L'inspiration - Ch VI

 Le Canon

A.                Définition.

            Le mot canon, d’origine grecque, désigne une règle à mesurer, un cordeau, un niveau, par extension, tout ce qui sert à régler, à déterminer la direction de quelque chose, ainsi le canon d’une arme à feu.

            Par extension, canon signifie aussi l’objet mesuré ou réglé. Un livre est reconnu canonique si  le rabbinat et/ou l’Eglise chrétienne l’ont reconnu comme inspiré et faisant partie des Ecritures.

B.                Nécessité du canon de l’Ecriture.

1)                 Le canon est nécessaire pour donner aux hommes une révélation complète de Dieu.

            La Bible est un livre composé par un auteur : le Saint - Esprit, sur un sujet : le salut. Ce sujet transparaît à travers la Bible entière et, si tous les livres n’y sont pas inclus dans leur ordre propre, la révélation de Dieu dans la Bible pour le salut n’est pas complète.

2)                 Le canon est nécessaire pour apporter aux hommes la parole de Dieu.

            Lorsque les prophètes et les apôtres vivaient, l’inspiration était effective. Après leur mort, l’inspiration cessa et il devint impératif de recueillir leurs écrits en un seul volume et de les préserver.

3)                 Le canon est nécessaire pour que les manuscrits des écrits inspirés soient préservés de la corruption et de la destruction.

            Ce fut particulièrement utile dans les temps hostiles du christianisme primitif. C’est ainsi qu’en 302, alors que Dioclétien avait ordonné de brûler tous les livres sacrés des chrétiens, il a fallu savoir quels livres étaient inspirés afin de les défendre et de les préserver.

4)                 Le canon est nécessaire afin que l’on puisse connaître les limites des écrits inspirés.

            Une masse importante de littérature a réclamé le droit d’admission dans le canon de l’Ancien et du Nouveau - Testament. Il fut donc indispensable de savoir combien de livres et lesquels doivent être considérés comme canoniques.

C.                Le Canon de l’Ancien Testament.

1)                 Fausse théorie concernant la formation du Canon.

a)             
  • Certains voudraient que le temps ait été le facteur déterminant. Ils prétendent que le canon inclut simplement toute l’ancienne littérature hébraïque, des livres hautement prisés et vénérés à cause de leur antiquité.
  • Cette théorie est réfutée par le fait que plus de 15 livres non canoniques sont mentionnés dans l’Ancien - Testament. (Par exemple : Livre des guerres de l’Eternel, Livre du Juste, Livre des Actes de Salomon, Livre de Nathan, Livre d’Hosaï.) Ces livres ont existé avant que beaucoup de livres canoniques aient été écrits. Cependant, ils ne furent pas inclus dans le Canon.
  • Il a été dit que le canon ne contient que les restes de littérature qui ait survécu dans la langue hébraïque ancienne.
  • Le canon contient des livres écrits aussi tard que 425 av. J.C. et la langue hébraïque a été employée bien après cette date.
  • On a dit que le canon était une anthologie des Classiques hébreux.
  • Cela ne peut être vrai car le caractère essentiel du canon de l’Ancien - Testament est exclusivement religieux.
  • Certains prétendent que les livres inclus dans le canon étaient ceux dont le contenu était conforme à  la loi mosaïque.
  • Il est certain que tous les livres de l’Ancien - Testament sont en accord avec l’enseignement de la Torah; mais tous les écrits conforme à la loi n’ont pas été inclus dans le canon.
  • Certains érudits ont prétendu que le critère de canonicité  fut la valeur morale et religieuse de chaque livre.
  • Il existe bien d’autres livres qui ont une valeur morale et religieuse acceptable mais qui ne furent pas pour autant inclus dans le canon.
b)             
c)             
d)             
e)             

2)                 Les trois étapes de la détermination de la canonicité.

« Dieu accorde :

  • L’inspiration aux auteurs sacrés.
  • L’illumination à l’individu bien disposé afin qu’il comprenne le texte inspiré.
  • Le discernement à la communauté des croyants afin qu’elle reconnaisse les livres d’origine divine et les conserve dans le canon. »

      PACHE p 145.2


3)                 La formation du Canon de l’Ancien Testament.

  • « Les événements de l’histoire d’Israël ont été dès le début consignés dans le livre.

                        EXODE 17.14

  • Les dix commandements écrits sur des tables de pierre furent déposés dans l’Arche de l’Alliance.

                        EXODE 40.20

  • Le Livre de l’Alliance contenait les premiers statuts rédigés par Moïse.

                        EXODE 20.23/23.33

  • La loi tout entière fut placée dans le lieu - très - saint à coté de l’Arche de l’Alliance.

                        DEUTERONOME 31.24/26

  • Josué à son tour écrivit « dans le livre de la loi de Dieu » les choses qui lui ont été révélées.

                        JOSUE 24.25/26

  • Samuel consigna le droit à la royauté dans un livre qu’il déposa devant l’Eternel.

                        1 SAMUEL 10.25

  • Une allusion est faite au livre de Samuel le voyant à propos des premières actions de David.

                        1 CHRONIQUES 29.29

  • David prend une large part à la rédaction des PSAUMES dont 73 lui sont attribués.
  • L’autorité des livres inspirés apparaît clairement dans le PSAUME 119, bien qu’il manquait encore, à l’époque de sa rédaction, les 2/3 du canon actuel.
  • Salomon rédigea une grande partie des proverbes.

                        PROVERBES 1.1;10.1;25.1

  • Esaïe, par son appel « à la loi et au témoignage », atteste la présence en Israël du recueil des Ecritures faisant autorité.

                        ESAIE 1.1;2.1;8.20;13.1...

  • Jérémie rédige toute les paroles qu’il a reçues de Dieu. Sa prophétie sur les 70 ans de captivité est aussitôt admise parmi les écrits inspirés.

                        JEREMIE 24.11

  • Daniel, avec Noé et Job est placé par son contemporain Ezechiel parmi les hommes les plus pieux d’Israël. La valeur de ses écrits est attestée par Jésus - Christ en personne.

                        EZECHIEL14.14

                        MATTHIEU 24.15

  • MICHEE 4.1/3 est cité comme un message de Dieu par Esaïe.

                        ESAIE 2.1/4

  • Zacharie insiste sur la vérité, l’inspiration et la solennité des paroles prononcées par les anciens prophètes.

                        ZACHARIE 1.4,6;7.7,12

  • Malachie, qui clôt l’ère prophétique est appelé par les juifs « le sceau des prophètes ». Il termine l’Ancien - Testament en annonçant la venue et le ministère du précurseur de messie.

                        MALACHIE 4.5/7 »            PACHE pp. 148.4 à 150 abrégé.


4)                 Ordre des livres inspirés d’après le canon juif.

            Dans le canon hébraïque, les livres inspirés sont réparties en trois catégories.

  • La loi (TORAH) ou Pentateuque

 

 

GENESE

 

 

EXODE

 

 

LEVITIQUE

 

 

NOMBRES

 

 

DEUTERONOME

  • Les prophètes (NEBIIM)

 

* Prophètes antérieurs

 

 

JOSUE

 

 

JUGES

 

 

1 & 2 SAMUEL (*)

 

 

1 & 2 ROIS (*)

 

* Prophètes postérieurs

 

 

ESAIE

 

 

JEREMIE

 

 

EZECHIEL

 

 

PETITS PROPHETES

Les autre écrits (KETHUBIM) en grec Hagiographes

 

 

RUTH

 

 

ESDRAS

 

 

NEHEMIE

 

 

ESTHER

 

 

JOB

 

 

PSAUMES

 

 

PROVERBES

 

 

ECCLESIASTE

 

 

CANTIQUE DES CANTIQUES

 

 

LAMENTATIONS DE JEREMIE

 

 

DANIEL

 

 

1 & 2 CHRONIQUES ou  PARALIPOMENES (*)

(*) Un seul volume à l’origine

            Nous constatons que les livres historiques qui contiennent aussi des sections prophétiques sont classés parmi les « Nébiim », en revanche, le livre de DANIEL, qui est aussi un livre historique est classé parmi les « Kethubim ».

D.                Le Canon du Nouveau - Testament.

1)                 Rédaction.

            Le Christ n’ayant lui même rien écrit, ses paroles et ses actes ont été transcrits plus tard par les apôtres, entre les années 50 et 90. De même les Actes des apôtres, les épîtres et l’Apocalypse ont été rédigés dans la deuxième moitié du 1e siècle. La rédaction s’étend donc sur une période beaucoup plus courte que celles de l’Ancien - Testament (1022 à 400 av. J.C.).


2)                 Premiers témoignages rendus à l’inspiration du Nouveau - Testament.

  • Clément de Rome (96) : cite la 1e épître aux Corinthiens.
  • Barnabas : « Comme il st écrit, beaucoup sont appelés mais peu sont élus. » Cf MATTHIEU 24.14
  • Ignace (107) : disciple de Jean.
  • Polycarpe (115)
  • Papias (140) : disciple de Jean.
  • Justin - Martyr (148)
  • Origène (200) : publie un commentaire et des homélies sur la plupart des livres du dont il a défendu l’inspiration.
  • Tertullien (200) : emploie le premier l’expression « Nouveau - Testament », accordant ainsi à ces écrits la même valeur d’inspiration qu’à l’Ancien -Testament.

3)                 La fixation progressive du Canon.

            L'Eglise chrétienne accepte d’emblée Le canon du Nouveau - Testament.

            « L'Eglise chrétienne du Nouveau - Testament reçoit de l’Eglise hébraïque de l’Ancien- Testament les livres sacrés de ce Testament parce que c’est aux juifs, comme le dit l’apôtre Paul, qu’ont été commis les oracles de Dieu. »

                        ATHANASE

            Dès le 2e siècle, la plupart du Nouveau - Testament est inclus dans le canon, c’est à dire :

MATTHIEU

ROMAINS

1 PIERRE

MARC

1 & 2 CORINTHIENS

1 JEAN

LUC

GALATES

 

JEAN

EPHESIENS

 

 

PHILIPPIENS

 

ACTES

COLOSSIENS

 

 

1 & 2 THESSALONICIENS

 

 

1 & 2 TIMOTHEE

 

 

TITE

 

 

PHILEMON

 

            Des difficultés sont apparues au sujet des livres suivants :

HEBREUX :

 

Cette lettre anonyme ne porte pas le sceau de l’apostolat de son auteur. On a proposé Paul, Luc, Barnabas, Apollos, etc; Athanase l’attribue à Paul.

APOCALYPSE :

 

Les premiers Pères de l’Eglise la reconnaissent  comme inspirée. Ce n’est qu’au 3e siècle qu’apparaissent des hésitations au sujet de la doctrine du Millénium et au sujet de l’auteur. Toutefois, ce livre sera définitivement reconnu comme inspiré à la fin du 4e siècle.

JACQUES, 2 PIERRE, 2 & 3 JEAN, JUDE :

 

Ces courtes épîtres étaient d’abord jugées de peu d’importance. D’autre part, Jacques et Jude n’étaient pas au nombre des 12 apôtres, leur autorité a d’abord été contestée.

Clément d’Alexandrie, à la fin du 4e siècle, les reconnaît dans les Saintes Ecritures.

            En 397, le Concile de Carthage III fixe définitivement le canon du Nouveau -Testament. 

E.                Livres contestés; livres apocryphes.

1)                 Dans l’Ancien - Testament.

            Après la fermeture du canon, des questions se posaient encore sans la communauté juive :

  • Au sujet de livres qui étaient déjà inclues dans le Canon.
  • Au sujet de livres qu’il était question d’inclure dans le Canon.

            Ces controverses ont impliqué une classification en 4 catégories de livres.

a)            Livres confessés :

            Ce sont les livres dont la canonicité n’a jamais été remise en question. Il s’agit de la presque totalité des livres de l’Ancien - Testament.

b)            Livres contestés :

            5 livres admis dans le canon furent contestés plus tard par certains juifs :

LE CANTIQUE DES CANTIQUES :

 

qui ne contient en apparence qu’un poème d’amour humain.

L’ECCLESIASTE :

 

parce qu’il contient des déclarations contraires à l’enseignement de l’Ecriture, favorables  à certaines hérésies et même à l’athéisme. Il convient naturellement de comprendre ce livre dans le contexte pour en saisir la valeur spirituelle.

ESTHER :

 

Le seul livre de la Bible qui ne contient pas une seule fois le nom de Dieu.

EZECHIEL :

 

Parce qu’à plusieurs reprises, il semble contredire la loi de Moïse.

PROVERBES :

 

parce que certaines de ses maximes semblent se contredire.

c)            Livres apocryphes : (apocryphe signifie caché, secret)

            Dans sa traduction latine, la « Vulgate », Jérôme, au 5e siècle, les adjoint à la Bible mais en faisant des réserves quant à leur inspiration. Ils fournissent quelques données historiques intéressantes et quelques belles idées morales, toutefois, ils contiennent des absurdités, des erreurs historiques et doctrinales. JUDITH 9.10/13 recommande même des actes immoraux.

            Les livres apocryphes, reconnus plus tard par l’Eglise Romaine, sont les suivants :

1 & 2 MACCHABBEES

TOBIE

JUDITH

Additions à ESTHER

Additions à DANIEL (Bel et le dragon, Suzanne, Cantique des trois Jeunes hébreux)

3 ESDRAS

BARUCH

ECCLESIASTIQUE

SAGESSE DE SALOMON

            2 & 4 ESDRAS ne sont reconnus par aucune autorité religieuse.

            On trouve des déclarations en faveur des indulgences dans

TOBIE 12.9

ECCLESIASTIQUE 3.30

            Ces deux textes affirmaient en substance qu’on peut obtenir le pardon de nos péchés par une offrande d’argent.

            2 MACCHABBEES 12.43 affirme qu’il faut prier pour les morts.

            L’auteur des MACCHABBEES déclare clairement qu’il a écrit sans inspiration divine et que son œuvre est faillible.

            Martin LUTHER, dans sa traduction allemande réunit à la fin de l’Ancien - Testament les livres qui ne sont pas inspirés mais qui contiennent des éléments intéressants, savoir les livres apocryphes, ainsi que :

  • La PRIERE DE MANASSE
  • La PRIERE D’AZARIA
  • La LETTRE DE JEREMIE
d)            Faux écrits, ou Pseudépigraphes :

            Certains livres qu’on a tenté d’inclure dans le canon furent écrits entre 200 av. et 200 ap. J.C. par des inconnus et attribués à des écrivains sacrés.

2)                 Dans le Nouveau - Testament.

            Plusieurs livres non inspirés ont prétendu à la canonicité et figurent dans certains anciens manuscrits avant d’avoir été définitivement écartés du canon. Ce sont :

  • La Première Epître de Clément aux Corinthiens (96) qui figure dans le « Codex Alexandrinus ».
  • La Didaché ou doctrine des Apôtres (120). Clément d’Alexandrie et Origène la considéraient comme inspirée.
  • L’Epître de Barnabas (130) figure le « Codex Sinaïticus ».
  • Le Pasteur d’Hermas (140) figure aussi dans le « Codex Sinaïticus ».

            Les livres cités, bien que non inspirés, présentent un certain intérêt spirituel. D’autres, en revanche, sont franchement apocryphes :

  • L’Apocalypse de Pierre.
  • Les Actes de Paul.
  • Les Evangiles apocryphes :

*        de Pierre

*        de Matthias

*        de Jacques

*        de la Nativité

  • etc...