Pierre apprend à marcher

Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l’autre côté, pendant qu’il renverrait la foule. Quand il l’eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l’écart ; et, comme le soir était venu, il était là seul. La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots ; car le vent était contraire. À la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent : C’est un fantôme ! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. Jésus leur dit aussitôt : Rassurez-vous, c’est moi ; n’ayez pas peur ! Pierre lui répondit : Seigneur, si c’est toi, ordonne que j’aille vers toi sur les eaux. Et il dit : Viens ! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur ; et, comme il commençait à enfoncer, il s’écria : Seigneur, sauve-moi ! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa. Ceux qui étaient dans la barque vinrent adorer Jésus, et dirent : Tu es véritablement le Fils de Dieu.

Matthieu 14.22/33

C’était une journée bien chargée pour Jésus. Ce soir même, il avait nourri cinq mille familles avec seulement cinq pains et deux poissons. Après cet exploit, le Seigneur aurait été en droit de revendiquer quelques heures de sommeil et la remise au lendemain de la suite de son programme. Pourtant notre texte nous renseigne sur ses activités immédiates : Pas question d’aller dormir, et nous ne comprenons que mieux le sens de ses paroles :

Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids, mais le Fils de l’homme n’a pas un lieu où il puisse reposer sa tête.

Luc 9.58

Un rassemblement s’achève. Les assistants se séparent, Jésus renvoie la foule et prend le temps de saluer les uns et les autres. Pour ne pas prendre trop de retard, il donne des consignes à ses disciples.

« Ne m’attendez pas, prenez une barque et partez maintenant pour Génésareth, de l’autre côté du lac. Je vous rejoindrai plus tard. Je vous rappelle que nous y sommes attendus demain matin pour une mission de guérison. »

Ainsi, Jésus se sépare de ses apôtres. Il les laisse agir seuls, mais ne les oublie pas. Une fois libéré de ses obligations relationnelles, il se met en chemin, non pour rejoindre directement ses compagnons, mais pour prier à l’écart, sur une montagne, en tête à tête avec son Père.

Il fait nuit, et le Seigneur, tout en priant, peut apercevoir de son promontoire les feux des habitations qui dessinent le contour du lac de Tibériade. Il aperçoit aussi, au milieu de l’immensité obscure, un minuscule point de lumière. C’est la barque des disciples.

J’habitais autrefois la Vallée de Montmorency, une vallée sans rivière. Lorsque j’avais terminé ma journée de travail, je ne rentrais pas directement chez moi, mais je montais à Argenteuil, au sommet de la butte d’Orgemont. De là-haut, ma vue contemplait toute la vallée et je commençais à prier pour les villes qui s’étendaient à mes pieds : Ermont, Eaubonne, Franconville, Soisy, Sannois, Le Plessis-Bouchard, Saint-Leu… Les collines et les montagnes sont de bons lieux pour prier. De même, Jésus intercédait pour ces villes et villages éclairés dans la nuit : Magdala, Capernaüm, Tibériade, Bethsaïda… Il priait aussi pour cette petite barque au milieu de la mer de Galilée, et surtout pour ses occupants craintifs.

C’est la quatrième veille de la nuit, environ trois heures du matin. Le vent se lève, Jésus se met en marche.

La tempête

Sur les flots, la traversée a perdu son caractère de promenade nocturne et romantique. Les vagues frappent de plus en plus rudement la coque, le bateau roule et tangue, il n’est plus possible de s’y tenir debout sans s’accrocher à un cordage. La barque est battue par les flots. Les vents sont contraires.

Je regardais un jour une émission dans laquelle un marin expliquait à des enfants le fonctionnement d’un voilier : en manœuvrant les voiles, on peut diriger le bateau dans toutes les directions, quelle que soit celle du vent. Il existe une seule exception : si la direction du vent est exactement opposée à celle que doit prendre le navire.

« Que fait-on dans cette situation ? » Demande le marin.

« On attend que le vent ait changé de direction, » répond un petit garçon.

« C’est une possibilité, » répond le marin, « Mais cela peut demander beaucoup de temps. La meilleure solution est de maintenir le bon cap en naviguant vers bâbord, puis vers tribord. Cela s’appelle louvoyer. »

Louvoyer.

Notre vie n’est-elle pas une suite de louvoiements, souvent pénibles ? Les difficultés soufflent sur notre barque comme des vents contraires. La vie tangue à droite, la vie tangue à gauche.

Si notre vie ressemble à une barque fragile, la mer nous rappelle ce monde dans lequel nous vivons : quelquefois tranquille, si souvent agité.

Ce vent qui agite les flots et soulève les vagues n’est-il pas une belle image de nos passions, de notre méchanceté, de notre péché, qui est un refus de connaître Dieu ?

Un grand navire était un jour secoué par une violente tempête. Les passagers avaient été invités à se rassembler sur le pont, munis de gilets de sauvetage. Ce n’est pas bon signe. Les voyageurs avaient peur. L’équipage, pourtant aguerri aux dangers de la mer, n’en menait pas large non plus. Seule une petite fille continuait à jouer, sans crainte ni soucis.

« Et toi, ma petite, tu n’as pas peur ?

– Nous ne pouvons pas faire naufrage : le capitaine, c’est mon papa ! »

Avons-nous un capitaine pour diriger le navire de nos vies ? Celui-ci est-il assez habile pour nous garder du naufrage lorsque le vent du péché déchire les voiles et que l’océan du monde se déchaîne ?

Les disciples avaient un capitaine, un maître qui savait comment les tirer de leurs difficultés.

Jésus ne savait certainement pas manœuvrer les cordages et les voiles. Ce n’était pas un marin, mais il savait faire taire le vent et apaiser les vagues.

Les disciples ont déjà vécu les périls de la navigation. Tous étaient alors effrayés de ce que leur barque était prête à chavirer. Jésus voyageait avec eux, mais il n’avait cure de leur problème : il dormait. Lisons cette aventure dans l’Évangile de Marc :

Ce même jour, sur le soir, Jésus leur dit : Passons sur l’autre bord. Après avoir renvoyé la foule, ils l’emmenèrent dans la barque où il se trouvait ; il y avait aussi d’autres barques avec lui. Il s’éleva un grand tourbillon, et les flots se jetaient dans la barque, au point qu’elle se remplissait déjà. Et lui, il dormait à la poupe sur le coussin. Ils le réveillèrent, et lui dirent : Maître, ne t’inquiètes-tu pas de ce que nous périssons ? S’étant réveillé, il menaça le vent, et dit à la mer : Silence ! tais-toi ! Et le vent cessa, et il y eut un grand calme. Puis il leur dit : Pourquoi avez-vous si peur ? Comment n’avez-vous point de foi ? Ils furent saisis d’une grande frayeur, et ils se dirent les uns aux autres : Quel est donc celui-ci, à qui obéissent même le vent et la mer ?

Marc 4.35/41

Comme ils auraient été rassurés si Jésus avait été ici, avec eux ! Il aurait résolu le problème en deux secondes. Mais il était absent.

« Est-ce qu’il pense seulement à nous ? » se disaient certains.

Avez-vous un capitaine pour vous diriger quand votre vie tourne au naufrage ?

Il se peut que vous n’en ayez pas besoin. Ce sont les gens faibles et pusillanimes, ou bien les simples d’esprit qui ont besoin de s’accrocher à une religion.

« Je suis mon propre capitaine et je manie mon gouvernail comme je veux.

– Et quand tout va mal ?

– Je prends des tranquillisants. »

Jésus marche sur l’eau

Séjournant en Suisse, durant l’été 1982, je n’ai pas manqué de visiter Lucerne ni de voir le célèbre lac des Quatre Cantons, cette longue bande d’eau verte encastrée dans les montagnes abruptes. Ce lac renferme une histoire que les Suisses connaissent bien : Guillaume Tell était tombé entre les mains de ses ennemis qui devaient le conduire à Lucerne pour être jugé, et probablement pendu. Le lac était le moyen le plus rapide se s’y rendre. Guillaume Tell fut donc mené lié dans une barque. Le vent s’est levé, amplifié par les montagnes. La barque était battue par les flots et allait sombrer. Guillaume Tell était le seul capable de la diriger dans cette situation. Ses convoyeurs prirent le risque de le délier. Il mena le canot vers la rive, sauta sur un rocher et repoussa l’embarcation vers le large.

Et si notre capitaine nous traitait ainsi ?

Vous m’avez méprisé quand la mer était calme, maintenant débrouillez-vous sans moi.

Jésus est loin des yeux, il est proche du cœur.

Il intercède pour ses disciples.

Il intercède pour ses amis.

Il intercède aussi pour ses ennemis.

Il pardonne à ceux qui l’ont crucifié.

Jésus s’approche. Il descend de la montagne.

Jésus s’approche. Il est parvenu à la rive.

Il ne trouve pas de bateau pour rejoindre ses amis. Qu’importe ; Jésus s’approche.

Quel est ce prodige ? Jésus pose son pied sur l’eau. À cet endroit précis, la vague s’apaise. Il pose l’autre pied sur l’eau. Son corps ne s’enfonce pas.

Il s’avance sur la mer. Devant ses pieds, l’eau noire forme une allée. Il s’avance. Il s’avance plus loin.

« Regardez là-bas ! » dit Barthélemy. « Qu’est-ce que c’est que ça ? » s’écrie Jacques.

Le vêtement blanc du Seigneur se détache dans la nuit comme une silhouette aux contours imprécis.

« C’est un fantôme ! » crie Marc, des trémolos dans la voix.

Tous hurlent de terreur :

« Nous sommes perdus ! Il vient nous emmener dans l’Empire des profondeurs. »

N’ayez pas peur

Jésus entend leur frayeur et s’empresse de calmer leurs craintes.

« Rassurez-vous, c’est moi ; n’ayez pas peur ! »

N’avez-vous pas remarqué quelque chose d’absurde dans ce récit ?

Pour ma part, je m’étonne que les disciples de Jésus aient peur des fantômes, d’abord parce que ce sont des disciples de Jésus, mais surtout parce qu’ils sont juifs.

Les juifs ne craignent pas les fantômes. La Torah, leur livre saint, enseigne clairement que les morts vont dans le « Shéol », et qu’ils n’ont aucune possibilité d’en sortir.

En revanche, les Romains en avaient une peur bleue. Outre la foultitude de dieux qu’ils devaient servir, il leur fallait honorer les ancêtres. S’ils venaient à négliger leur dévotion domestique, le grand-père aurait pu revenir en pleine nuit leur tirer les doigts de pieds.

Bien qu’élevés dans une foi israélite irréprochable, les disciples du Seigneur s’étaient laissés influencer par les croyances de l’envahisseur romain. Ils étaient devenus superstitieux.

Le chrétien superstitieux ne fait plus confiance à Dieu, il fait confiance à ses saintes amulettes. Les chrétiens protestants évangéliques le sont parfois aussi. Ils attribuent alors au diable plus de pouvoir qu’il n’en possède. C’est ainsi qu’en 1983, des traités chrétiens ont été mis en circulation pour nous avertir que l’alignement des planètes allait provoquer un cataclysme mondial. Cette année-là, les marées ont eu un fort coefficient, mais la fin du monde annoncée n’a pas eu lieu.

C’est ainsi que le 6 juin 2006, certains chrétiens ont organisé un mouvement de prière universel parce que ce jour (6-6-06) était pour eux celui de Satan.

Ne laissons pas la superstition, si spirituelle qu’elle puisse paraître, nous détourner de notre espérance en Jésus.

Laissons plutôt Jésus s’approcher de nous, ayons confiance.

 

L’expérience de Pierre

Pierre n’est toujours pas très rassuré. Il a reconnu la voix du maître, et pourtant…

« Est-ce bien toi, seigneur ?

– C’est moi.

– Bien sûr ?

– C’est bien moi.

– Si c’est toi, ordonne que je te rejoigne en marchant sur l’eau.

– Viens ! »

Il lui fallait du courage et de l’audace, mais Pierre est un homme d’initiative, nous ne pouvons lui renier ce mérite.

Il avait bien compris l’enseignement de son maître. Quand on appartient au Christ, tout devient possible.

Et le Seigneur dit : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à ce sycomore : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer ; et il vous obéirait.

Luc 17.6

« Qu’est-ce qui m’a pris de lui dire ça ? » fut certainement la pensée de Pierre à ce moment précis.

« Enfin, allons-y ! »

Il passe une jambe par-dessus bord, pose avec d’infinies précautions un pied sur la mer qui s’est solidifiée comme sur Aldébaran. Le voilà rassuré. Il passe l’autre jambe, pose l’autre pied sur l’eau. Il ressemble à un funambule mal assuré. Les deux pieds joints, il tangue à droite, il tangue à gauche. Puis il met un pied devant l’autre. C’est, dit-on, la meilleure façon de marcher. Il avance vers Jésus.

Le Seigneur a tout accompli pour nous sur la croix, mais il nous demande un tout petit pas dans sa direction, c’est le pas de la foi.

Pierre prend de l’assurance : « Mais ça marche ! »

Malheureusement, une bourrasque le déséquilibre, et il se rappelle brusquement qu’il est au milieu de la mer et que la tempête sévit autour de lui.

Quand un pécheur s’approche de Jésus-Christ, l’adversaire de notre salut ne manque pas de l’intimider pour le détourner de sa foi naissante.

Pierre est déstabilisé. Aussitôt la mer se ramollit. Notre sympathique apôtre s’enfonce jusqu’aux genoux, puis jusqu’à la ceinture.

« Au secours ! »

Pauvre Pierre ! Ta première leçon de ski nautique n’a pas été couronnée de succès !

Seigneur, sauve-moi !

« Seigneur, sauve-moi ! »

Quand un malheureux crie, l’Éternel entend, Et il le sauve de toutes ses détresses. L’ange de l’Éternel campe autour de ceux qui le craignent, Et il les arrache au danger. Sentez et voyez combien l’Éternel est bon ! Heureux l’homme qui cherche en lui son refuge !

Psaume 34.6/8

Tel un bon maître-nageur, Jésus saisit la main de son élève qui boit la tasse. Celui-ci retrouve aussitôt sa confiance perdue.

« Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Le Seigneur n’a certainement pas prononcé cette parole sur le ton du blâme, mais plutôt sur celui de la condescendance amicale :

« Eh bien alors ! Où est donc ta foi ? »

Un Chinois avait décidé de devenir chrétien après avoir « essayé » plusieurs religions. Il témoignait ainsi de son expérience :

J’étais tombé dans un puits. Confucius est passé. Il m’a dit : « Que pouvons-nous y faire, mon pauvre ami ? C’est la fatalité. » Ensuite Bouddha est passé. Il m’a dit : « Je vais méditer sur la signification de ce malheur. » Puis Mahomet est passé. Il m’a dit : « C’est bien fait pour toi. Il fallait regarder où tu mettais les pieds. » Enfin Jésus est venu. Il ne m’a pas posé de questions. Il est descendu avec un filin, et il m’a remonté.

Après avoir redressé la situation, Jésus monte dans la barque. La barque de nos vies secouée par la tempête du monde et du péché. Aussitôt le vent cesse et la mer se calme.

Oh ! Si vous acceptiez Jésus dans votre barque ! Si vous vouliez qu’il entre dans votre cœur ! Lui seul saurait apaiser les tempêtes qui vous mènent à la perdition et au naufrage.

Dites-lui oui maintenant !

J’aimerais conclure avec un beau vers d’Alfred de Vigny, que j’ai, admettons-le, séparé de son contexte.

Notre vie serait elle une bouteille jetée à la mer, le poète écrit :

« Dieu la prendra du doigt pour la conduire au port. »