Des disciples indisciplinés

Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils et se prosterna pour lui faire une demande. Il lui dit : « Que veux-tu ? » « Ordonne, lui dit-elle, que dans ton royaume mes deux fils que voici soient assis l’un à ta droite et l’autre à ta gauche. » Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ou être baptisés du baptême dont je vais être baptisé ? » « Nous le pouvons », dirent-ils. Il leur répondit : « Vous boirez en effet ma coupe et vous serez baptisés du baptême dont je vais être baptisé. Mais quant à être assis à ma droite et à ma gauche, cela ne dépend pas de moi et ne sera donné qu’à ceux pour qui mon Père l’a préparé. » Après avoir entendu cela, les dix autres furent indignés contre les deux frères. Jésus les appela et leur dit : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles et que les grands les tiennent sous leur pouvoir. Ce ne sera pas le cas au milieu de vous, mais si quelqu’un veut être grand parmi vous, il sera votre serviteur ; et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. »

Matthieu 20.20/28

Des disciples indisciplinés !

Nous sommes, admettons-le, des chrétiens qui n’en font qu’à leur tête. Nous ne voyons pas plus loin que le bout du nez de notre tracteur. Nous ne comprenons rien à ce que le Seigneur veut nous dire. Quand il nous parle de betteraves, nous répondons carottes.

 

Parfois nous prétendons enseigner Dieu et lui dicter sa conduite. Souvent nous boudons, ou bien nous achetons un billet pour Madrid quand il nous demande d’aller à Bruxelles. C’est un peu ce que fit Jonas.

Les générations passent et la nature humaine ne passe pas. Tels étaient nos aïeux, tels nous sommes, et tels étaient les contempo-rains de notre Seigneur.

Ses disciples qu’il a dû, avec patience, se trimballer pendant trois ans n’échappaient pas à la règle.

Prenons d’abord pour exemple Jacques et Jean, les fils de Zébédée, également appelés fils du tonnerre (Marc 3.17). Le moins qu’on puisse en dire, c’est que la modestie ne les étouffe pas.

Ce qui est extraordinaire, avec eux, c’est qu’ils naviguent toujours à contre-courant de la pensée du Seigneur. Jésus leur parle de la croix, des terribles souffrances qu’il s’apprête à subir, de la mort infâme et imméritée à laquelle il est destiné. Loin de s’en émouvoir, ils s’enlisent dans leurs rêveries futiles et leurs ambitions chimériques.

Ils partirent de là et traversèrent la Galilée. Jésus ne voulait pas qu’on le sache, car il enseignait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l’homme sera livré entre les mains des hommes ; ils le feront mourir et, trois jours après avoir été mis à mort, il ressuscitera. » Cependant, les disciples ne comprenaient pas cette parole et ils avaient peur de l’interroger.

Ils arrivèrent à Capernaüm. Lorsqu’il fut dans la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Mais ils gardèrent le silence, car en chemin ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. Alors il s’assit, appela les douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, il sera le dernier de tous et le serviteur de tous. » Il prit un petit enfant, le plaça au milieu d’eux et, après l’avoir pris dans ses bras, il leur dit : « Celui qui accueille en mon nom un de ces petits enfants, c’est moi-même qu’il accueille, et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais celui qui m’a envoyé. »

Marc 9.30/37

Ces serviteurs du Christ n’avaient pas pris pleinement conscience de la gravité de leur engagement, de celui du Seigneur, et de la valeur de l’enjeu : le salut de l’humanité, leur salut, mon salut. Ils ne réalisaient pas qu’ils allaient prendre part à la plus grande bataille de l’histoire : celle que le fils de Dieu allait livrer contre le prince des ténèbres. Leurs préoccupations étaient bien plus terrestres : je veux être le plus grand !

Le plus grand par rapport à quoi ?

Le plus grand des douze apôtres.

Ayant été appelés par le Christ lui-même, ils représentaient une classe à part, un groupe de privilégiés, et ça, ils l’avaient bien compris. Ce qu’ils avaient aussi compris, c’est que Jésus était destiné à être roi et, étant ses plus proches collaborateurs, ils espéraient bien devenir ministres. En bons politiciens, ils se chamaillaient déjà pour savoir qui serait premier ministre, qui sera directement assis à la droite ou à la gauche du maître. Il n’y a que deux places, forcément, et la lutte sera serrée. Ce qu’ils n’avaient pas compris, c’est qu’avant d’être roi, il fallait que Jésus soit la serpillière de l’humanité. Ce qu’ils n’avaient pas compris non plus, c’est qu’avant d’être les « grands » apôtres, il fallait qu’ils parcourent les villes et les campagnes pour y prêcher l’Évangile, qu’ils soient la risée des hommes, qu’ils soient emprisonnés et qu’ils subissent le martyre.

Ne nous arrive-t-il pas de nous croire les plus grands ou de vouloir le devenir ?

– Oui, chaque fois que nous regardons à nous-mêmes au lieu de lever les yeux vers le Christ.

Un de mes camarades, à l’école biblique, proclamait : « Quand je serai prédicateur, je refuserai de prêcher devant moins de deux cents auditeurs. » Un autre disait qu’un pasteur ne devrait pas avoir moins de soixante personnes (c’est déjà plus modeste) dans son auditoire habituel, sinon, il risque de tomber dans la déprime, et ce n’est pas bon. Merci pour moi ! Quand j’ai trente participants au culte, je me dis : « C’est un bon dimanche, il y a beaucoup de monde ce matin. »

Même les chrétiens veulent parfois être les plus grands. Si nous chantons pour Dieu, nous voudrions être le plus grand des chanteurs, si nous prêchons, nous voudrions être le plus grand des prédicateurs, ou le plus grand des pasteurs. Il m’arrive quelquefois de rêver d’être le plus grand des auteurs.

Allons ! Allons ! Réveillons-nous !

Les églises de masses, « mega-churches » comme on les appelle, ne sont-elles pas le reflet du désir d’être les plus grands et d’en jeter plein la vue aux hommes ? Où donc est cette vision du retour à la foi toute simple des premiers chrétiens ? Les grands patrons de ces supermarchés de la foi (au sens propre autant qu’au figuré puisque, maintenant, certaines de ces églises possèdent un centre commercial au rez-de-chaussée) ne devraient-ils pas relire Justin-Martyr, lequel nous a laissé une description des premiers cultes de l’histoire du christianisme ?

Insensés que nous sommes de courir pour une couronne de fer, alors que c’est une couronne d’or qui nous est promise dans le Ciel !

En recherchant ces honneurs terrestres plutôt que l’honneur de Dieu, nous sommes de ceux dont Paul dit qu’ils servent Christ dans leur propre intérêt, selon qu’il écrit :

Certains, il est vrai, proclament Christ par jalousie, avec un esprit de rivalité, mais d’autres le proclament avec de bonnes intentions. Les uns agissent par amour, sachant que je suis là pour la défense de l’Évangile ; les autres, animés d’un esprit de rivalité, annoncent Christ avec des intentions qui ne sont pas pures et avec la pensée d’augmenter les souffrances de ma détention. Qu’importe ? De toute manière, que ce soit pour de mauvaises raisons, que ce soit sincèrement, Christ est annoncé. Je m’en réjouis et je m’en réjouirai encore, car je sais que cela aboutira à mon salut, grâce à vos prières et à l’assistance de l’Esprit de Jésus-Christ. Conformément à ma ferme attente et à mon espérance, je n’aurai honte de rien, mais maintenant comme toujours, la grandeur de Christ sera manifestée avec une pleine assurance dans mon corps, soit par ma vie, soit par ma mort. En effet, Christ est ma vie et mourir représente un gain.

Philippiens 1.15/21

Rappelons que Paul est en prison quand il écrit ces lignes. Sa seule grandeur, son seul honneur, sa seule gloire, c’est d’être en prison à cause de Jésus-Christ, et d’avoir été « Crucifié avec lui » :

J’ai été crucifié avec Christ ; ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ; et ce que je vis maintenant dans mon corps, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est donné lui-même pour moi.

Galates 2.20

À ceux qui, comme les fils de Zébédée, se chamaillent comme des enfants pour avoir la plus grosse part du kouglof, Jésus leur dit :

Si vous voulez devenir des maîtres, soyez d’abord des serviteurs. Si vous voulez être des grands, soyez d’abord des petits.

Si nous voulons être les plus grands, c’est finalement tout à notre honneur, à condition de choisir pour modèle celui qui est vraiment le plus grand : Jésus-Christ. Mais souvenons-nous qu’avant d’être le plus grand, il a fallu qu’il soit abaissé au plus bas.

 

Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi en devenant malédiction pour nous, puisqu’il est écrit : Tout homme pendu au bois est maudit.

Galates 3.13

Examinons maintenant le cas de Pierre.

Son problème, c’est qu’il avait la langue plus rapide que le cerveau.

J’assistais, pour la mille et unième fois, à la projection du film « la Croix et le poignard ». Nous arrivons à la scène où la salle n’est occupée que par une dizaine de chrétiens qui attendent tranquillement le début de la manifestation. Contre toute attente, les « Mau-Maus » arrivent et investissent tous les rangs de droite. Les chrétiens commencent à quitter la salle. Voilà maintenant que les « Bishops » arrivent à leur tour et envahissent les rangs de gauche.

« Oh ! la ! la ! Ça se gâte ! »

Les braves gens qui avaient eu le courage de rester s’éclipsent à leur tour.

« Ah ! Ça, c’est bien les chrétiens de nos églises ! » dit mon voisin.

« Qu’est-ce que tu aurais fait dans la même situation ?

– Moi ? Mais je serais resté ! »

Et vous, cher lecteur ? En ce qui me concerne, je crains, quitte à vous décevoir, d’avoir fait partie des peureux.

Pierre, quant à lui, n’avait peur de rien. Il n’avait pas même peur de la mort. Il savait que ses compagnons allaient abandonner Jésus dès que la fortune aurait tourné contre lui, mais lui, Pierre, ne mangeait pas de ce pain-là.

Après avoir chanté les psaumes, ils se rendirent au mont des Oliviers. Alors Jésus leur dit : « Vous trébucherez tous, cette nuit, à cause de moi, car il est écrit : Je frapperai le berger et les brebis du troupeau seront dispersées. Mais, après ma résurrection, je vous précéderai en Galilée. » Pierre prit la parole et lui dit : « Même si tous trébuchent à cause de toi, ce ne sera jamais mon cas. » Jésus lui dit : « Je te le dis en vérité, cette nuit même, avant que le coq chante, trois fois tu me renieras. » Pierre lui répondit : « Même s’il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous les disciples dirent la même chose.

Matthieu 26.30/35

Voilà un engagement pris à la légère.

Souvenons-nous de Jephthé et de son vœu funeste :

L’Esprit de l’Éternel reposa sur Jephthé. Il traversa Galaad et Manassé, puis il passa à Mitspé de Galaad. De là, il marcha contre les Ammonites. Jephthé fit un vœu à l’Éternel. Il dit : « Si tu livres les Ammonites entre mes mains, toute personne qui, à mon heureux retour de chez les Ammonites, sortira de chez moi pour venir à ma rencontre appartiendra à l’Éternel, et je l’offrirai en holocauste. »

Jephthé marcha contre les Ammonites et l’Éternel les livra entre ses mains. Il leur infligea une très grande défaite, depuis Aroër jusque vers Minnith, espace qui comptait 20 villes, et jusqu’à Abel-Keramim. Les Ammonites furent humiliés devant les Israélites.

Jephthé retourna chez lui à Mitspa. Et voici que sa fille sortit à sa rencontre avec des tambourins et des danses. C’était son seul enfant : il n’avait pas de fils et pas d’autre fille. Dès qu’il la vit, il déchira ses vêtements et dit : « Ah ! ma fille ! Tu me jettes dans l’abattement, tu fais partie de ceux qui me troublent ! J’ai fait un vœu à l’Éternel et je ne peux revenir en arrière. » Elle lui dit : « Mon père, si tu as fait un vœu à l’Éternel, traite-moi conformément à tes paroles, maintenant que l’Éternel t’a vengé de tes ennemis, des Ammonites. » Elle dit encore à son père : « Accorde-moi seulement ceci : laisse-moi partir pendant deux mois ! Je m’en irai, je me rendrai dans les montagnes et j’y pleurerai ma virginité avec mes compagnes. » Jephthé répondit : « Vas-y ! » et il la laissa partir pour deux mois. Elle s’en alla avec ses compagnes et pleura sa virginité sur les montagnes. Au bout des deux mois, elle revint vers son père et il accomplit sur elle le vœu qu’il avait fait. Elle n’avait pas eu de relations avec un homme. Il y eut depuis lors une prescription en Israël : tous les ans, quatre jours par an, les filles d’Israël s’en vont célébrer la fille de Jephthé le Galaadite.

Juges 11.29/40

Le sage Salomon avait bien raison lorsqu’il recommandait de ne pas se hâter d’ouvrir la bouche quand il s’agissait de prononcer un vœu, et de ne pas agir comme les insensés. (Ecclésiaste 5.1/6)

N’était-il pas insensé, le vœu de ce groupe d’intégristes qui, selon Actes 23.12, « formèrent un complot et firent des imprécations contre eux-mêmes, en disant qu’ils s’abstiendraient de manger et de boire jusqu’à ce qu’ils eussent tué Paul ? »

Imprécation contre eux-mêmes ! Voilà ce qu’on appelle aller acheter la corde pour nous pendre ! Ils ont dit :

« Voilà, Seigneur, nous te demandons de nous faire mourir si nous mangeons un grain de mil avant d’avoir tué Paul. »

Ensuite, ils ont dû se dire les uns aux autres :

« Bon ! Dépêchons-nous de zigouiller cet hérétique ! C’est qu’on commence à avoir faim ! »

Manque de chance pour eux : Paul ne s’est pas montré particuliè-rement coopératif et ne s’est pas laissé tuer.

La Bible ne nous dit pas ce que sont devenus ces énergumènes. Ils ont, bien entendu, gagné une page dans le « Guinness » en pulvérisant le record du plus long jeûne de l’histoire, mais ont dû se résoudre à un triste dilemme : ou bien recevoir la malédiction divine qu’ils ont eux-mêmes appelée, ou bien mourir de faim.

Après tout, c’est bien fait pour eux !

Parler beaucoup, agir peu, c’est souvent présumer de ses capacités.

« Quand je serai grand, je serai cosmonaute ».

Présomption bien pardonnable quand on a dix ans.

« Ce monde est tordu, je vais le redresser ».

Là, je me reconnais quand j’avais quinze ans.

Mais peut-on accepter une telle manière de penser d’un chrétien adulte ?

« Moi je n’ai pas peur de la persécution. Si elle vient dans notre pays, je ne renierai pas mon Dieu, même sous la torture. »

Je me place ainsi sur le podium, et je dépasse d’une tête la médaille d’argent et la médaille de bronze.

Alors, je juge les autres, qui sont plus faibles. Et l’apôtre Paul me rappelle à l’ordre :

Ainsi donc, que celui qui croit être debout prenne garde de tomber !

1 Corinthiens 10.12

Au cas où je n’aurais toujours pas compris, l’apôtre Jacques m’en remet une couche :

Il accorde, au contraire, une grâce plus excellente ; c’est pourquoi l’Écriture dit : Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. Soumettez-vous donc à Dieu ; résistez au diable, et il fuira loin de vous. Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs ; purifiez vos cœurs, hommes irrésolus. Sentez votre misère ; soyez dans le deuil et dans les larmes ; que votre rire se change en deuil, et votre joie en tristesse. Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera. Ne parlez point mal les uns des autres, frères. Celui qui parle mal d’un frère, ou qui juge son frère, parle mal de la loi et juge la loi. Or, si tu juges la loi, tu n’es pas observateur de la loi, mais tu en es juge.

Jacques 4.6/11

Ces paroles, prononcées à la légère, ont généralement de fâcheuses conséquences.

Ne nous attardons pas sur le cas de Jephthé, que nous avons déjà développé.

Attardons-nous plutôt sur celui de Pierre :

Jésus vient d’être appréhendé. Les disciples, qui n’ont rien pu faire avec leurs pauvres moyens, pour s’opposer à son arrestation, se dispersent, désemparés.

Bien que bénéficiant du climat méditerranéen, Jérusalem s’étend à près de mille mètres d’altitude, et les nuits y sont fraîches.

Pierre, qui commence à grelotter, aperçoit dans une cour un groupe de quidams qui se réchauffe au pied d’un brasero. Il s’approche du feu et se frotte les mains.

Remarquons au passage que, pour déstabiliser Pierre, Dieu aurait pu lui envoyer le Député-Maire de Jérusalem, ou une équipe de soudards aux muscles épais, mais c’est une petite jeune fille qui l’aborde avec un grand sourire :

« J’ai l’impression de vous avoir déjà vu quelque part. Ah ! Ça y est, j’y suis ! Vous étiez avec ce type, là, Jésus de Nazareth ! »

Pierre la regarde, surpris.

« Je la connais cette fille, elle travaille chez Caïphe. Je sens qu’elle va m’attirer des ennuis. »

« Vous devez faire erreur, Mademoiselle. Je suis désolé, mais je n’ai jamais entendu parler de cet homme-là. »

Et pour éviter les problèmes, il se dirige en catimini vers la sortie.

Une autre servante, moins discrète, le montre du doigt :

« Vous voyez ce gars ? Il était avec Jésus de Nazareth ! »

Pierre commence à s’énerver.

« Mais qu’est-ce que vous avez tous ? Je vous jure que je ne connais pas cet homme ! »

Voilà que tout ce petit monde s’attroupe autour de Pierre. Pour une sortie discrète, c’est réussi !

« Tu es de sa bande. Ne dis pas le contraire ! On t’a vu ! D’ailleurs, tu as l’accent du nord. Tu es Galiléen comme lui.

– Ça ne prouve rien du tout ! Que Dieu me coupe en petits dés si j’ai quelque chose à voir avec cet homme !

– Cocorico ! »

Le coq se met à chanter. Pierre se met à pleurer.

Cet incident nous est relaté en Matthieu 26.69/75.

Nous apprenons ensuite que Jésus n’est pas rancunier :

Lorsqu’ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre : « Simon, fils de Jonas, m’aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que j’ai de l’amour pour toi. » Jésus lui dit : « Nourris mes agneaux. »

Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jonas, m’aime-tu ? » Pierre lui répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que j’ai de l’amour pour toi. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes brebis. »

Il lui dit, la troisième fois : « Simon, fils de Jonas, as-tu de l’amour pour moi ? » Pierre fut attristé de ce qu’il lui avait dit, la troisième fois : « As-tu de l’amour pour moi ? » et il lui répondit : « Seigneur, tu sais tout, tu sais que j’ai de l’amour pour toi. » Jésus lui dit : « Nourris mes brebis.

Jean 21.15/17

Fort heureusement pour lui, Pierre a su tirer des leçons de toutes ses erreurs. Lorsque nous lisons le livre des Actes, nous le voyons tenir tête aux autorités religieuses qui voudraient lui interdire de prêcher Christ.

Quand nous lisons ses deux épîtres, nous sommes éblouis de la sagesse qu’il s’est acquise en vieillissant, et des progrès qu’il a accomplis dans la connaissance de la pensée divine.

Et puis, cette promesse irréfléchie que Pierre a formulée dans un moment d’exaltation : « Même s’il me faut mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Il l’a finalement tenue, puisqu’il a préféré mourir crucifié tête en bas plutôt qu’abjurer sa foi en Christ.

Les prédicateurs oublient souvent de le dire, mais Jésus lui-même lui rend cet hommage :

En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais plus jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu tendras les mains et c’est un autre qui attachera ta ceinture et te conduira où tu ne voudras pas. »

Il dit cela pour indiquer par quelle mort Pierre révélerait la gloire de Dieu. Puis il lui dit : « Suis-moi. »

Jean 21.18/19

Terminons par le cas de Marc (ou Jean-Marc), un jeune homme courageux, mais pas téméraire.

Il était tard et toute la famille s’était couchée. Notre bébé Marc n’était pas très bien et avait un peu de fièvre, mais il n’y avait pas de quoi nous inquiéter. Demain, nous l’aurions emmené chez le médecin.

Dans la nuit, mon épouse Josiane s’est levée. Elle est allée voir Marc ; il n’allait pas bien du tout et la fièvre avait monté. Elle s’est sentie poussée à prier intensément pour lui. Au bout de quelques minutes, Marc a expectoré un bon bol de cochonneries et s’est senti mieux. Ma femme m’a rapporté l’incident le lendemain. Moi j’étais dans mon lit entre deux sommeils et je ne m’étais aperçu de rien.

Je n’étais pas très fier de moi, et je me suis rappelé cet épisode de la passion de Jésus :

Ils se rendirent ensuite dans un endroit appelé Gethsémané, et Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici pendant que je prierai. »

Il prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il commença à être saisi de frayeur et d’angoisse. Il leur dit : « Mon âme est triste à en mourir ; restez ici, éveillés. » Puis il avança de quelques pas, se jeta contre terre et pria que, si cela était possible, cette heure s’éloigne de lui. Il disait : « Abba, Père, tout t’est possible. Éloigne de moi cette coupe ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Il vint vers les disciples, qu’il trouva endormis, et il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas pu rester éveillé une seule heure ! Restez vigilants et priez pour ne pas céder à la tentation. L’esprit est bien disposé, mais par nature l’homme est faible. » Il s’éloigna de nouveau et fit la même prière. Il revint et les trouva encore endormis, car ils avaient les paupières lourdes. Ils ne surent que lui répondre. Il revint pour la troisième fois et leur dit : « Vous dormez maintenant et vous vous reposez ! C’est assez ! L’heure est venue ; voici que le Fils de l’homme est livré entre les mains des pécheurs. Levez-vous, allons-y ! Celui qui me trahit s’approche. »

Marc 14.32/42

Les disciples, tout comme moi, n’avaient pas saisi la gravité de la situation, c’est pourquoi ils dormaient comme des loirs pendant que Jésus, tout près d’eux, souffrait l’agonie. Il transpirait du sang, ce qui, médicalement, peut s’expliquer par une émotion très intense.

Mais lisons maintenant la suite du récit :

Il parlait encore quand soudain arriva Judas, l’un des douze, avec une foule armée d’épées et de bâtons envoyée par les chefs des prêtres, par les spécialistes de la loi et par les anciens. Celui qui le trahissait leur avait donné ce signe : « L’homme auquel je donnerai un baiser, c’est lui. Arrêtez-le et emmenez-le sous bonne garde ! » Dès qu’il fut arrivé, il s’approcha de Jésus en disant : « Maître ! » et il l’embrassa.

Alors ces gens mirent la main sur Jésus et l’arrêtèrent. Un de ceux qui étaient là tira l’épée, frappa le serviteur du grand-prêtre et lui emporta l’oreille. Jésus prit la parole et leur dit : « Vous êtes venus vous emparer de moi avec des épées et des bâtons, comme pour un brigand. J’étais tous les jours parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est afin que les Écritures soient accomplies. » Alors tous l’abandonnèrent et prirent la fuite. Un jeune homme le suivait, habillé d’un simple drap. On l’attrapa, mais il lâcha le drap et se sauva tout nu.

Marc 14.43/52

Voici maintenant les disciples face à une situation qu’ils ne peuvent comprendre, encore moins maîtriser. C’est pourquoi Pierre, dont le bras est, tout comme la langue, plus rapide que le cerveau, tire l’épée et mutile un des sbires de Caïphe. C’est la meilleure façon, à vue humaine, de régler le problème.

Ils sont tous impuissants devant ce désastre. Jésus, quant à lui, réagit dignement. Bien qu’ayant le pouvoir, comme Élie, de faire tomber le feu du ciel, il se rend sans résistance, afin que s’accomplisse l’Écriture.

Brusquement privés de leur meneur, les disciples se dispersent comme une volée de perdrix entendant le feu du chasseur.

Dans sa fuite, Marc échappe de peu à l’arrestation. Il n’y parvient qu’en abandonnant son vêtement dans les mains de celui qui croyait le saisir, et s’enfuit tout nu.

Dans la Bible, la nudité est toujours associée à l’idée de misère, d’impuissance et d’humiliation.

Le ministère apostolique de Marc commence plutôt mal.

Malgré cette déconvenue, Marc ne cessera pas de marcher avec le Seigneur.

C’est dans sa maison familiale que Pierre, miraculeusement délivré de la prison d’Hérode, trouvera refuge. (Actes 12.12)

Marc forma un trio missionnaire avec Paul (ou Saul) et Barnabas après la mort d’Hérode, mangé tout cru par les asticots. (Actes 12.25)

Au chapitre 13, la mission prend un cours plus sérieux, puisque le Saint-Esprit prend à part Paul et Barnabas pour un ministère particulier. Bien qu’il n’ait pas reçu nominalement l’appel, Marc, qui bénéficie de la confiance de ses compagnons, est engagé en tant qu’assistant. (Actes 13.1/5)

Marc s’embarque donc à Séleucie, en voile vers Salamine, sur l’île de Chypre.

À Paphos, il est témoin de la défaite du magicien Élymas et de la conversion du proconsul Sergius Paulus. (Actes 13.6/12)

Cette expérience extraordinaire aurait dû fortifier notre jeune ami et l’encourager à pousser plus loin l’aventure.

Je reconnais qu’en vieillissant, je suis devenu un peu pantouflard. Où est le temps où je faisais le tour d’Autriche à bicyclette ?

Marc avait la jeunesse pour lui, mais pas tout le dynamisme :

« On va marcher encore loin comme ça ? »

Il se résigne néanmoins à poursuivre le voyage jusqu’en Pamphylie, mais arrivé à Perge, il en a vraiment assez. Il décide de se séparer du groupe et de rentrer chez mémé. (Actes 13.13)

Marc a sans doute raté l’occasion de s’engager dans un « grand » ministère, c’est-à-dire un ministère dans lequel il se serait fait remarquer. Mais si le livre des Actes ne dit plus rien de ses activités ; cela ne signifie pas qu’il soit resté sans rien faire. Préférant être un bon lieutenant qu’un mauvais capitaine, il a su se rendre utile dans le cadre de son église locale.

De retour en Terre-Sainte, Paul et Barnabas participent à la houleuse conférence Jérusalem, puis décident bientôt de reprendre la route. Barnabas suggère de prendre Marc avec eux.

« Ah ! Non ! Pas question de se trimballer ce boulet ! Il va nous lâcher au premier caillou dans la chaussure. »

Paul avait définitivement collé sur son front l’étiquette de fainéant et de bon à rien. Barnabas, au contraire, était d’avis que son expérience lui aurait permis de mûrir et de réfléchir à l’importance de ses engagements. Mais cette deuxième chance lui est refusée.

Voilà du même coup Paul fâché avec Barnabas. Les deux compagnons se séparent. Paul poursuit son projet avec Silas, tandis que Marc et Barnabas retournent à Chypre, où ils vont fortifier l’œuvre qui a été commencée. (Actes 15.36/41)

À partir de ce moment, Marc et Barnabas ne sont plus nommés dans le livre des Actes. Marc n’avait pas la vocation missionnaire, mais plutôt celle d’ancien ou de pasteur. L’important est de demeurer fidèle dans l’œuvre que Dieu nous a confiée.

Les années ont passé, Paul est devenu vieux, Marc aussi a vieilli. Parvenu au terme de sa vie et de son ministère, Paul écrit à Timothée :

Tâche de me rejoindre au plus vite, car Démas m’a abandonné par amour pour le monde présent et il est parti pour Thessalonique, tandis que Crescens est allé en Galatie et Tite en Dalmatie. Luc seul est avec moi. Prends Marc et amène-le avec toi, car il m’est utile pour le ministère.

2 Timothée 4.9/11

Nous ne savons pas pourquoi Crescens et Tite ont quitté l’apôtre Paul, mais nous savons pourquoi Démas l’a abandonné : à la couronne d’or qui lui était réservée, il a préféré la couronne de fer des vanités de ce monde.

Jean-Marc, durant toute sa vie, n’a cessé d’être fidèle. Le vieil apôtre reconnaît en lui un ouvrier efficace et apprécié. Oubliant les différends du passé, il l’appelle auprès de lui pour continuer à servir la cause de l’Évangile.

Il nous arrive de contrarier les plans de Dieu à cause de notre précipitation, ou parce que nous prenons nos désirs et nos lubies pour sa volonté. Le maître, heureusement, connaît nos manières de penser et d’agir, et sait les retourner pour notre bien et pour sa gloire.

Jacques et Jean voulaient être les plus grands, et finalement ils l’ont été, mais non pas comme ils l’espéraient. Ils ignoraient que l’accès à la grandeur devait passer par la case martyre.

Pierre, trop prompt à parler, trop sûr de sa force et de son courage, a dû apprendre, par l’humiliation, à remporter des victoires en s’appuyant uniquement sur le bras de Jésus.

Marc, le serviteur qui fuyait devant les difficultés a servi toute sa vie dans un ministère obscur, mais glorieux.

Je me reconnais au travers de ces quatre disciples. Combien ma vie aurait été plus facile si j’avais su discerner dès mes premiers pas le chemin que Dieu m’avait tracé ! Que d’embûches, d’échecs, de désillusions m’auraient été évitées ! Mais les erreurs, les mauvais choix, les fausses directions, tout cela concourt finalement au bien de l’enfant de Dieu et lui permet de trouver sa véritable place dans le service.