L’erreur du prophète de Juda

Un homme de Dieu se rendit de Juda à Béthel sur ordre de l’Éternel. Il arriva pendant que Jéroboam se tenait devant l’autel et s’apprêtait à faire brûler les parfums. L’homme de Dieu se mit à lancer des invectives contre l’autel, selon l’ordre de l’Éternel. Il cria : – Autel ! Autel ! Voici ce que déclare l’Éternel : il naîtra un fils parmi les descendants de David ; son nom sera Josias. Sur cet autel, il égorgera les prêtres des hauts lieux qui offrent sur toi des parfums, et l’on fera brûler sur toi des ossements humains ! En même temps, le prophète leur donna un signe : – Voici le signe qui vous prouvera que l’Éternel a parlé : l’autel va se fendre et la graisse qui le recouvre sera répandue sur le sol. Lorsque le roi Jéroboam entendit la menace que l’homme de Dieu proférait contre l’autel de Béthel, il étendit la main par-dessus l’autel et cria à ses gardes : « Arrêtez-le ! » Mais la main que Jéroboam avait étendue contre le prophète devint paralysée, de sorte qu’il ne put plus la ramener à lui. Au même moment, l’autel se fendit et la graisse qui était dessus se répandit par terre. C’était exactement le signe que l’homme de Dieu avait annoncé sur ordre de l’Éternel. Alors le roi dit à l’homme de Dieu : – Je t’en prie, implore l’Éternel, ton Dieu, et prie pour moi, afin que je puisse ramener ma main à moi. Le prophète implora l’Éternel, et le roi put ramener sa main à lui comme auparavant. Alors le roi invita l’homme de Dieu : – Viens avec moi dans mon palais te restaurer. Ensuite, je te ferai un cadeau. Mais celui-ci répondit : – Même si tu me donnais la moitié de ton palais, je n’entrerais pas chez toi. Je ne mangerai rien et je ne boirai pas une goutte d’eau en ce lieu, car l’Éternel m’a donné l’ordre suivant : – Tu ne prendras pas de nourriture, tu ne boiras pas d’eau en ce lieu et tu n’emprunteras pas à ton retour le même chemin qu’à l’aller. Il repartit donc par un autre chemin

 

que celui par lequel il était venu à Béthel. À cette même époque vivait à Béthel un vieux prophète. L’un de ses fils vint lui raconter tout ce que l’homme de Dieu avait fait ce jour-là à Béthel et toutes les paroles qu’il avait dites au roi. Alors il demanda à ses fils : – Par quel chemin est-il parti ? Ses fils lui indiquèrent la route par laquelle l’homme de Dieu venu de Juda était reparti. Puis il leur dit : – Préparez-moi mon âne ! Ils lui sellèrent l’âne, il l’enfourcha et prit le même chemin que l’homme de Dieu. Il le rattrapa alors qu’il était assis au pied du chêne et lui demanda : – Es-tu l’homme de Dieu qui est venu de Juda ? – C’est bien moi ! Alors il reprit : – Viens chez moi pour manger quelque chose. Mais le Judéen répondit : – Je ne peux ni retourner avec toi ni entrer chez toi. Je ne dois rien manger ni boire avec toi dans ce pays, car j’ai reçu l’ordre de la part de l’Éternel de ne pas manger de pain, de ne pas boire d’eau en ce lieu et de ne pas prendre à mon retour le même chemin qu’à l’aller. Mais le vieillard insista : – Moi aussi, je suis prophète comme toi ; or, un ange m’a parlé en ces termes de la part de l’Éternel : « Ramène-le avec toi dans ta maison, pour qu’il mange du pain et boive de l’eau. » En fait, en disant cela il mentait. Le prophète de Juda retourna avec lui à Béthel pour manger et boire de l’eau chez lui. Comme ils étaient tous deux à table, l’Éternel adressa la parole au vieux prophète qui l’avait ramené et il s’adressa à l’homme de Dieu venu de Juda en disant : – Voici ce que déclare l’Éternel : « Tu as désobéi à l’ordre de l’Éternel et tu n’as pas respecté le commandement que l’Éternel ton Dieu t’avait donné. Tu as rebroussé chemin et tu as mangé et bu dans le lieu où je t’avais défendu de le faire. À cause de cela, ton corps ne sera pas enterré dans la tombe de tes ancêtres. »

1 Rois 13.1/22

Avant de nous pencher sur cet intéressant récit, commençons, si vous le voulez bien, par une leçon d’histoire.

Souvenons-nous qu’à la mort de Salomon, le jeune roi Roboam a été invité à recevoir une massive délégation syndicale. La Cégétée et la Céhefdétée de l’époque étaient bien d’accord sur les mêmes revendications : « Le travail est trop dur, les salaires trop bas, et nous exigeons les congés payés. »

Roboam, ne sachant quelle réponse leur donner, consulta d’abord les anciens qui savent tout ; ceux-ci, forts de leur sagesse et de leur expérience, lui conseillèrent d’accorder des concessions, afin, dirent-ils, de gagner la confiance et la sympathie de la classe laborieuse. Mais Roboam préféra écouter ses anciens copains de faculté, qui lui dirent : « Tu ne vas tout de même pas te laisser embobiner par une poignée de paysans et d’ouvriers ! Tu es le roi, oui ou non ? »

Les résultats de ce discours impertinent ne se firent pas attendre : grèves, émeutes, barricades, jets de pavés meurtriers (1 Rois 12.18) ; une répétition de mai 1968. À la suite de ces événements regrettables, Roboam perdit la plus grande partie du vaste royaume qu’avaient rassemblé son grand-père et son père. Les dix tribus dissidentes choisirent pour roi un syndicaliste virulent : Jéroboam.

Les ponts étaient donc coupés entre le royaume de Juda, capitale Jérusalem, au sud, et celui d’Israël, capitale Samarie, au nord. Mais ces deux royaumes devenus ennemis n’avaient qu’une seule capitale religieuse, qui était Jérusalem, et lorsqu’à « Pessach », les juifs pieux du nord franchissaient le « rideau de fer » pour aller au temple, Jéroboam se rongeait les ongles : « Et si mes sujets s’incrustaient à Jérusalem, s’ils s’y trouvaient mieux que chez moi et ne revenaient pas. Il va bien falloir que je trouve une solution ».

La solution, il l’a trouvée, en définitive, quand il décida d’installer dans son royaume, non pas une, mais deux capitales religieuses. Ainsi, les Israéliens auraient tout sur place et le roi aurait pu faire jouer en sa faveur la loi de la concurrence. Il édifia donc deux autels, l’un à Dan, l’autre à Béthel, et auprès de chaque autel, il fit fondre un de ces bons vieux veaux d’or d’autrefois.

Jéroboam fortifia la ville de Sichem dans la région montagneuse d’Ephraïm et il en fit sa résidence. Par la suite, il la quitta et fortifia Penouel. Jéroboam se dit : – Telles que les choses se présentent, les sujets de mon royaume pourraient bien retourner sous l’autorité du fils de David. S’ils continuent à se rendre à Jérusalem pour y offrir des sacrifices dans le Temple de l’Éternel, ce peuple s’attachera de nouveau à son seigneur Roboam, roi de Juda. Alors ils me tueront et se soumettront à Roboam. Après avoir pris conseil, le roi fit faire deux veaux d’or et déclara au peuple : – En voilà assez avec ces pèlerinages à Jérusalem ! Voici votre Dieu, Israël, celui qui vous a fait sortir d’Égypte ! Il dressa l’une des statues d’or à Béthel et installa l’autre à Dan. Ce fut là un péché. Beaucoup de gens accompagnèrent l’un des veaux jusqu’à Dan. Jéroboam fit aussi construire des sanctuaires sur des hauts lieux et il établit prêtres des hommes pris dans la masse du peuple qui n’appartenaient pas à la tribu de Lévi. Jéroboam institua au quinzième jour du huitième mois une fête semblable à celle qui se célébrait en Juda et il offrit lui-même des sacrifices sur l’autel. C’est ainsi qu’il agit à Béthel en offrant des sacrifices aux veaux qu’il avait fait fabriquer. Il établit aussi à Béthel les prêtres des hauts lieux qu’il avait fondés.

1 Rois 12.25/32

C’est donc dans ce contexte que l’Éternel va appeler un homme dont nous ignorons tout, y compris son nom, sinon qu’il appartenait à la communauté de Juda.

N’allons surtout pas nous imaginer que ce prophète est parti de chez lui sur un coup de colère : « Ah ! Ils veulent des veaux et des autels ! Je vais te leur en donner, moi ! Ça ne se passera pas comme ça ! Je vais aller les voir, je leur dirai “Ainsi parle l’Éternel !… ’’ »

Laissons-nous plutôt persuader que cet homme avait reçu un appel de Dieu sans lequel il n’aurait pas eu la hardiesse de parler ainsi en présence du roi d’Israël.

Car il s’agit bien d’un appel de Dieu. Celui-ci nous conduit bien souvent là où nous n’avons pas envie d’aller pour y exercer le ministère qui ne nous intéresse pas. Jeunes convertis, nous confondons bien souvent désir de faire et appel de Dieu. J’étais justement nouveau-né dans la foi quand je ressentais le désir de devenir aumônier militaire. Je décidai donc de me rendre à la base aérienne de Bricy, là même où j’avais terminé mon service national, car je pensais y rencontrer des contacts intéressants. Je suis donc parti de Clamart, par un beau et froid matin d’hiver, dans ma vieille Diane Citroën. Non seulement elle laissait passer la pluie et le vent, mais le chauffage était en panne. Cette expédition transbeauceronne prit rapidement une tournure digne de celles du commandant Charcot. Je me suis présenté au poste de garde de Bricy plus transi qu’un amoureux éconduit, les doigts paralysés par le froid. Par malchance, aucune des deux personnes que j’espérais rencontrer n’était présente sur la base. Je suis donc rentré chez moi bredouille et un tant soit peu découragé. Ce n’est pas parce qu’une entreprise commence mal qu’il faut toujours en conclure qu’elle n’est pas dans le plan de Dieu, mais dans ce cas précis, il s’agissait d’un désir de faire, mais pas d’un véritable appel. J’ai rapidement renoncé à ce projet.

À mesure que l’on progresse dans la foi, on sait distinguer les ordres de Dieu de nos désirs.

Notre prophète, lui, avait des certitudes, le Seigneur lui avait donné des directives précises : « Tu iras à Béthel, tu parleras à Jéroboam. » Dieu lui avait donné un ordre de mission, et il savait exactement à quel endroit il devait aller. Non pas comme ce jeune soldat que ses camarades trouvèrent un jour dans une grande tristesse :

« Tu en fais une tête, mon gars ! Qu’est-ce qui t’arrive ?

– Ils m’envoient en Algérie. Voilà ce qui m’arrive !

– En Algérie ? Tu es sûr ?

– Ça pour sûr, j’en suis sûr. J’ai reçu mon ordre de mission.

– Et tu es certain que c’est l’Algérie ? Qu’est-ce qui est écrit sur ton ordre de mission ?

– Je ne sais pas. C’est un nom étranger en tout cas. C’est pas français. Ils m’envoient en Algérie, c’est sûr !

– Fais voir ton papier. »

Le jeune conscrit avait bel et bien reçu l’ordre de faire son paquetage ; destination… Lann-Bihoué.

Pas de frayeur ni de crainte pour nous, soldats de Christ. Quand bien même il nous enverrait dans les contrées les plus hostiles à l’Évangile, nous savons qu’il nous revêt de toutes ses armes. Ainsi le prophète de Juda part en pleine confiance vers une ville qu’il connaît comme une véritable Mecque de l’apostasie.

Nous lisons au verset 9 que cette mission était assortie d’ordres particuliers. Le prophète devait jeûner jusqu’à son retour et s’en retourner au pays par un itinéraire différent de celui du voyage d’aller.

En lisant notre Bible avec les lunettes du doute et du raisonnement, nous pensons être en droit de nous interroger sur le bien-fondé de ces ordres : le prophète a accompli sa mission, pourquoi le Seigneur lui impose-t-il d’autres contraintes qui semblent sans incidence sur la mission elle-même ? Ne s’agit-il pas plutôt de recommandations secondaires ?

Je me souviens d’un pasteur qui annonçait souvent : « Notre frère André va maintenant nous faire chanter un chœur et deux cantiques », ou bien : « Notre frère André va nous faire chanter le cantique n° 271 pendant que le frère untel collectera les offrandes. »

D’aucuns, à ma place, auraient tiré la couverture à eux en dirigeant cinq cantiques d’affilée ; d’autres ne manqueraient pas de le dénigrer : « Le pasteur freine la liberté du Saint-Esprit ! » Pour ma part, je ne m’en tracassais pas. Qu’est-ce qui me prouvait, justement, que ce n’est pas conduit par l’Esprit qu’il me donnait ces directives si précises ? »

C’est ainsi que réagissait notre prophète. Il avait compris que, par ces ordonnances, le Seigneur mettait à l’épreuve la fidélité de son serviteur, fidélité qui doit se manifester dans l’obéissance aux moindres détails.

Le succès de sa mission, les miracles accomplis, l’énorme gifle reçue par le roi Jéroboam ne lui ont pas fait tourner la tête. Le prophète reprend la route sans prendre la moindre collation, suivant l’itinéraire de retour qu’il avait préparé, toujours aussi décidé à obéir à Dieu sans fléchir.

Bien sûr, je prends des risques en disant que le prophète a reçu une vision. Le texte ne le dit pas, mais il est difficile de nous imaginer un prophète sans vision.

Tout chrétien équilibré est capable de comprendre que « la vision » est, en premier lieu, une conviction intime, semée par Dieu dans les cœurs, et qui donne la force de poursuivre sa mission jusqu’au bout, quelles que soient les circonstances, et les moments de découragement qui peuvent survenir.

Toutes les circonstances s’harmonisaient merveilleusement dans la mission de ce prophète. Outre l’appel, les ordres précis et la vision, le Maître va lui donner un signe :

Au même moment, l’autel se fendit et la graisse qui était dessus se répandit par terre. C’était exactement le signe que l’homme de Dieu avait annoncé sur ordre de l’Éternel. Alors le roi dit à l’homme de Dieu : – Je t’en prie, implore l’Éternel, ton Dieu, et prie pour moi, afin que je puisse ramener ma main à moi. Le prophète implora l’Éternel, et le roi put ramener sa main à lui comme auparavant. Alors le roi invita l’homme de Dieu : – Viens avec moi dans mon palais te restaurer. Ensuite, je te ferai un cadeau.

Vs 3/5

C’est ainsi qu’il avait déjà agi envers Moïse quand celui-ci émettait encore quelques doutes sur l’authenticité de sa vocation :

Moïse objecta : – Et s’ils ne me croient pas et ne m’écoutent pas, s’ils me disent : « L’Éternel ne t’est pas apparu » ? – Qu’as-tu dans la main ? lui demanda l’Éternel. – Un bâton. – Jette-le par terre. Moïse jeta le bâton par terre et celui-ci se transforma en serpent. Moïse s’enfuit devant lui, mais l’Éternel lui dit : – Tends la main et attrape-le par la queue ! Moïse avança la main et saisit le serpent, qui redevint un bâton dans sa main. – C’est pour qu’ils croient que l’Éternel, le Dieu de leurs ancêtres, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob t’est réellement apparu.

Exode 4.1/5

Le prophète n’avait donc plus aucune excuse de douter que tout ce qu’il faisait avant, pendant et après son intervention à Béthel était en plein accord avec le plan de Dieu.

Et pourtant ! Pourtant…

Pendant que se déroulent ces glorieux événements, un autre prophète de Béthel, tout aussi anonyme que celui de Juda, se lève.

Un faux prophète, me direz-vous.

Malheureusement non !

Nous avons bien affaire, encore une fois, à un véritable prophète oint de l’Éternel.

Nous lisons au verset 20 :

Comme ils étaient assis à table, la parole de l’Éternel fut adressée au prophète qui l’avait ramené.

C’est donc un homme à qui le message de Dieu est confié personnellement.

Autre détail (vs 11) : il était vieux.

Rassurez-vous, je n’ai rien contre les vieux prophètes ni contre les pasteurs aux cheveux blancs. La jeunesse étant, comme chacun sait, un défaut dont on se corrige un peu tous les jours, les anciens sont généralement de bon conseil. Roboam l’a d’ailleurs appris à ses dépens.

Dans le cas qui nous préoccupe, le jeune prophète, ébranlé soudain par une nouvelle révélation qui contredisait en tout point celle qu’il avait reçue de Dieu lui-même, considéra l’âge de ce prophète comme une garantie.

« C’est un homme qui a de l’expérience, il a certainement raison. J’aurais donc mal compris ce que le Seigneur m’a dit. »

Les chrétiens d’âge mûr et de longue expérience devraient être des soutiens, des conseillers pour les jeunes convertis. Est-ce toujours le cas ?

Nous avons dans la Bible un autre cas de vrai prophète qui s’est ainsi corrompu : Balaam était un prophète qui aimait avant tout l’argent et les honneurs ; c’était un prophète mercenaire.

Balaq revint à la charge et envoya une nouvelle délégation composée de princes plus nombreux et plus importants que la première fois. Ils arrivèrent chez Balaam et lui dirent : – Ainsi parle Balaq, fils de Tsippor : « De grâce, ne refuse pas de me venir en aide. Je te comblerai d’honneurs et je ferai tout ce que tu me demanderas. Mais viens donc, maudis-moi ce peuple ! »

Nombres 22.15/17

L’apôtre Paul a donc bien raison lorsqu’il recommande de juger les prophètes :

“Quant à ceux qui prophétisent, que deux ou trois prennent la parole et que les autres jugent ce qu’ils disent.”

1 Corinthiens 14.29

Il est clair que, dans ce contexte, ce ne sont pas les prophètes qui ont composé le canon biblique que nous devons juger. Les critiques s’en chargeront bien assez tôt. Il nous est consigné de juger objectivement ceux qui, dans l’église, se disent prophètes, exercent le don de prophétie, ou prétendent avoir de visions. Il est indispensable aux chrétiens de séparer le spirituel du charnel, l’authentique de la contrefaçon.

L’esprit des prophètes – de l’Église – doit être soumis aux prophètes – de la Bible –.

Qu’il est tragique de lire au verset 18 : « Il lui mentait » ! Un prophète ment à un autre prophète. Comment un enfant de Dieu peut-il oser mentir en disant : « Un ange m’a parlé de la part de l’Éternel » !

Il est déjà grave de prendre ses lubies pour des révélations divines et dire à chaque instant : « Dieu m’a parlé, Dieu m’a montré, Dieu m’a dit ! »

« Dieu m’a montré que ce frère a un interdit dans sa vie. C’est que j’ai le don de discernement, vous savez ! »

Que penser alors de ce serviteur de Dieu qui, en toute conscience, ment à son frère dans le seul but de le faire tomber dans un piège mortel ?

Le Seigneur ne manque pas de nous mettre en garde contre de tels hommes :

Et je lui répondis : – Ah ! Seigneur, Éternel, les prophètes leur disent : « Vous ne connaîtrez pas la guerre et vous ne subirez pas la famine, car je vous donnerai en ce lieu-ci une paix véritable. » Et l’Éternel me dit : – En mon nom, ces prophètes profèrent des mensonges. Je ne les ai pas mandatés, je ne leur ai rien ordonné et je ne leur ai pas parlé : toutes leurs prophéties sont visions mensongères, oracles sans valeur, des inventions venant d’eux même.

Jérémie 14.13/14

Je n’ai pas mandaté tous ces prophètes-là, et cependant, ils courent ! Et je ne leur ai pas adressé la parole. Pourtant, ils prophétisent !

Jérémie 23/21

Nous pouvons nous interroger sur les motivations qui ont poussé ce prophète au mensonge et à la trahison.

L’une des raisons que nous pouvons invoquer est la jalousie en regard de la jeunesse :

Inutile de chercher à chiffrer la vieillesse en nombre d’années. On devient vieux quand on commence à dénigrer systématiquement les jeunes.

Il existe des églises où l’on méprise les anciens et où les jeunes ont tous les droits. Il en est d’autres où l’on ne supporte pas les enfants, où l’on accepte, à la rigueur que de jeunes gens se donnent au Seigneur, mais où l’on ne tolère en aucun cas qu’ils se lèvent pour servir.

Je me souviens de cette autre église dans laquelle un diacre, toujours assis à l’arrière près de la porte, avait pour fonction de surveiller les enfants et de coller un « zoc »[1] au premier qui bouge.

Ceux qui entretiennent de telles mentalités n’ont pas même la sagesse de réaliser que leur congrégation fermera ses portes avec l’enterrement du dernier chrétien.

La rivalité politique est une seconde raison que nous pouvons envisager :

Juda et Israël étaient devenus ennemis. Le prophète de Béthel, subitement animé d’un zèle patriotique si intense, s’attendait-il à recevoir la croix de guerre pour avoir mis à mort un citoyen de la cité ennemie ? A-t-il pu oublier à ce point qu’avant de servir Roboam ou Jéroboam, les deux prophètes étaient des soldats du Dieu Éternel ?

Pendant la Première Guerre mondiale, le pianiste autrichien Paul Wittgenstein a eu le bras droit arraché par un éclat d’obus. Sa carrière musicale aurait été irrémédiablement brisée si un compositeur français, Maurice Ravel, n’avait composé spécialement pour lui son célèbre « Concerto pour la main gauche », une œuvre réalisée de telle manière que l’auditeur a l’impression que l’exécutant joue avec ses deux mains.

Cet épisode n’est-il pas riche d’enseignements ? Si l’amour de la musique a réuni sur une même partition deux pays en guerre, l’amour de Christ ne devrait-il pas produire plus encore ? Comment les chrétiens réagiront-ils à la crise mondiale qui doit incessamment bouleverser le monde, si déjà ils vivent en guerre les uns avec les autres ?

La troisième raison que je vous propose d’examiner est l’hérésie :

Une chose est certaine, ces deux hommes portaient tous les deux la casquette de « prophète de l’Éternel Dieu ». Il est une autre chose dont je suis sûr : lorsque je me présenterai devant Dieu, il ne me demandera pas si je suis catholique ou protestant.

Il est pourtant vrai que l’étiquette peut cacher, sous une appellation glorieuse, une falsification.

Cet homme était-il prophète ? – Sans aucun doute, et malgré sa faute, l’Éternel l’utilise encore au moins une fois.

Plus qu’un politicien du parti de Jéroboam, le prophète de Béthel n’était-il pas devenu un politicien du veau de Béthel ?

Il s’est laissé séduire par cet autel et cette image. Ceux qui se sont détournés de la vérité biblique n’aiment pas qu’on leur rappelle la parole de Dieu. Combien d’évangéliques s’en sont détournés pour avoir donné la préférence aux penchants de leurs cœurs ! Combien sont ceux qui excommunient leurs propres frères, les accusent d’hérésie alors qu’ils se sont eux-mêmes fourvoyés !

Nous ne pouvons que constater la tragique conséquence de cet état d’esprit : un prophète assassine un autre prophète.

Des pasteurs assassinent leurs brebis. Des brebis assassinent leur pasteur. Des brebis assassinent d’autres brebis. Des pasteurs assassinent d’autres pasteurs. Ils se haïssent, ils s’accusent les uns les autres, ils se font même des procès !

Quel témoignage navrant pour notre Seigneur !

Après s’être copieusement restauré chez son nouvel ami, le prophète de Juda s’apprêtait à reprendre la route. Mais son hôte lui servit un digestif bien amer :

Et il s’adressa à l’homme de Dieu venu de Juda en disant : – Voici ce que déclare l’Éternel : « Tu as désobéi à l’ordre de l’Éternel et tu n’as pas respecté le commandement que l’Éternel ton Dieu t’avait donné. Tu as rebroussé chemin et tu as mangé et bu dans le lieu où je t’avais défendu de le faire. À cause de cela, ton corps ne sera pas enterré dans la tombe de tes ancêtres. »

vs 21/22

Cette prophétie ne manqua pas de se réaliser quand sur le chemin du retour, l’homme de Juda fut tué par un lion.

Ce jugement de Dieu envers son prophète pourrait nous paraître excessivement sévère. Après tout, il ne s’agit que d’un jeûne non respecté.

Outre sa désobéissance, et c’est là que nous entrevoyons la gravité de sa faute : il a méprisé la parole de Dieu et tenu pour vaine la révélation que lui avait transmise le Saint-Esprit.

Il a mis dans la balance la parole de Dieu et la parole de l’homme, enveloppée dans un « ainsi parle l’Éternel ! »

La Parole divine lui avait pourtant été donnée personnellement, sans intermédiaire, et avec confirmations.

Quand le Seigneur nous porte un message, il s’adresse d’abord à l’intéressé, ensuite il le confirme par d’autres. Méfions-nous de ceux qui nous disent : Dieu m’a montré que vous devez faire telle chose.

Soyons comme l’apôtre Paul, des chrétiens équilibrés, prudents, et ne nous laissons pas séduire par les personnes aux multiples visions.

Veillez à ce que personne ne vous prenne au piège de la recherche d’une sagesse qui n’est que tromperie et illusion, qui se fonde sur des traditions tout humaines, sur les principes élémentaires qui régissent la vie dans ce monde, mais non sur le Christ.

Ne vous laissez pas condamner par ces gens qui prennent plaisir à s’humilier et à s’adonner à un « culte des anges ». Ils se livrent à leurs visions, ils s’enflent d’orgueil sans raison, poussés par leurs pensées tout humaines. Ils refusent de s’attacher au Christ, qui est le chef, la tête. C’est de lui que le corps tout entier tire sa croissance comme Dieu le veut, grâce à la cohésion et à l’unité que lui apportent les articulations et les ligaments.

Colossiens 2.8, 18/19

Il croit aussi que Dieu est versatile : Le Seigneur s’est trompé quand il m’a parlé la première fois, ou alors, il a changé d’avis.

Ne vous laissez donc pas égarer sur ce point, mes chers frères : tout cadeau de valeur, tout don parfait, nous vient d’en haut, du Père qui est toute lumière et en qui il n’y a ni changement, ni ombre due à des variations.

Jacques 1:16/17

S’il n’y a en lui aucun changement, nous pouvons lui faire confiance, il ne changera pas d’avis, puisque sa parole est bonne, une fois pour toutes. Ceux qui se vantent d’avoir de nombreuses visions sont souvent instables. Dieu leur dit mardi le contraire de ce qu’il leur a dit lundi. Et ils piétinent le gazon sans jamais rien semer.

Ne recherchons pas les visions, mais recherchons la vision. Celui qui n’a reçu qu’une seule vision sait où il va, et ne baisse pas les bras quand les circonstances semblent infirmer son appel.

Je vous engage instamment, chers frères, à prendre garde à ceux qui sèment la division et égarent les autres en s’opposant à l’enseignement que vous avez reçu. Éloignez-vous d’eux, car les gens de cette sorte ne servent pas le Christ, notre Seigneur, mais leur ventre. Avec leurs belles paroles et leurs discours flatteurs, ils séduisent ceux qui ne discernent pas le mal.

Romains 16.17/18

C’est lui qui a fait don de certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes, et d’autres encore comme pasteurs et enseignants. Il a fait don de ces hommes pour que ceux qui appartiennent à Dieu soient rendus aptes à accomplir leur service en vue de la construction du corps du Christ. Ainsi nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’adultes, à un stade où se manifeste toute la plénitude qui nous vient du Christ. De cette manière, nous ne serons plus de petits enfants ballottés comme des barques par les vagues et emportés çà et là par le vent de toutes sortes d’enseignements, à la merci d’hommes habiles à entraîner les autres dans l’erreur. Au contraire, en exprimant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête : le Christ.

Éphésiens 4.11/15

 

 

[1] “Zoc” : mot créole réunionnais désignant une chiquenaude ou une gifle sur le sommet du crâne.