Un chrétien peut-il perdre son salut ?

J’aime bien aller chercher des bâtons pour me faire battre. Aussi, je vais ce matin prendre le risque d’aborder une question difficile et controversée de la parole de Dieu.

J’étais jeune dans la vie et jeune dans la foi, je n’avais pas encore lu la Bible en entier et je commençais à fréquenter le groupe de jeunesse de mon église. Ce soir-là, il avait été spontanément décidé que nous consacrerions une partie de la réunion à « répondre aux questions ».

« Ça tombe bien, moi j’ai une question : est-ce qu’on est sauvé définitivement, ou est-ce qu’on pourrait perdre son salut ? »

J’ai perdu une belle occasion de me taire. Au lieu d’avoir l’humilité de me répondre qu’ils n’en savaient rien, ils m’ont laissé comprendre qu’il fallait être un peu fissuré du bocal pour poser des questions pareilles.

Vous pourriez poser cette question à cinquante pasteurs, je crains que vingt-cinq vous répondent « oui » et que vingt-cinq vous répondent « non ».

Nous voilà bien avancés !

Une bonne méthode consiste à prendre une feuille de papier et la diviser en deux colonnes. En tête de la première, j’écris : « Oui, si j’abandonne le Seigneur, je peux perdre mon salut », et en tête de

 

 la deuxième, j’écris : « Non, quoi que je fasse, je ne peux pas perdre mon salut ».

Dans la colonne « oui », j’ai trouvé :

Hébreux 6.4/6 :

« Car il est impossible que ceux qui ont été une fois éclairés, qui ont goûté le don céleste, qui ont eu part au Saint-Esprit, qui ont goûté la bonne parole de Dieu et les puissances du siècle à venir, et qui sont tombés, soient encore renouvelés et amenés à la repentance, puisqu’ils crucifient pour leur part le Fils de Dieu et l’exposent à l’ignominie. »

Si je considère ce texte brut de décoffrage, j’en conclus que, non seulement, je perds mon salut si je m’éloigne de Dieu, mais pire encore, je n’ai aucune chance de me repentir et de retrouver ce salut. Mais nous y reviendrons.

2 Pierre 2.20/22

« En effet, si, après s’être retirés des souillures du monde, par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s’y engagent de nouveau et sont vaincus, leur dernière condition est pire que la première. Car mieux valait pour eux n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné. Il leur est arrivé ce que dit un proverbe vrai : le chien est retourné à ce qu’il avait vomi, et la truie lavée s’est vautrée dans le bourbier. »

Cette liste n’est certainement pas exhaustive.

Dans la colonne « non », j’ai noté :

Jean 10.27/29

« Et elles ne périront jamais, et personne ne les ravira de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tous ; et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. »

Romains 8.38/39

« Car j’ai l’assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. »

Éphésiens 4.30

« N’attristez pas le Saint-Esprit de Dieu, par lequel vous avez été scellés pour le jour de la rédemption. »

Il est une erreur que nous devons éviter à tout prix : elle consiste à prendre d’abord position et à rechercher ensuite des textes qui étaient notre choix.

Il existe de nombreux passages bibliques qui insistent sur le caractère irrévocable de notre salut, mais je n’en ai trouvé aucun qui m’autorise à affirmer que je conserverais mon salut, même si je reniais Dieu.

Cette histoire devrait nous aider à comprendre :

Tous les ans, mon père m’emmenait à la foire de Paris, et tous les ans, les haut-parleurs donnaient la même annonce : « Le petit André attend son papa à l’accueil. »

Tous les ans, le petit André se perdait à la foire de Paris. C’était réglé comme du papier à musique.

J’allais me promener tout seul. Brusquement, je m’apercevais que mon père n’était plus là. Je me mettais à pleurer, les gens s’attroupaient autour de moi.

Pendant ce temps, mon père, lui aussi s’est aperçu que je n’étais plus à ses côtés, il a commencé à s’inquiéter, il m’a cherché, il m’a appelé. Quand il a entendu l’annonce, rassuré, il est allé me chercher. Si c’était le petit Bernard qui attendait ses parents à l’accueil, mon père serait demeuré indifférent : « Ils n’avaient qu’à le surveiller, cet enfant, après tout ! »

Je suis né de nouveau, j’ai offert ma vie à Christ, je suis donc revêtu du Saint-Esprit, lequel nous a « scellé pour le jour de la rédemption », comme nous l’avons lu. Je suis donc son enfant, nul ne peut me ravir de sa main, et sûrement pas Satan. Si je me perds, c’est moi qui ai lâché sa main, et non pas lui qui a lâché la mienne. Si je me suis égaré dans la foule de ce monde, je me rendrai compte, tôt ou tard, que je suis éloigné de mon Sauveur et je vais pleurer sur mon péché. Pendant ce temps, le bon berger ne manquera pas de partir à la recherche de la centième brebis qui manque à l’appel. Bientôt, le berger se réjouira avec sa brebis retrouvée.

Le fait d’appartenir à Jésus ne me garantit pas que je ne tomberai jamais, ou que je ne traverserai jamais de crise spirituelle plus ou moins grave. Certaines crises spirituelles peuvent durer des années, parfois, hélas ! toute la vie. Mais ces chrétiens en crise ont beau s’être éloignés du Seigneur, Jésus les cherche et les appelle avec persévérance car ils sont toujours ses enfants.

Lisons Zacharie 3.1/5 :

« Il me fit voir Josué, le souverain sacrificateur, debout devant l’ange de l’Éternel, et Satan qui se tenait à sa droite pour l’accuser. L’Éternel dit à Satan : que l’Éternel te réprime, Satan ! que l’Éternel te réprime, lui qui a choisi Jérusalem ! N’est-ce pas là un tison arraché du feu ? Or Josué était couvert de vêtements sales, et il se tenait debout devant l’ange. L’ange, prenant la parole, dit à ceux qui étaient devant lui : ôtez-lui les vêtements sales ! Puis il dit à Josué : vois, je t’enlève ton iniquité, et je te revêts d’habits de fête. Je dis : qu’on mette sur sa tête un turban pur ! Et ils mirent un turban pur sur sa tête, et ils lui mirent des vêtements. L’ange de l’Éternel était là. »

Qu’est-il arrivé à Josué ? Affaire d’argent ? Affaire de femmes ? La Bible ne le dit pas, toujours est-il qu’il avait commis une faute grave, Satan était là pour l’accuser, l’ange de l’Éternel (Jésus) était là pour le défendre.

Satan n’a pas changé de méthode, il vous accuse auprès de Dieu.

« Tu as vu ce qu’il a fait ? Tu as entendu ce qu’il a dit ? Et ça se dit chrétien ! Ça prend la sainte cène, ça fait partie du groupe de louange et tout et tout ! »

Et Jésus lui répond de la même manière : « Que l’Éternel te réprime, Satan ! que l’Éternel te réprime, lui qui a choisi Jérusalem ! N’est-ce pas là un tison arraché du feu ? »

Le diable connaît bien nos faiblesses, mais heureusement, Jésus les connaît aussi.

« Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point. Et si quelqu’un a péché, nous avons un avocat auprès du Père, Jésus-Christ le juste. Il est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier. »

1 Jean 1.1/2

Nous ne perdons pas de vue que nous sommes des enfants de Dieu, nés de nouveau, habités par le Saint-Esprit.

Un autre texte devrait nous aider.

« Car personne ne peut poser un autre fondement que celui qui a été posé, savoir Jésus-Christ. Or, si quelqu’un bâtit sur ce fondement avec de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, du bois, du foin, du chaume, l’œuvre de chacun sera manifestée ; car le jour la fera connaître, parce qu’elle se révèlera dans le feu, et le feu éprouvera ce qu’est l’œuvre de chacun. Si l’œuvre bâtie par quelqu’un sur le fondement subsiste, il recevra une récompense. Si l’œuvre de quelqu’un est consumée, il perdra sa récompense ; pour lui, il sera sauvé, mais comme au travers du feu. »

1 Corinthiens 3.11/15

Dans le contexte immédiat, Paul parle ici de l’Église, le temple vivant de Dieu. Elle est fondée sur un seul fondement, Christ. Malheureusement, sur ce fondement, certains ont construit avec des matériaux sans valeur : ils ont enseigné des doctrines douteuses. Ils échappent à la perdition, mais perdront leur récompense.

Et nous, que sommes-nous dans cet édifice ? – Des pierres vivantes. Sur quel fondement avons-nous bâti notre vie ? – Sur Christ.

On peut aller à l’église, avoir été baptisé, participer à la communion, être curé, pope ou pasteur et avoir fondé sa religion sur un autre fondement que Christ, même dans le milieu évangélique si parfait. Si votre vie chrétienne est fondée sur un autre fondement, je vous rassure tout de suite, vous ne risquez pas de perdre votre salut.

On ne peut pas perdre quelque chose qu’on n’a jamais eu !

Si votre foi est fondée sur Christ, vous êtes donc sauvés et à la lumière de ce texte, je ne pense pas que vous risquez de perdre votre salut, mais à une vie chrétienne médiocre répondra une récompense médiocre.

Un chrétien disait :

« Que m’importe de passer l’éternité sur un strapontin, pourvu que je sois avec Jésus. »

Oui, c’est très spirituel !

Un autre chrétien de lui répondre :

« L’éternité sur un strapontin ? Tu risques d’avoir mal au derrière. »

Allons nous passer notre éternité dans un deux pièces cuisine alors que le Seigneur nous a préparé un château, comme Versailles, mais en plus grand ?

C’est pourquoi nous devons rechercher la sanctification sans laquelle nul ne verra le Seigneur. (Hébreux 12.14)

S’il y a médiocre sanctification, il y aura médiocre récompense, mais s’il y a absence de sanctification, il y aura non seulement absence de récompense, mais absence de salut, car il est impossible qu’un chrétien, né de nouveau, rempli du Saint-Esprit, continue à vivre comme si Dieu n’était jamais entré dans sa vie. S’il ne produit pas le fruit du Saint-Esprit, c’est qu’il n’a pas le Saint-Esprit. S’il n’a pas le Saint-Esprit, c’est qu’il n’est pas né de nouveau (Romains 8.9), et s’il n’est pas né de nouveau, c’est qu’il n’est pas sauvé.

Si quelqu’un fait naufrage, nous devons nous poser cette question : le frère qui est tombé est-il né de nouveau ? Dans l’affirmative, le Seigneur continue à lui tendre la main, il me semble difficile de croire qu’il ne finira pas par saisir la bouée du salut. Si au contraire, sa conversion n’était pas authentique, c’est qu’il est arrivé ce qui devait arriver, sa fausseté a été dévoilée, il est perdu, mais il lui reste la possibilité de se convertir pour de bon, et de saisir lui aussi la précieuse bouée.

Si je m’en tiens à ce raisonnement, il reste deux textes qui me mettent en difficulté : 2 Pierre 2.20, et surtout Hébreux 6.4.

Notons qu’en 2 Pierre 2, il est question des séducteurs, des faux docteurs, hérésiarques et faux prophètes qui, après avoir connu la vérité, expérimenté la grâce, se sont « égarés en suivant la voie de Balaam, fils de Bosor, qui aima le salaire de l’iniquité » (vs 15), qui « promettent la liberté, quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, car chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui » (vs 19). L’apôtre dit que, « après s’être retirés des souillures du monde, par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, ils s’y engagent de nouveau et sont vaincus, » et que « leur dernière condition est pire que la première ».

Qu’arrivera-t-il aux hommes de réveil qui, à Toronto, à Pensacola ou ailleurs, ont introduit des pratiques occultes dans leur église ?

Venons en maintenant à Hébreux 6.4.

D’emblée, plusieurs théologiens des premiers siècles ont contourné la difficulté, sachant que la canonicité de l’épitre aux Hébreux n’était pas encore affirmée.

Le contexte immédiat ne nous aide pas beaucoup non plus.

Ce texte parle bien en faveur de la possibilité, pour un chrétien, d’être déchu de la grâce. Nous n’avons pas le droit de raboter la parole de Dieu pour la faire entrer dans nos vues.

J’ajoute toutefois une nuance. Ces paroles ont été écrites en rapport avec le péché irrémissible : le blasphème contre le Saint-Esprit (Matthieu 12.31/32).

Qu’est-ce que c’est que le blasphème contre le Saint-Esprit ? Il y a là matière à une étude biblique tout aussi compliquée, mais dans notre contexte, Jésus donne un sévère avertissement aux pharisiens qui attribuent à Satan les œuvres divines. Si celui qui a connu le salut, a goûté le don céleste, eu part au Saint-Esprit commet ce péché, il n’a pas même pour excuse : « Ils ne savent pas ce qu’ils font ». Il n’a pas la possibilité de se repentir puisqu’il a volontairement chassé de sa vie le Saint-Esprit, qui seul pouvait le convaincre de péché, à moins de crucifier Jésus une nouvelle fois pour eux, ce qui n’est vraiment pas envisageable.

Cette explication appelle une autre question : est-il possible qu’un chrétien né de nouveau descende sur la pente de l’apostasie au point de blasphémer contre le Saint-Esprit ? J’avoue que j’ai beaucoup de peine à le concevoir, mais cette possibilité existe, au moins en théorie, puisque la Bible en parle.

Un chrétien peut-il donc perdre son salut ? Voilà un problème qui taraude les croyants depuis les débuts de l’Église. J’ai apporté des pistes de réflexion, mais je ne prétends pas avoir trouvé la solution et cette étude me paraît fort incomplète.

Je vous invite seulement à ne pas vous tourmenter l’âme, mais à vous poser la bonne question : ma foi est-elle fondée sur Jésus-Christ ?

Je suis convaincu que je ne perdrai pas mon salut, ce qui ne veut pas dire que je ne pécherai plus, mais je le crois parce que ma main est dans celle de Jésus.

Mais surtout, ne dites pas : puisque ma main est dans celle de Jésus, je puis pécher autant que je veux, il ne m’arrivera rien, je suis sauvé de toute façon. Si je suis vraiment sauvé, le Saint-Esprit habite en moi, Christ vit en moi. Christ aime le pécheur, mais déteste le péché. Si nous prétendons avoir Jésus en nous et que nous aimons le péché, c’est que nous avons un grave problème et que nous ne sommes pas sauvés. Il est alors grand temps de se repentir.

Je conclurai que le salut est définitivement acquis au chrétien véritablement né de nouveau, parce que ce salut est l’œuvre de Jésus-Christ accomplie sur la croix, mais que nous devons aussi remplir notre part du contrat, c’est-à-dire nous donner totalement à lui, sans aucune concession avec le péché.

Si quelqu’un a perdu le salut, c’est qu’il ne l’a certainement jamais trouvé.