13 - Hérode et Jean-Baptiste

Le roi Hérode entendit parler de Jésus, dont le nom était devenu célèbre, et il dit : « Jean Baptiste est ressuscité des morts, et c’est pour cela qu’il se fait par lui des miracles ». D’autres disaient : « C’est Élie ». Et d’autres disaient : « C’est un prophète comme l’un des prophètes ». Mais Hérode, en apprenant cela, disait : « Ce Jean que j’ai fait décapiter, c’est lui qui est ressuscité ». Car Hérode lui-même avait fait arrêter Jean, et l’avait fait lier en prison, à cause d’Hérodias, femme de Philippe, son frère, parce qu’il l’avait épousée, et que Jean lui disait : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère. » Hérodias était irritée contre Jean, et voulait le faire mourir. Mais elle ne le pouvait ; car Hérode craignait Jean, le connaissant pour un homme juste et saint ; il le protégeait, et, après l’avoir entendu, il était souvent perplexe, et l’écoutait avec plaisir. Cependant, un jour propice arriva, lorsque Hérode, à l’anniversaire de sa naissance, donna un festin à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée. La fille d’Hérodias entra dans la salle ; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. » Il ajouta avec serment : « Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. » Étant sortie, elle dit à sa mère : « Que demanderais-je ? » Et sa mère répondit : « La tête de Jean-Baptiste. » Elle s’empressa de rentrer aussitôt vers le roi, et lui fit cette demande : « Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste. » Le roi fut attristé ; mais, à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas refuser. Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d’apporter la tête de Jean-Baptiste. Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Les disciples de Jean, ayant appris cela, vinrent prendre son corps, et le mirent dans un sépulcre.

Marc 6.14/29

J’aimerais, à travers ce texte, mettre en évidence deux catégories de personnages, mais surtout deux catégories d’attitudes et de mentalités : d’une part celle de Jean-Baptiste, l’homme de Dieu qui perdit la vie par amour de la vérité ; d’autre part, celle d’Hérode, qui perdit son âme par amour des femmes. Hérode et son entourage, dont la vie est guidée par l’égoïsme, sont prêts à toutes les trahisons pour avoir les premières places. Ce sont des opportunistes.

L’opportunisme fait partie de la vie quotidienne. Vous connaissez sans doute des opportunistes dans votre famille. Ceux-ci n’hésiteront pas à vous poignarder dans le dos pour remporter votre part d’héritage. Vous les rencontrez tous les jours dans votre travail : ils veulent prouver qu’ils sont les meilleurs en faisant passer leurs collègues pour des incompétents.

Les opportunistes, carriéristes et arrivistes de tout poil sont présents partout ; cette sinistre mentalité mondaine n’est-elle pas aussi présente, quelquefois, dans le peuple de Dieu ?

Hérode est un très bel exemple d’opportuniste. Au fait ! Quel Hérode ?

Il s’agit ici d’Hérode Antipas, l’un des fils d’Hérode le Grand, de triste mémoire, frère d’Archélaüs, son successeur. Ces deux rois sont mentionnés en Matthieu 2.22.

Hérode Antipas était Tétrarque de Galilée. Il épousa la fille d’Arètas, roi d’Arabie, puis il la répudia pour épouser sa nièce Hérodias, ou Hérodiade.

À l’occasion de son anniversaire, il donna de grandioses réjouissances au cours desquelles, non content d’avoir pris la femme de son frère, il s’éprit de la fille de celle-ci : le coup de foudre !

Hérode craignait Jean : le verset 20 nous informe qu’il reconnaissait en lui un vénérable serviteur de Dieu, un prophète, et comme il était d’usage, pour un monarque, de s’entourer des meilleurs poètes, comédiens, penseurs et philosophes du royaume, il avait certainement accueilli Jean-Baptiste à ce titre. Il le reconnaissait comme un homme juste et saint, réalisant sans aucun doute que ces deux vertus ne proliféraient pas dans son palais. Il reconnaissait aussi la différence évidente entre les paroles de ce prophète et le verbiage insipide des philosophes de la cour. Il savait aussi opposer à la flatterie intéressée des courtisans la franchise de Jean-Baptiste. Il avait compris toutes ces choses, mais il lui manquait le courage de prendre position.

Jean lui disait des choses qu’aucun de ses barons n’aurait osé lui dire : que tout roi qu’il était, c’était un pécheur, et que la colère de Dieu s’abattrait sur lui s’il ne se repentait pas. Hérode était secoué quand le prophète lui parlait avec une telle assurance de Dieu et de sa justice. Il l’écoutait même avec plaisir : « Ça c’est un homme qui a des tripes au ventre, pour parler ainsi ! » Malheureusement pour lui, toute l’homilétique de Jean-Baptiste n’était qu’une belle musique. Malgré ses appels répétés, il ne s’engageait pas pour Dieu. De quoi aurait-il l’air, devant ses courtisans, et devant Hérodias, s’il confessait ses péchés ?

Après avoir prononcé ces paroles insensées, au verset 26, nous le voyons tout triste de devoir faire décapiter l’homme de Dieu, car il savait que le peuple avait reconnu en lui un grand prophète et craignait que sa cote royale ne baisse dans les sondages.

Il pouvait, en tant que roi, sauver ou retirer la vie, mais il ne pouvait écouter son cœur, après avoir prêté serment, dans un élan amoureux et, n’en doutons pas, sous l’emprise de la boisson : un tel parjure aurait porté préjudice à sa carrière politique. Il choisit donc de sacrifier Jean-Baptiste.

Hérodias est la fille d’Aristobule, fils d’Hérode le grand, donc frère d’Hérode Antipas. Outre Archélaüs, Hérode Antipas avait deux autres frères : Hérode Philippe dit le Béotien, et Hérode Philippe le Tétrarque, mentionné en Luc 3.1.

Hérodias épousa en première noce son oncle Philippe le Béotien nommé au verset 17, mais celui-ci étant tombé en disgrâce, elle comprit que si elle restait avec son mari, elle pouvait tirer un trait sur les bijoux, les manteaux de fourrure et les grandes soirées mondaines. Elle le quitta donc pour épouser Hérode Antipas, qui avait su si bien tirer parti de la situation et qui était seul en mesure de lui assurer la promotion sociale tant désirée.

Comme vous pouvez le constater, dans la famille Hérode, tout est extrêmement simple. Que ceux qui n’ont pas compris lèvent le doigt !

Contrairement à son second mari, elle ne prenait aucun plaisir à écouter Jean-Baptiste. Elle trouvait ses sermons moralisateurs et ennuyeux. Elle ne tolérait surtout pas qu’un prédicateur lui donne des leçons sur sa conduite et, quand Jean-Baptiste a osé dire qu’Hérode n’avait pas le droit d’épouser la femme de son frère, la coupe a débordé, elle n’a pas digéré le compliment et a décidé de se venger.

Mais comment faire, puisque son mari tenait tellement à le protéger ? Elle trouva une solution quand Hérode s’éprit soudainement de sa fille.

Le Nouveau-Testament ne dévoile pas le nom de cette fatale créature, mais nous savons par d’autres sources qu’elle se nommait Salomé.

Salomé dansa.

N’essayez surtout pas de l’imaginer en petit rat de l’Opéra, moulée dans un tutu et chaussée de ballerines. Ne vous la représentez pas non plus en danseuse de tango argentin. Vous pensez plutôt à la lambada ? Vous y êtes presque !

Pour ce genre de festivités, il était de coutume de recruter des danseuses parmi les femmes de mauvaise vie, qui moyennant salaire, dévoilaient à la noblesse leurs talents chorégraphiques. Reconnaissons que pour une princesse, le rôle n’était pas très valorisant. Mais comme le déclarait Albert Camus : « Il est plus facile de descendre l’échelle sociale que de la remonter ».

Comme nous l’avons dit, son exhibition lui a valu la faveur du jury puisque le roi Hérode, n’ayant d’yeux que pour elle, lui dit publiquement et sous serment : « Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. »

Voilà Salomé bien embarrassée : une couronne contre une danse, l’occasion ne se présente pas tous les jours. Il lui fallait demander conseil.

Elle aurait pu évidemment demander conseil à un serviteur de Dieu qui lui aurait répondu : « Demande-lui la libération de Jean-Baptiste, ainsi tu auras fait au moins une bonne action dans ta vie. »

Elle préféra le conseil d’une femme impie : sa mère Hérodias, celle-ci, n’écoutant que sa haine, lui fit la suggestion que l’on sait.

La simple intelligence humaine l’aurait conduite à prendre à la lettre les paroles du tonton soupirant, tant pis pour lui s’il avait bu un hanap de trop quand il les a prononcées. À la royauté qui lui était offerte, elle a préféré ce cadeau sanglant. Combien, pour satisfaire leurs désirs charnels, ont refusé la royauté céleste que Jésus-Christ leur offrait gratuitement !

La belle Salomé épousera finalement Philippe le Tétrarque, son grand-oncle, si bien que l’arbre généalogique des Hérode a des branches qui s’entremêlent avec les racines.

Cette sinistre famille Hérode a fait des émules non seulement dans le monde, mais aussi dans les églises. Chrétiens opportunistes.

Ils forment des clans, des rivalités des divisions. Ils sont zélés pour visiter les membres de l’église, le plus souvent à l’insu des anciens, pour les gagner à leur cause charnelle. Comme Absalom, ils vont flatter les mécontents, leur disant : « Si seulement j’étais pasteur à la place de l’autre, il y aurait du changement dans cette assemblée ! »

Ils achètent la conscience des frères par toutes sortes de gentillesses intéressées.

Servir le Seigneur dans un ministère à plein temps présente des avantages pour le corps de Christ local, mais je dois reconnaître que les conducteurs spirituels qui travaillent de leurs mains ont un immense privilège : ils ne dépendent pas financièrement de l’assemblée et sont à l’abri des chantages. « Il ne faut pas contredire un tel. Tant pis si sa conduite est répréhensible et s’il égorge les brebis : il donne 300 euros d’offrande par mois, si nous perdons ce client-là, je retourne à l’A.N.P.E. »

Chers enfants du Seigneur, ne vous laissez pas impressionner par les Hérodes, ni par les Hérodiades qui vous entourent, leur jugement sera extrêmement sévère.

Pardonnez-moi si je me suis tant étendu sur la sinistre famille Hérode, et si je n’ai, somme toute, que peu de choses à dire de l’homme de Dieu, sinon : Jean-Baptiste a été un modèle, suivons son exemple.

Comme nous l’avons vu au verset 20, Jean-Baptiste avait probablement « ses entrées » chez Hérode. Je ne suis pas persuadé que le prophète, qui s’habillait de poils de chameau et se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, appréciait tellement les fastes de la cour, mais il y était introduit et avait saisi l’occasion de s’y présenter comme témoin de Christ.

Ne doutons pas qu’il y ait rencontré maints chambellans qui lui ont prodigué des leçons de diplomatie : « Je sais que tu n’approuveras pas tout ce que fait Hérode, mais dans ton intérêt, ferme un peu les yeux. Tu as trouvé là une possibilité de te faire une place au soleil, prends garde, par une parole désobligeante de ne pas finir tes jours à l’ombre ».

Mais Jean-Baptiste connaissait sa mission. Il avait un message : le Seigneur attendait de lui qu’il prêche toute la vérité, qu’elle soit agréable à entendre ou non. Lui-même craignait-il de déplaire aux hommes lorsqu’il invectivait les pharisiens et les sadducéens ?

Mais, voyant venir à son baptême beaucoup de pharisiens et de sadducéens, il leur dit : « Races de vipères, qui vous a appris à fuir la colère à venir ? Produisez donc du fruit digne de la repentance, et ne prétendez pas dire en vous-mêmes : nous avons Abraham pour père ! Car je vous déclare que de ces pierres-ci Dieu peut susciter des enfants à Abraham. »

Matthieu 3.7/9

Sa franchise lui a d’abord coûté la liberté, elle lui a finalement coûté la vie.

Comment aurait-il pu prêcher au peuple la repentance, et comment aurait-il pu baptiser quelque pécheur si, pour s’attirer les faveurs et éviter les difficultés, il était resté dans cette cour royale sans censurer les méfaits d’Hérode ? Son ministère aurait évidemment perdu toute sa crédibilité.

Jean-Baptiste arbore la même conduite que le divin Fils dont il est le précurseur. Jésus nous a donné l’exemple, quand le diable lui a montré tous les royaumes de la terre et lui a promis de les lui offrir, Jésus n’a-t-il pas répondu :

Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »

Matthieu 4.10

Devant le puissant Caïphe et tout le Sanhédrin, Jésus, invité à se rétracter afin d’éviter le supplice infamant de la croix, réaffirme plus que jamais sa divinité :

Les principaux sacrificateurs et tout le sanhédrin cherchaient quelque faux témoignage contre Jésus, suffisant pour le faire mourir. Mais ils n’en trouvèrent point, quoique plusieurs faux témoins se soient présentés. Enfin, il en vint deux, qui dirent : « Celui-ci a dit : je puis détruire le temple de Dieu, et le rebâtir en trois jours. » Le souverain sacrificateur se leva, et lui dit : « Ne réponds-tu rien ? Qu’est-ce que ces hommes déposent contre toi ? » Jésus garda le silence. Et le souverain sacrificateur, prenant la parole, lui dit : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si tu es le Christ, le Fils de Dieu. » Jésus lui répondit : « Tu l’as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. »

Matthieu 26.59/64

Humble serviteur de Jésus-Christ, tu es entouré d’Hérodes aux dents longues, que ce soit dans ta vie familiale, ta vie professionnelle ou ta vie spirituelle. Mais Jésus marche devant toi, suis son exemple, tout comme celui de Jean-Baptiste. Nombreuses seront les tentations d’accepter des compromis et de fermer les yeux sur le péché, mais sache que ton Dieu te rendra plus que vainqueur si tu acceptes jusqu’au bout de servir son message de vérité.

Et maintenant, est-ce la faveur des hommes que je désire, ou celle de Dieu ? Est-ce que je cherche à plaire aux hommes ? Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur de Christ.

Galates 1.10

Jésus revient bientôt. Soyons prêts.