J’étais un écrivain raté (témoignage de l’auteur)

Né dans une famille non croyante, je n’ai connu ni le catéchisme, ni l’école du dimanche, j’ai donc été élevé sans religion.

Cette absence d’enseignement ne m’a pas empêché, durant mon enfance et ma jeunesse, de m’interroger sur l’existence de Dieu :

Dieu existe-t-il ? Et s’il existe, pourquoi ne semble-t-il pas s’intéresser aux problèmes des hommes ? J’ai posé ces questions sur les plateaux de la balance de mon raisonnement, et, au fil du temps, les résultats de la pesée ont évolué :

  • Dieu n’existe pas.
  • Dieu existe, mais il est incapable d’intervenir.
  • Dieu existe, et il est capable d’intervenir, mais il n’interviendra que le jour où l’homme, à force de bonne volonté, sera parvenu à établir sur la terre une harmonie parfaite.

À ces conceptions très personnelles se sont ajoutées par la suite des idées d’inspiration wagnériennes : « Tout artiste est un dieu puisqu’il ajoute quelque chose à la création ».

La musique (classique), la littérature et la poésie étaient devenues, dès l’adolescence, mon unique raison d’être.

Qu’il est facile de rêver quand on a quinze ans ! Les uns rêvent de devenir coureurs automobile, moi je rêvais d’être écrivain, poète, et compositeur, et bien sûr devenir célèbre !

Mes réflexions philosophiques et religieuses s’étaient aussi développées dans mon esprit et j’avais formé le projet de les matérialiser dans un livre révolutionnaire que j’aurais intitulé « De l’harmonie universelle ». Pendant des années j’ai reporté au lendemain la première goutte d’encre de ce que j’entrevoyais déjà comme un monument littéraire. Jamais je ne me sentais prêt à le commencer.

Pour ne pas gaspiller mon prétendu talent, je m’étais retranché dans l’isolement : le temps est trop précieux pour le perdre avec des amis.

À vingt ans, les rêves s’estompent pour laisser place à une réalité qu’il me fallait accepter : j’avais largement surévalué mes talents littéraires et musicaux, je ne deviendrai jamais célèbre et il me faudra, comme les autres mortels, travailler à l’usine ou au bureau pour gagner ma subsistance… à moins que dans une vie future, je parvienne à atteindre le but que j’avais manqué dans celle-ci.

Mais ma philosophie derrière laquelle je m’abritais ne me laissait plus d’espoir, car dans le fond de moi-même, je n’y croyais plus. Je me sentais très seul et cette vie m’était insupportable.

Pendant que, seul à Paris, je m’enlisais dans la dépression, ma mère, qui venait d’accepter Jésus comme son sauveur personnel avait entrepris une nouvelle vie. Quand en fin de semaine, je venais dans notre village de Picardie, elle me parlait du Seigneur et m’invitait à l’accompagner à l’église évangélique. Je l’écoutais par politesse, mais j’estimais avoir trop de soucis pour m’intéresser à la religion.

J’avais résolu dans mon cœur d’attenter à mes jours, ce que je fis un soir de janvier 1978, dans ma chambre de l’avenue Daumesnil. J’avais laissé sur ma table un testament expliquant les raisons de ma décision : j’y avais écrit substantiellement que Dieu ne pouvait pas me tenir rigueur de mon geste, parce qu’il valait mieux réussir sa mort que rater sa vie.

Je me réveillai pourtant, abasourdi par les médicaments, déçu de devoir continuer à vivre jusqu’à la prochaine tentative.

En attendant, il me fallait essayer de résoudre mes problèmes. Puisque la solitude me semblait être la cause de tous les maux, je me suis mis à acheter « le Chasseur français » et à m’inscrire à des cercles d’amitié par correspondance. Les résultats de ces démarches me déçurent et me rendirent plus triste encore.

Cependant, ma mère n’avait pas cessé de prier pour moi, elle m’offrit une Bible que j’acceptai. « Cela fait plaisir à Maman, pensais-je, et cela enrichira ma culture générale ».

Malgré ses conseils de commencer par les Évangiles, j’entrepris la lecture de la Bible comme celle d’un livre ordinaire, depuis le début jusqu’au découragement. Pourtant, lorsque je parvins au Psaume 22, versets 17 à 19[1], j’ai réalisé que c’était de Jésus que David parlait, dix siècles avant la crucifixion. Je fus à l’instant convaincu que la Bible est véritablement la parole de Dieu.

J’acceptai alors d’accompagner ma mère au culte, à Beauvais. Jours après jour, je voyais Dieu agir dans ma vie et apporter des réponses à mes questions.

Dieu répondait : voilà qui bouleversait toute ma philosophie personnelle.

J’hésitais pourtant à dire oui à Jésus. N’y avait-il pas un moyen d’harmoniser la Bible avec mes théories confuses ?

Ce n’est qu’un mois plus tard, le 22 juillet 1978, à Béziers que, le Seigneur ayant renouvelé son appel, je capitulai devant lui et acceptai son salut gratuit.

 

[1] Car des chiens m’environnent, Une bande de scélérats rôdent autour de moi, Ils ont percé mes mains et mes pieds. Je pourrais compter tous mes os. Eux, ils observent, ils me regardent ; Ils se partagent mes vêtements, Ils tirent au sort ma tunique.