgatoire lui auraient fait le plus grand bien ! »

Mais la parole de Dieu ne parle pas d’un tel lieu. Il n’y a que deux possibilités : le paradis ou l’enfer. Et Jésus a dit à ce brigand crucifié :

Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.

Tannhäuser, poète allemand du treizième siècle, avait choisi dans son cœur de revenir à Dieu, après avoir mené sa vie dans la débauche.

Il pria les autorités religieuses de lui indiquer la marche à suivre pour obtenir le pardon divin. Ils lui firent cette réponse :

Il n’y a qu’une solution si tu veux être sauvé. Tu dois aller à Rome confesser tes péchés au pape. S’il te pardonne, Dieu te pardonnera aussi.

Rempli d’espoir, Tannhäuser entreprit un long et pénible pèlerinage ; marchant pieds nus, marchant à genoux, marchant sous la pluie, marchant sous la neige. Il arriva enfin à la résidence pontificale.

Hélas, la réponse du pape fut celle-ci :

« De même que ma crosse ne peut pas fleurir, tu ne pourras pas être pardonné. »

Mais le jour où Tannhäuser mourut, le bois dans lequel avait été sculptée la crosse pontificale reprit vie et il y poussa des feuilles et des fleurs.

L’imagination populaire a probablement ajouté des enluminures à un fait réel. Et Richard Wagner avait de la foi et du salut une conception très personnelle et inconciliable avec l’Évangile.

Mais quoi qu’il en soit, cette histoire nous montre à quel point la pensée de l’homme, même religieux, est dépassée par celle de Dieu qui hait et punit le péché, mais aime le pécheur.

Cette haine du péché et cet amour du pécheur, il l’a prouvé à travers le sacrifice, sur la croix de son Fils unique, Jésus.

Il épargne le pécheur, qu’il aime, en chargeant Jésus, ce vendredi après-midi, de tous les péchés de l’humanité.

Il punit le péché, qu’il hait, en livrant son fils, ainsi chargé de nos offenses, à la haine des hommes qui le clouent sur la croix.

Aujourd’hui, mon ami, mon amie, tu es dans la même situation que ces deux bandits crucifiés. Aux yeux du Créateur, toi et moi ne sommes rien d’autre que des bandits condamnés à mort. Mais tu as une occasion unique de te réconcilier avec lui, comme je l’ai fait moi-même ; que vas-tu lui dire maintenant ?

Accepte dès aujourd’hui cette main percée qu’il te tend. Accepte-le comme ton sauveur, comme ton ami. Comme celui qui t’a aimé au point de mourir pour toi.

Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ; et ils sont gratuitement justifiés par sa grâce, par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ.

Romains 3.23/24

Un centurion bouleversé

Les principaux sacrificateurs, avec les scribes et les anciens, se moquaient aussi de lui, et disaient : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même ! S’il est roi d’Israël, qu’il descende de la croix, et nous croirons en lui. Il s’est confié en Dieu ; que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime. Car il a dit : Je suis Fils de Dieu. Les brigands, crucifiés avec lui, l’insultaient de la même manière. Depuis la sixième heure jusqu’à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre. Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Éli, Éli, lama sabachthani ? C’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, dirent : Il appelle Élie. Et aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge, qu’il remplit de vinaigre, et, l’ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire. Mais les autres disaient : Laisse, voyons si Élie viendra le sauver. Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l’esprit. Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres s’ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent. Étant sortis des sépulcres, après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la ville sainte, et apparurent à un grand nombre de personnes. Le centenier et ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus, ayant vu le tremblement de terre et ce qui venait d’arriver, furent saisis d’une grande frayeur, et dirent : Assurément, cet homme était Fils de Dieu.

Matthieu 27.41/54

Lors de notre précédent rendez-vous à Golgotha, nous avons été témoins de la crucifixion de Jésus du point de vue d’un cercle de participants de plus en plus restreint et de plus proche du Messie agonisant.

J’aimerais vous donner un second rendez-vous, au même lieu, quelques minutes après que Jésus se soit écrié : « Tout est accompli. » (Jean 19:30) et vous placer dans la peau d’un autre personnage, spectateur malgré lui de cette exécution mémorable. Il s’agit d’un militaire de carrière, un centenier, ou si vous préférez, un centurion. Comme son nom l’indique, il commande une troupe de cent hommes.

Les moqueurs ne plaisantaient plus, les rieurs ne riaient plus. Cette foule si fière était maintenant effrayée. Elle se rendait compte qu’il faisait déjà nuit depuis trois heures de l’après-midi. Ce n’est tout de même pas normal !

Ils avaient moins encore envie de rire quand, au moment crucial, les éclairs déchirèrent le ciel, les rochers se fendirent et la terre se mit à trembler.

Les religieux qui officiaient dans le temple, n’étaient pas plus rassurés quand ils entendirent un grand craquement, et levant les yeux vers le voile sacré, le virent se déchirer depuis le haut jusqu’en bas comme une simple feuille de papier : déchiré par la main de Dieu.

Quant à notre centurion et à ses légionnaires, ils n’oublieront jamais de leur vie ce fameux jour où ils se sont écriés : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu. »

Ce centenier en terre d’occupation romaine était donc chargé de faire respecter l’autorité impériale. La Palestine est certainement le dernier endroit où il aurait aimé aller. On dit que bien souvent dans l’armée, il faut demander le contraire de ce qu’on veut pour obtenir satisfaction : 

« Je m’appelle Escatefigue et je voudrais être affecté dans le nord.

– Moi, je m’appelle Le Rouzic, et je voudrais faire mon régiment à Strasbourg ».

Pour lui ce fut le Pays de Judée.

« Quelle contrée ennuyeuse ! Si loin de Rome et de ses plaisirs ! »

Il ne se doutait vraiment pas que Dieu avait organisé sa mobilisation, son affectation et les détails de son emploi du temps, en vue de l’expérience merveilleuse qu’il allait vivre.

Le gouverneur Ponce Pilate, bien qu’il ne fût pas convaincu de la culpabilité de Jésus, l’a cependant laissé condamner.

« Faites une croix sur votre permission de fin de semaine, Centurion, mes trois prisonniers vont être crucifiés, vous en avez la garde jusqu’à nouvel ordre. »

« Il ne manquait plus que ça ! Et moi qui voulais retrouver ma fiancée vendredi ! Engagez-vous ! Rengagez-vous ! Qu’ils disaient ! »

La vie militaire, en général, n’adoucit pas le caractère de l’homme. Dans l’armée romaine, en particulier, les légionnaires n’étaient pas enclins à la tendresse. Chacun avait été soumis à un programme d’endurcissement intensif. En Beauce, on dit : « Il sourit seulement quand il se brûle ». Mais chez les Romains, on pouvait prendre cette expression au premier niveau, tant ils étaient éduqués à résister à la douleur. La plupart de ces hommes de guerre étaient ainsi devenus des soudards sans culture et sans état d’âme. Secouez-leur la tête, et vous entendez les boulons qui s’entrechoquent à l’intérieur.

Le monde civilisé dans lequel nous vivons nous rappelle bien l’état d’esprit de ces soldats, le monde est devenu égoïste et insensible. Plus personne de nos jours ne s’émeut plus pour quoi que ce soit. Les producteurs de cinéma doivent faire preuve de plus en plus d’imagination pour faire peur à leur public. Au temps de nos grands-mères, il leur suffisait de mettre un drap de lit sur la tête d’un acteur et de lui faire faire le fantôme. Aujourd’hui, nous sommes surpris de découvrir qu’il y a tant d’hectolitres d’hémoglobine dans un seul être humain !

Le monde est insensible et indolent parce qu’il est dominé par le péché.

J’en vois déjà qui sourient. Les autres d’accord, mais pas moi ! Je ne fais que du bien !

Dans une de ces fables, Jean de la Fontaine se représente chaque homme comme portant une besace, une sorte de sac à dos avec une poche devant et une poche derrière. Celle de devant pour les fautes d’autrui, celle de derrière pour les nôtres.

Personne n’échappe à cette règle ; ni lui, ni vous, ni moi :

Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.

Romains 3.23

Quant à notre centenier, nous allons maintenant le suivre là où il ira, accompagnant Jésus jusqu’à sa mort.

Jésus a d’abord été jugé. Un bien étrange procès en vérité. Un de ces procès dont le verdict était déjà établi à l’avance. Il fallait qu’il soit coupable. La pression des pontifes était si forte que l’autorité romaine elle-même ne pouvait que céder.

Pilate, qui avait le pouvoir de défendre et d’acquitter Jésus, s’est montré bien pusillanime. Lisons plutôt :

Pilate rentra dans le prétoire, appela Jésus, et lui dit : Es-tu le roi des Juifs ? Jésus répondit : Est-ce de toi-même que tu dis cela, ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? Pilate répondit : Moi, suis-je Juif ? Ta nation et les principaux sacrificateurs t’ont livré à moi : qu’as-tu fait ? Mon royaume n’est pas de ce monde, répondit Jésus. Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux Juifs ; mais maintenant mon royaume n’est point d’ici-bas. Pilate lui dit : Tu es donc roi ? Jésus répondit : Tu le dis, je suis roi. Je suis né et je suis venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix. Pilate lui dit : Qu’est-ce que la vérité ? Après avoir dit cela, il sortit de nouveau pour aller vers les Juifs, et il leur dit : Je ne trouve aucun crime en lui. Mais, comme c’est parmi vous une coutume que je vous relâche quelqu’un à la fête de Pâque, voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? Alors de nouveau tous s’écrièrent : Non pas lui, mais Barabbas. Or, Barabbas était un brigand.

Jean 18.33/40

Les principaux sacrificateurs et les anciens persuadèrent à la foule de demander Barabbas, et de faire périr Jésus. Le gouverneur, prenant la parole, leur dit : Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? Ils répondirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qu’on appelle Christ ? Tous répondirent : Qu’il soit crucifié ! Le gouverneur dit : Mais quel mal a-t-il fait ? Et ils crièrent encore plus fort : Qu’il soit crucifié ! Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que le tumulte augmentait, prit de l’eau, se lava les mains en présence de la foule, et dit : Je suis innocent du sang de ce juste. Cela vous regarde.

Matthieu 27.20/24

Si lui-même, le grand patron, se lavait les mains de cette affaire, à combien plus forte raison la soldatesque n’en avait cure.

Toi aussi, comme eux, as-tu grossi le rang des indifférents ?

« Voilà vingt siècles que cela s’est produit. Vous n’allez tout de même pas me dire que c’est ma faute ! Je n’y suis pour rien ! »

Barabbas, le meurtrier, est donc aussitôt jugé innocent, tandis que Jésus, le juste est jugé coupable. Le voilà donc condamné à être crucifié.

En attendant son exécution, il est remis entre les mains de la cohorte romaine. Bien qu’ils soient totalement étrangers aux passions religieuses des sacrificateurs hébreux, ces soudards ont trouvé dans ce divin prisonnier une excellente occasion de s’amuser. Pendant toute la nuit, ils vont pouvoir se défouler. C’est qu’on ne rit pas toujours, dans la légion !

Alors Pilate leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait battre de verges Jésus, il le livra pour être crucifié. Les soldats du gouverneur conduisirent Jésus dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte. Ils lui ôtèrent ses vêtements, et le couvrirent d’un manteau écarlate. Ils tressèrent une couronne d’épines, qu’ils posèrent sur sa tête, et ils lui mirent un roseau dans la main droite ; puis, s’agenouillant devant lui, ils le raillaient, en disant : Salut, roi des Juifs ! Et ils crachaient contre lui, prenaient le roseau, et frappaient sur sa tête. Après s’être ainsi moqués de lui, ils lui ôtèrent le manteau, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier.

Matthieu 27.26/31

Voici maintenant Jésus, celui que la Bible appelle Roi des rois et Seigneur des seigneurs, contraint à se livrer à cette parodie grotesque ; revêtu de ce manteau et portant ce roseau dans la main, il subit les moqueries et les insultes de ces brutes. Croyez bien que Jésus aurait pu, par la puissance divine, faire cesser les rires en faisant tomber du ciel un feu qui les aurait tous grillés vifs. Mais ce ne sont pas les façons d’agir du Dieu d’amour. Jésus s’incline, il se laisse humilier par des païens.

Qu’aurais-tu fait, si tu avais été parmi eux ? Aurais-tu seulement eu un peu de pitié pour cet homme bafoué, ou bien es-tu encore aujourd’hui parmi les moqueurs ?

Jésus n’a pas seulement subi la dérision. Il a aussi subi des outrages physiques, comme si la perspective des souffrances de la croix ne lui suffisait pas ! Les Romains faisaient preuve d’une grande cruauté lorsqu’ils flagellaient leurs victimes. Au cuir du fouet étaient mêlés des morceaux de fer qui déchiraient la chair. Quant à cette couronne d’épines, pour celui qui aurait dû porter une couronne d’or, elle s’enfonçait profondément dans son front et dans ses tempes.

Fallait-il qu’ils haïssent le Seigneur pour le traiter ainsi ! Lui qui pourtant avait dit :

Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.

Jean 13.34

Depuis la mort du Seigneur, des millions de chrétiens ont été martyrisés, torturés, battus à mort, emprisonnés, dévorés par des fauves, brûlés vifs, décapités. Ainsi André fut crucifié sur une croix en X (une croix de Saint-André). Pierre fut crucifié tête en bas. Laurent fut brûlé à petit feu sur un gril. Jérôme Savonarole fut pendu, et sa dépouille fut brûlée sur la place publique. Maire Durand, emprisonnée à 19 ans à la tour d’Aigues-Mortes, y demeura 38 ans captive. Au vingtième siècle, dans la Russie stalinienne, dans l’Allemagne hitlérienne, dans la Chine maoïste, dans les pays communistes et encore aujourd’hui, dans beaucoup de pays musulmans, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants payent de leur vie leur amour pour Jésus-Christ.

Nous vivons dans un monde qui hait Jésus. Il ne le tourne pas seulement en dérision ; il le hait.

Mais cela est arrivé afin que s’accomplît la parole qui est écrite dans leur loi : Ils m’ont haï sans cause.

Jean 15.25

Peut-être es-tu de ses ennemis jurés.

Si toutefois tu as choisi de ne pas t’en mêler, Jésus affirme lui-même à ton sujet que tu es de ses ennemis déclarés :

Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse.

Luc 11.23

Le centenier, à la tête de ses hommes, n’a rien perdu de cette pénible scène. Quel rôle y a-t-il joué ? Quelle a été sa réaction devant ce lamentable spectacle ? L’Évangile ne nous le dit pas. Une chose est certaine : il se trouvait au cœur de la tourmente.

L’heure est venue. Encadré de la garde romaine, Jésus quitte le palais du gouverneur et se met en marche vers la sinistre colline de Golgotha. Il traîne sur ses épaules une solide croix de chêne. Elle est lourde, cette croix, elle est déjà chargée du poids de mon péché, de ton péché aussi. Jésus va la traîner péniblement sur l’interminable sentier. Finalement, épuisé par la flagellation et tous les mauvais traitements qu’il a déjà subis, Jésus s’effondre. Le centurion choisit au hasard dans la foule un étranger, venu de Cyrène[2], un nommé Simon, et lui fait porter la croix jusqu’au lieu du supplice. Les trois condamnés sont maintenant cloués sur la croix. Le lourd marteau enfonce les clous dans leurs poignets et dans leurs pieds. Le centenier demeure insensible quand ils hurlent leur souffrance. Il a l’habitude d’entendre des cris sur les champs de bataille. Mais il remarque que même, dans l’intense douleur, le Fils de l’homme a quelque chose de différent. A-t-il réalisé que ses souffrances mêmes ont une autre signification que celles des deux brigands ?

Qui a cru à ce qui nous était annoncé ? Qui a reconnu le bras de l’Éternel ? Il s’est élevé devant lui comme une faible plante, Comme un rejeton qui sort d’une terre desséchée ; Il n’avait ni beauté, ni éclat pour attirer nos regards, Et son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé et abandonné des hommes, Homme de douleur et habitué à la souffrance, Semblable à celui dont on détourne le visage, Nous l’avons dédaigné, nous n’avons fait de lui aucun cas. Cependant, ce sont nos souffrances qu’il a portées, C’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; Et nous l’avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. Mais il était blessé pour nos péchés, Brisé pour nos iniquités ; Le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, Chacun suivait sa propre voie ; Et l’Éternel a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. Il a été maltraité et opprimé, Et il n’a point ouvert la bouche, Semblable à un agneau qu’on mène à la boucherie, A une brebis muette devant ceux qui la tondent ; Il n’a point ouvert la bouche.

Esaïe 53.1/7

Les trois croix sont maintenant dressées en plein soleil. La chaleur est terrible, la soif est si intense que la langue des condamnés se colle à leur palais. Près de mille ans avant ces événements, dans un cantique prophétique, le roi David décrivait ainsi les tourments du maître :

Je suis comme de l’eau qui s’écoule, Et tous mes os se séparent ; Mon cœur est comme de la cire, Il se fond dans mes entrailles. Ma force se dessèche comme l’argile, Et ma langue s’attache à mon palais ; Tu me réduis à la poussière de la mort. Car des chiens m’environnent, Une bande de scélérats rôdent autour de moi, Ils ont percé mes mains et mes pieds. Je pourrais compter tous mes os. Eux, ils observent, ils me regardent ; Ils se partagent mes vêtements, Ils tirent au sort ma tunique.

Psaume 22.14/18

David n’avait pas parlé en vain, à l’heure même où se jouait devant eux, au prix de quelle effusion de sang, le salut de l’humanité entière, quelques soudards impassibles se disputaient au jeu de hasard le modeste vêtement du Sauveur. Quelle dérision !

Le centenier n’a rien perdu des insultes du peuple, de la bourgeoisie, des religieux et d’un des brigands même. Il n’a rien perdu de leurs moqueries :

Les passants l’injuriaient, et secouaient la tête, en disant : Hé ! Toi qui détruis le temple, et qui le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, en descendant de la croix !

Marc 15.29/30

Il écoute avec un grand étonnement la merveilleuse promesse faite au malfaiteur qui demande grâce.

Jésus lui répondit : Je te le dis en vérité, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.

Luc 23.43

C’est incroyable ! Le Dieu des Judéens peut-il vraiment pardonner à un tel homme ? Le ferait-il pour moi aussi, si j’osais le lui demander ?

Mais voilà que l’atmosphère s’appesantit. Le lourd soleil perd son éclat, le ciel s’assombrit. Il fait nuit ! Celui qui a dit « Je suis la lumière du monde » agonise sur la croix et la lumière disparaît. Jésus se meurt, le « Prince des ténèbres » semble avoir gagné la guerre. Les ténèbres s’installent sur la terre.

Angoisse. Trois heures s’écoulent. On n’entend plus un bruit.

Un cri de Jésus va brusquement briser ce silence :

« Éli ! Éli ! Lama sabachthani ! »

Simple parenthèse : l’araméen était la langue maternelle de Jésus, c’était la langue du peuple. À cette époque, l’hébreu était uniquement parlé par les prêtres et les érudits, un peu comme le latin aujourd’hui.

Mais le peuple était tellement abasourdi qu’il n’entendait plus sa propre langue et croyait que Jésus appelait à son secours le prophète Élie.

En réalité Jésus, comme David autrefois, s’écriait :

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ?

Psaume 22.1

Personne n’a compris le message salvateur contenu dans ce cri.

Personne ne s’est demandé comment Dieu, si Jésus était vraiment son fils, avait-il pu l’abandonner en ce moment où il avait tant besoin de son soutien.

Vous êtes-vous déjà posé la question ?

Voici la réponse :

Dieu ne peut pas tolérer le péché qui est une insulte à sa divinité. Pourtant, il aime l’homme, si pécheur qu’il soit. Pour libérer l’homme de la rébellion qui l’habite, il n’a trouvé qu’une seule solution : envoyer sur terre son fils unique et totalement étranger au péché pour subir lui-même notre condamnation. À ce moment-là, sur la croix, Jésus le fils de Dieu se charge de toutes nos fautes, afin que, si nous l’acceptons en tant que sauveur, Dieu puisse nous pardonner. Quand un homme vit dans la désobéissance, il n’a pas de relation avec Dieu. À cet instant où Jésus est condamné pour mon péché, Dieu se sépare de lui.

Jésus a maintenant versé sa dernière goutte de sang. Avant de rendre l’Esprit, il pousse un dernier cri :

Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.

Jean 19.30

Au même instant, les lévites en service dans le Temple furent surpris par un grand bruit.

« Que se passe-t-il ? »

Ils accourent :

« Comment cela a-t-il pu se produire ? »

Le voile du Temple a été déchiré, non pas de bas en haut comme par une main humaine, mais de haut en bas : par la main de Dieu.

Cet épais rideau symbolisait la séparation qui existait entre l’homme impur et le Dieu saint. Par la mort de Christ, cette séparation a été ôtée.

Il n’y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ.

Romains 8.1

Dans la ville et dans les campagnes, on pense déjà à la fin du monde : la terre tremble, les rochers se fendent. Dieu démontre sa puissance.

Enfin, dans les sépulcres, les pierres funéraires glissent et roulent. Des hommes et des femmes se redressent et sortent vivants du tombeau. Et il fait toujours nuit. Il y a de quoi être effrayé. Pourtant, tous les morts ne se réveillent pas, mais seulement les « saints », c’est-à-dire, ceux qui, avant leur mort, ont accueilli Jésus dans leurs cœurs. Les voilà dans la ville, les voilà dans la rue. Ce ne sont pas des fantômes ni des « zombies », ils sont réellement ressuscités par la puissance de Dieu. Ce miracle nous rappelle qu’à nous aussi, si nous acceptons que Jésus vienne transformer notre vie, il a promis de vivre éternellement. La mort n’aura plus de pouvoir sur nous.

Tout le peuple est impressionné à la vue de ces miracles. Beaucoup ont peur, parce que leur cœur est chargé de haine contre Dieu, mais ce centenier est bouleversé. Lui qui était venu indifférent à son message, lui qui s’était moqué de sa royauté, lui qui s’était même réjoui de ses souffrances, le voilà qui pleure comme un enfant et s’écrie :

« Assurément, cet homme était Fils de Dieu. »

Tout comme ses soldats, il a compris la signification de cette croix où mourait le Seigneur. La croix du calvaire devenait pour Satan la croix de la défaite, pour Jésus la croix du triomphe, et pour les pécheurs que nous sommes, la croix du salut.

Car, lorsque nous étions encore sans force, Christ, au temps marqué, est mort pour des impies. À peine mourrait-on pour un juste ; quelqu’un peut-être mourrait-il pour un homme de bien. Mais Dieu prouve son amour envers nous, en ce que, lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous.

Romains 5.6/8

À toi aussi je voudrais poser cette question :

Crois-tu que cet homme est vraiment le fils de Dieu ? As-tu compris que c’est pour toi qu’il est mort ? L’as-tu accepté comme sauveur ?

J’aimerais, pour conclure, laisser sur votre cœur le texte de ce vieux cantique oublié :

Viens, mon âme et contemple

Un objet sans exemple :

Le Dieu Sauveur en croix.

On le frappe, on l’outrage,

On lui crache au visage :

Il expire enfin sur le bois.

C’est moi que la justice

Condamnait au supplice,

Moi qui devais mourir.

Les tourments les blessures,

Les coups, les meurtrissures,

C’est moi qui devais les souffrir.

Tu te mets à ma place

Et ta croix change en grâce

Ma condamnation.

Sur ta tête sacrée,

D’épines couronnée,

Tu portas ma confusion.

Je te suis redevable,

Mon Sauveur adorable,

De tout ce que je suis.

Mon âme et tout mon être,

À toi seul je veux être :

C’est le droit que tu t’es acquis.

P. Gerhardt


  1. [1] « Golgotha » : ainsi appelé à cause de deux cavernes sur son flanc qui rappellent deux orbites.

[2] Actuelle Tripoli, Libye.